La crise migratoire bouleverse l’aide européenne en 2017
Les pays européens ont largement remanié leur aide publique au développement depuis le début de la crise migratoire. Un bouleversement dont les pays les moins avancés sont les grands perdants.
Les pays européens ont largement remanié leur aide publique au développement depuis le début de la crise migratoire. Un bouleversement dont les pays les moins avancés sont les grands perdants.
L’aide publique au développement mondiale n’a jamais été aussi élevée, mais arrive de moins en moins jusqu’aux pays les plus pauvres de la planète. Le constat dressé par l’OCDE dans son évaluation annuelle de l’aide mondiale est sans appel.
En 2016, l’aide publique au développement a atteint son point le plus élevé en grimpant à 134,6 milliards d’euros, soit une hausse de 8,9 % par rapport à 2015. Mais une partie de cette hausse a été engendrée par la crise des réfugiés, surtout en Europe.

Entre 2015 et 2016, les coûts d’accueil des réfugiés que les pays donateurs ont déclaré comme de l’aide ont fortement augmenté (+27,5%). Cependant, l’impact de cette hausse demeure limité sur l’aide mondiale, qui aurait augmenté de 7,1% en 2016 sans les coûts d’accueil des réfugiés.
10% affectés aux réfugiés
En 2016, les coûts d’accueil des réfugiés auront représenté plus de 10% de l’aide totale que les pays donateurs octroient à la solidarité internationale.
Les pays donateurs sont libres d’intégrer ou non dans leur calcul les coûts d’accueil des réfugiés. Ainsi, les allocations versées aux demandeurs d’asile, les aides au logement ou encore les indemnités journalières dont bénéficient les demandeurs d’asile peuvent être enregistrées comme de l’aide, pendant une année.
Cette comptabilisation, encadrée par les règles de l’OCDE, permet cependant aux pays donateurs de conserver une partie plus ou moins importante de leur budget de solidarité internationale au sein de leurs frontières.
Résultat, l’aide qui quitte effectivement le territoire des pays donateurs a tendance à baisser. Les premiers impactés sont les pays les plus pauvres, pour qui l’aide se réduit d’année en année.
En 2016, le groupe des pays les moins avancés a reçu 22,6 milliards d’euros d’aide, ce qui représente une baisse de 3,9% par rapport à 2015.
Dans l’ensemble, en 2016, les donateurs du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE, qui rassemble les grands pays contributeurs demeurent très éloignés de l’objectif de l’ONU de consacrer 0,15-0,20 % de leur budget de solidarité aux pays les plus pauvres.
Champions d’hier
Autre impact notable, la crise migratoire a également redistribué les cartes entre les pays donateurs en Europe. En effet, 5 pays européens seulement atteignaient en 2015 l’engagement international de consacrer 0,7 % de leur Revenu National Brut (RNB) à l’aide au développement : le Royaume-Uni, le Luxembourg, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas.
En 2016, l’Allemagne a rejoint ce groupe en atteignant pour la première fois l’objectif des 0,7%. À l’inverse, les Pays-Bas, qui respectaient cet engagement depuis 1974 sont pour la première fois repassés sous la barre des 0,7%.
La performance allemande s’explique principalement par l’impact de la crise des réfugiés. Le pays dirigé par Angela Merkel a accueilli plus d’un million de demandeurs d’asile, bien plus que le reste des pays européens.
Chamboulement de l’aide allemande
Cette politique d’ouverture a eu un impact considérable sur le budget de solidarité internationale du pays, puisqu’en 2016, les coûts d’accueil des réfugiés ont plus que doublé pour Berlin.
Résultat, l’Allemagne consacre aujourd’hui plus de 25% de son aide à l’accueil des réfugiés. D’autres pays européens ont fortement réorienté leur aide, à l’image de la Grèce et de l’Italie, en première ligne sur les routes migratoires de la Méditerranée.
Ces deux pays consacrent respectivement 22,3% et 34,3% de leur aide aux réfugiés. C’est cependant l’Autriche qui remporte la palme d’or de l’utilisation de l’aide pour faire face à la crise migratoire, avec plus de 37% de son budget dévolu aux réfugiés.