La Commission européenne veut commercialiser l’open source pour en faire un levier de souveraineté numérique
La Commission européenne entend renforcer la souveraineté numérique de l’UE en favorisant la commercialisation des logiciels open source développés en Europe, selon une consultation publiée mardi 6 janvier.
L’open source est présenté comme un outil clé de cette ambition, dans la mesure où il favorise un développement décentralisé, limite la dépendance à l’égard des grandes plateformes technologiques en rendant le code accessible, et facilite la réutilisation et l’adaptation des logiciels.
Dans le document, la Commission affirme que les efforts actuels de l’UE pour soutenir les projets open source ont donné de bons résultats, mais que le simple soutien aux programmes de recherche ne suffit pas à garantir le succès des technologies open source locales.
« Une grande partie de la valeur générée par les projets open source est exploitée en dehors de l’UE, souvent au profit des géants technologiques », déplore le Berlaymont dans le document, qui mentionne à la fois les contrats publics et privés.
L’appel à témoignages servira de base à une stratégie que la Commission prévoit de publier parallèlement au règlement sur le développement du cloud et de l’IA (Cloud and AI Development Act, CAIDA), axée sur les infrastructures numériques, dont la publication est actuellement prévue pour le premier trimestre 2026.
Selon la consultation, la nouvelle stratégie se concentrera sur « la montée en puissance de la communauté, le déploiement industriel, l’intégration au marché et la viabilité commerciale des innovations open source ».
Pour atteindre ces objectifs, l’exécutif européen souhaite améliorer la gouvernance des projets open source et résoudre les problèmes liés à la sécurité de leurs chaînes d’approvisionnement, où les vulnérabilités peuvent avoir des conséquences importantes.
La stratégie visera également à garantir la viabilité financière des organisations à l’origine des projets open source, par exemple en développant des partenariats avec le secteur public.
Elle encouragera également le secteur public à adopter des logiciels open source et à y contribuer.
Tout cela contribuera à rendre l’Europe plus souveraine sur le plan technologique, espère la Commission, idéalement en remplaçant certaines des « piles propriétaires les plus coûteuses ou les plus gourmandes en données sur le marché de l’UE ».
L’exécutif européen a déjà pris des mesures dans ce sens l’année dernière, en rebaptisant son programme Next Generation Internet destiné au financement de projets open source « Open Internet Stack ». Là aussi, elle encourage les projets à s’orienter davantage vers le commerce afin de présenter des alternatives viables aux technologies propriétaires américaines.
La consultation mentionne également le Consortium européen pour les infrastructures numériques communes (European Digital Infrastructure Consortium for Digital Commons), récemment fondé, dans le cadre duquel la France, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas ont déclaré qu’ils travailleraient ensemble au développement de technologies open source pour leurs fonctionnaires.
L’initiative EuroStack, soutenue par l’industrie, qui a créé en octobre dernier une fondation à but non lucratif, a également appelé à un soutien public visant à développer des technologies européennes commercialement viables.
Les commentaires sur la consultation de la Commission peuvent être soumis jusqu’au 3 février.