La Francophonie souligne son rôle dans le domaine de l'aide européenne au développement
Alors que l'Union européenne s'embarque dans une révision majeure de ses politiques d'aide aux pays en développement, l'Organisation internationale de la Francophonie est persuadée que les relations étroites qu'elle entretient avec les pays africains francophones pourront aider l'Union à se mobiliser sur le plan politique.
Alors que l'Union européenne s'embarque dans une révision majeure de ses politiques d'aide aux pays en développement, l'Organisation internationale de la Francophonie est persuadée que les relations étroites qu'elle entretient avec les pays africains francophones pourront aider l'Union à se mobiliser sur le plan politique.
La crise de la dette dans la zone euro a eu un impact majeur sur l'aide au développement, certains pays européens ayant massivement réduit leurs budgets dans le sillage de la crise l'année dernière.
Dans ce contexte, la Commission européenne a proposé de réorienter sa politique d'aide dans le cadre d'un programme pour le changement axé sur les pays les plus pauvres de la planète, surtout en Afrique subsaharienne. Les économies émergentes comme l'Inde et le Brésil verraient dès lors les aides européennes qui leur étaient allouées diminuer drastiquement.
Pour l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la Commission européenne est « l’un des plus grands bailleurs au monde » et devrait le rester.
L'objectif de l'OIF n'est toutefois pas de marcher sur les plates-bandes de la Commission en matière d'aide au développement. « Nous avons des programmes, mais il est évident que nous n’avons pas les budgets de la Commission », a déclaré Pietro Sicuro, le représentant permanent de l'OIF à Bruxelles.
« Notre travail ne consiste pas à donner de l’argent et à être en concurrence avec l’Union européenne. Par contre, guider l’UE et l’aider sur un terrain qui n’est pas le sien et dans lequel l’OIF a une grande expérience, c’est beaucoup plus facile pour nous », a-t-il expliqué à EURACTIV lors d'un entretien.
Partenaire pour la mobilisation politique
L'OIF, qui rassemble 79 pays, pour la plupart situé en Afrique subsaharienne francophone, préfère mettre en exergue le rôle qu'elle peut jouer en mobilisant ses membres sur des thèmes de développement spécifiques.
« Il existe déjà énormément de synergies, mais on a chacun notre propre rôle. Pour l’Union européenne, l’OIF est un partenaire parmi d’autres », a-t-il affirmé. « Nous sommes en quelque sorte un partenaire de mobilisation politique. »
L'organisation travaille notamment en étroite collaboration avec le Secrétariat du Groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), qui compte 79 pays membres, dont 33 francophones.
M. Sicuro a expliqué que ces réseaux franco-africains, au coeur de l'OIF, donnaient du poids à l'organisation lorsqu'il s'agissait de mobiliser différents pays autour de problématiques spécifiques liées au développement.
« Lorsque l’on travaille sur la coopération Sud-Sud, par exemple, cela permet de mettre en avant toute la stratégie pour la conférence d’Istanbul pour les pays les moins avancés », a-t-il argué. Les membres africains de l'OIF ont ainsi pu présenter une position commune lors du Forum sur l’efficacité de l’aide au développement qui a eu lieu à Busan l'an dernier.
Ces réseaux se révèlent également utiles pour coordonner des actions à l’échelle de l'UE et assurer l'allocation de fonds.
« Nous avons les moyens au niveau politique de coordonner, de relayer, de préparer des actions pour le financement à travers l’Union européenne », a déclaré M. Sicuro. Il a ajouté qu'une partie de son travail consistait à collaborer avec le secrétariat ACP situé à Bruxelles.
Il a cité en exemple le projet Hub & Spokes, cofinancé par la Commission européenne, le secrétariat du Commonwealth et l'OIF, qui soutient les pays ACP dans les négociations commerciales internationales.
« Ce projet rassemble des experts dans le cadre d’une vraie coopération Sud-Sud », a-t-il expliqué. « Un expert béninois au Sénégal va par exemple aider le pays à participer à toutes les négociations commerciales sur la scène internationale et aider à mettre en place une politique commerciale pour les pays africains. »
Le français, une langue d'influence
La langue française demeure évidemment un élément majeur des programmes d'aide au développement soutenus par la Francophonie.
« La meilleure façon que nous avons trouvé de valoriser la langue française, ce n’est pas en jouant aux gendarmes de la langue : ce n’est pas notre approche. Nous considérons plutôt que le français est une langue qui doit être plus souvent à l’initiative des discussions, des actions, en synthèse, une langue d’influence. »
Pour M. Sicuro, cette logique est imparable. Si le français est utilisé comme langue principale dès le début des discussions dans les forums internationaux, il aura plus de chances d'être utilisé par les autres intervenants à un stade ultérieur, même si leur français n'est pas parfait.
« Les gens qui parlent français vont oser le parler », a-t-il affirmé. « Cela permet également de valoriser la pensée et la réflexion francophones, car chaque communauté linguistique a ses propres façons de concevoir. »
« On doit valoriser la réflexion, les points de vue francophones. »
Tremblement de terre à Haïti
Le tremblement de terre de 2010 à Haïti est un bon exemple de l'utilisation des langues en contexte de crise.
Les Etats-Unis et les Nations unies ont été les premiers à intervenir suite à la catastrophe en apportant leur aide aux populations locales, a expliqué M. Sicuro. Mais cette aide a été apportée à la population en anglais, ce qui l'a rendue moins efficace, a-t-il ajouté.
« Si elle est bien utilisée, la langue de l’aide au développement devrait être celle qui est la plus proche de la population concernée, ce qui implique souvent plusieurs langues », a-t-il précisé, citant les principaux dialectes africains aux côtés du français, de l'anglais, du portugais et de l'espagnol.
« Si j’aide à la refondation d’Haïti, par exemple, je ferais mieux de le faire en français plutôt qu’en anglais, dans la mesure où la culture haïtienne est créole francophone. Si j’aide à créer des écoles et que je fais cela en anglais, je serai coupé de la population et en décalage culturel. »
M. Sicuro a immédiatement souligné qu'il ne s'agissait pas d'une critique formulée à l'encontre des Etats-Unis ou des Nations unies qui se sont montrées présents dans cette situation de crise.
« Mais il faut aussi respecter la culture, l’histoire et la langue des personnes concernées. C’est pourquoi la politique de développement doit être au plus près possible de la population. »
Dans le cas de Haïti, l'idéal, selon lui, aurait été d'utiliser le créole, « car la population parle créole ».
La même logique aurait dû s'appliquer pour les troupes envoyées par les Nations unies qui étaient pakistanaises et parlaient donc anglais. Cette situation « a créé beaucoup de malentendus et de tensions avec la population », a-t-il martelé.
« Étant au contact direct de la population, il aurait peut-être été plus pertinent d’envoyer des troupes francophones. »
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