La gauche allemande soutient Hollande, mais reste ferme sur la discipline

Le jour même de la rencontre de François Hollande avec Angela Merkel, les sociaux-démocrates allemands réaffirment leur engagement pour la croissance en Europe, mais ne veulent pas renégocier le traité budgétaire.

EURACTIV.fr
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Le jour même de la rencontre de François Hollande avec Angela Merkel, les sociaux-démocrates allemands réaffirment leur engagement pour la croissance en Europe, mais ne veulent pas renégocier le traité budgétaire.

Le Président français peut compter sur les sociaux-démocrates allemands. C’est en tout cas le message qu’ont voulu faire passer les principaux dirigeants du SPD en présentant leurs propositions pour la croissance et l’emploi en Europe, le jour même de la première visite de François Hollande à Berlin.

>>> Pour savoir davantage sur la rencontre entre M Hollande et Mme Merkel, lire « Avant la visite d’Hollande, l’Allemagne prend position sur la croissance« 

« Nous avons élaboré notre programme en étroite collaboration avec les socialistes français », a insisté le Président du plus ancien parti allemand Sigmar Gabriel. 

Ajouts au pacte budgétaire

Mais le message central du SPD est clair. Il n’est pas question de modifier le cœur du pacte fiscal. Les sociaux-démocrates allemands souhaitent simplement le compléter par un programme de relance et d’investissement. Le financement de ces mesures ne devra cependant pas se faire par la dette.

« Le pacte budgétaire ne sera pas au centre des négociations. Il s’agit d’ajouter quelque chose à côté », a expliqué M. Gabriel.

« Nous voulons pas retourner sur la voie de l’endettement. Cela doit rester exclu. C’est l’une des leçons que nous devons tirer de la crise européenne. Il s’agit de compléter la rigueur budgétaire par des initiatives en faveur de la croissance. Mais ces dernières doivent être financées », a déclaré le chef du group parlementaire du SPD Frank-Walter-Steinmeier.

La situation sociale dramatique dans certains pays en crise menace les fondamentaux de l’intégration européenne, ont averti les responsables politiques de l’opposition. C’est pourquoi ils veulent lancer un programme contre le chômage des jeunes, « financé dans l’immédiat par des fonds du Fonds social européen non-utilisés », écrit le SPD dans son programme.

Fonds d’investissement

La création d’un fonds d’investissement et de développement européen est le point central du programme présenté à Berlin. Cet instrument, doté de 80 milliards d’euros en provenance de différentes sources, devrait permettre à l’Union européenne d’investir rapidement et de manière ciblée dans des projets dans des pays en crise. 

En outre, le SPD s’est prononcé en faveur de l’augmentation des fonds propres de la Banque européenne d’investissement, une idée également prônée par François Hollande. Après une période de silence, le gouvernement d’Angela Merkel s’est aussi montré favorable à la mesure.

Le SPD propose d’augmenter les fonds propres de la BEI de 10 milliards d’euros. Grâce à l’effet de levier, la banque pourrait prêter plus de 80 milliards d’euros supplémentaires pour soutenir la relance économique en Europe, estiment les dirigeants du SPD.

Les « project bonds », emprunts obligataires européens destinés à financer des grands projets d’infrastructure, figurent également sur la liste des mesures présentée par le SPD. « Ensemble avec nos amis français, nous sommes d’avis qu’il faut surmonter l’opposition aux project bonds », a déclaré Frank-Walter Steinmeier.

Pourtant, le gouvernement allemand ne s’oppose plus au lancement d’une phase pilote. La proposition de la Commission, soumise en octobre 2011, devra prochainement être adoptée au Conseil, a déclaré un diplomate européen à EURACTIV.fr.

Taxe sur les transactions financières

Pour financier le programme pour la croissance et l’emploi, le SPD mise sur l’introduction d’une taxe sur les transactions financières (TTF). Le Président français a également opté pour cette approche. Pour outrepasser l’opposition du Royaume-Uni, qui craint une délocalisation de l’industrie financière européenne, les sociaux-démocrates veulent recourir à la possibilité d’une coopération renforcée entre au moins neuf pays de l’UE.

Les trois dirigeants du SPD ont réaffirmé que le vote sur le pacte fiscal au Bundestag ne pourrait en aucun cas avoir lieu le 25 mai, la date initialement prévue. « Ce calendrier du gouvernement n’est plus sur la table, et le nouveau n’est pas encore fixé », a déclaré Frank-Walter Steinmeier.

La position des sociaux-démocrates allemands est pourtant loin d’être fixée. L’aile droite du parti est très attachée à la discipline budgétaire. Le retour à l’équilibre des comptes publics en Allemagne en 2008 est l’œuvre du social-démocrate Peer Steinbrück, ministre des finances du premier gouvernement d’Angela Merkel entre 2004 et 2009.  

C’est pourquoi les sociaux-démocrates allemands pourraient voter en faveur du traité, même si la chancelière refusait leurs conditions.