La France et l'Allemagne font face à une révolte contre la modification du Traité
La vice-présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, est à la tête d'une opposition grandissante aux plans visant des réglementations plus strictes dans la zone euro, qualifiant les plans franco-allemands pour la réouverture des Traités européens d' "irresponsables" en amont du sommet européen qui débute à Bruxelles aujourd'hui (28 octobre).
La vice-présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, est à la tête d'une opposition grandissante aux plans visant des réglementations plus strictes dans la zone euro, qualifiant les plans franco-allemands pour la réouverture des Traités européens d' "irresponsables" en amont du sommet européen qui débute à Bruxelles aujourd'hui (28 octobre).
"Je n'ai pas apprécié ce qui s'est passé à Deauville", a déclaré Mme Reding en faisant référence à la ville côtière où la France et l'Allemagne ont conclu un accord la semaine dernière pour consacrer des réglementations plus strictes pour la zone euro dans un nouveau traité européen.
"Vous rappelez-vous ce qu'il s'est passé avec le Traité de Lisbonne ? Il a fallu dix ans pour qu'il soit approuvé. Ce serait irresponsable d'ouvrir la boîte de Pandore", a dit Mme Reding lors d'une conférence de presse à Bruxelles hier (27 octobre).
Dans un entretien avec le journal allemand Die Welt, Mme Reding a ajouté que Paris et Berlin "insultaient" les autres nations en essayant d'imposer leurs décisions aux autres Etats membres.
La réaction de Paris ne s'est pas faite attendre. "Les termes que cette commissaire européenne utilise pour dénigrer les propositions franco-allemandes sont inacceptables et du même ton insultant, que je n'oublierai pas, utilisé contre la France lors de la controverse qu'elle avait elle-même alimentée sur les Roms", a déclaré Pierre Lellouche, le secrétaire d'Etat français en charge des affaires européennes.
Même si la position de Mme Reding est partagée par de nombreuses autres personnes à la Commission européenne, l'exécutif de l'UE n'a pas officiellement soutenu la vice-présidente. "Ce qu'a déclaré la vice-présidente Viviane Reding est son opinion personnelle", a dit le porte-parole Olivier Bailly lors d'un briefing hier.
Une hostilité grandissante face aux plans franco-allemands
Le désaccord émerge alors que les leaders européens se réunissent aujourd'hui (28 octobre) pour un sommet européen à Bruxelles où la proposition franco-allemande devrait être accueillie avec une hostilité grandissante de la part des autres Etats membres.
Jean-Claude Juncker, président d'Eurogroup et premier ministre du Luxembourg, le pays d'origine de Mme Reding, a repris les remarques de la commissaire, déclarant que le plan franco-allemand était "inacceptable car il ne garantit pas une voie sérieuse vers la stabilité".
L'accord "laisse un goût amer" pour les autres Etats membres qui ont l'impression qu'on leur dicte leur conduite, a ajouté le ministre des affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselborn.
Le ministre belge des affaires étrangères, Steven Vanackere, qui présidait une réunion des ministres des affaires étrangères à Luxembourg plus tôt cette semaine, a déclaré que les Etats se montraient prudents quant à l'ouverture d'une boîte de Pandore de réformes institutionnelles. "Personne autour de la table ne veut rouvrir le traité et le modifier fondamentalement", a dit M. Vanackere aux journalistes.
Le ministre des affaires étrangères tchèque, Karel Schwarzenberg, a déclaré que personne ne devrait supposer que même une légère modification des réglementations du traité passerait facilement. "Dans ce monde, tout est possible […] mais cela reste peu probable", a dit M. Schwarzenberg.
Des sources diplomatiques ont confirmé une opposition bien répandue contre la modification des traités européens pour quelque raison que ce soit. "Cela impliquerait que nous nous engagions dans un processus où d'autres questions pourraient être soulevées", a mis en garde un diplomate à Bruxelles en faisant référence au souhait des partisans de la ligne dure dans le Parti conservateur britannique de "rapatrier" les pouvoirs européens à Westminster.
Parmi les grands pays, l'Italie et la Pologne sont également opposés au plan franco-allemand. Varsovie et d'autres Etats membres de l'Europe de l'est s'inquiètent particulièrement que de nouvelles sanctions plus dures ne frappent leurs économies s'il s'agissait de bloquer les financements européens dont ils ont besoin selon eux pour alimenter leurs économies.
"Ne vous attendez pas à une modification du traité à ce Conseil", a déclaré un fonctionnaire proche du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.