La France et l’Allemagne sur la défensive concernant l’accès au futur Fonds de compétitivité
Les pays les plus riches de l’UE font barrage aux demandes des petits États membres, qui réclament des garanties d’accès au futur Fonds européen pour la compétitivité — une enveloppe de 234 milliards d’euros prévue dans le budget 2028-2034 du bloc.
Présenté par la Commission européenne au printemps, le Fonds européen pour la compétitivité constituera une part importante du prochain budget septennal de l’UE. Il doit répondre à la crise de compétitivité du continent et soutenir l’investissement dans des secteurs jugés stratégiques : transition écologique, défense, numérique, spatial ou encore biotechnologies.
Les ministres de l’UE ont discuté du projet de fonds lundi 29 septembre. Les négociations, qui dureront près de deux ans, détermineront la clé de répartition des financements entre États membres.
Les grandes économies, emmenées par la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède, défendent une allocation fondée uniquement sur le mérite et l’excellence technologique. Elles rejettent l’idée d’un « rééquilibrage géographique » qui garantirait une part minimale du fonds aux pays les plus pauvres, même si leurs projets sont jugés moins compétitifs.
À l’inverse, la Pologne, la Slovaquie, le Portugal ou encore la République tchèque estiment qu’un mécanisme correcteur est indispensable. Ces pays soulignent que leurs économies subissent déjà une forte réduction des subventions agricoles et de celles accordées aux régions dans le prochain budget européen, et craignent d’être marginalisés dans le nouvel outil industriel.
« Le financement est comme la circulation sanguine. Nous ne devons pas le limiter à [certaines] parties du corps », a plaidé Jurģis Miezainis, secrétaire d’État letton à l’Économie, alertant sur le risque de creuser encore davantage l’écart entre l’ouest et l’est de l’Europe.
Même son de cloche du côté de Varsovie. Le ministre polonais des Finances, Andrzej Domański, a insisté sur le fait que la Pologne défendait « la nécessité d’un équilibre géographique au sein du fonds ».
Mais les pays riches restent inflexibles. « Toute dérogation à une allocation fondée sur le mérite devrait être strictement encadrée et justifiée, et rester exceptionnelle », a affirmé le ministre néerlandais Vincent Karremans, une position soutenue par Paris, Berlin, Stockholm, Helsinki et Vienne — qui figurent parmi les 10 premiers pays les plus riches de l’UE.
Paris et Berlin sont également opposés à une répartition du budget selon des critères régionaux. La France insiste pour que le fonds soit axé sur le mérite, a déclaré le ministre français de l’Industrie, Marc Ferracci. Côté allemand, l’on estime que les financements au titre du fonds devraient être basés sur « l’excellence technologique », a déclaré la ministre allemande de l’Économie, Katherina Reiche.
En parallèle, les ministres européens de la Recherche et de la Science doivent se pencher ce mardi 30 septembre sur l’avenir du programme Horizon Europe, doté de 175 milliards d’euros, et sur ses synergies avec le futur Fonds de compétitivité.