La Grèce remporte le pari de faire fondre sa dette
Les créanciers privés ont finalement accepté d’essuyer d’importantes pertes pour permettre à la Grèce de respirer. D’ici 2020, le poids de la dette publique grecque sera ramené à 120% du PIB contre 160% aujourd’hui.
Les créanciers privés ont finalement accepté d’essuyer d’importantes pertes pour permettre à la Grèce de respirer. D’ici 2020, le poids de la dette publique grecque sera ramené à 120% du PIB contre 160% aujourd’hui.
En une nuit, la Grèce a allégé son ardoise de plus de 100 milliards d’euros. Après maints atermoiements, les financiers se sont finalement mis en ordre de bataille pour échanger 172 milliards d’euros de titres obligataires grecs sur les 206 milliards qu’ils possèdent, soit 83,5% du fardeau de dette hellénique détenue par le secteur privé.
Ce seuil permet largement à la Grèce de contraindre la plupart des créanciers récalcitrants à participer à l’opération. C’est bien la voie choisie par le pays, rapporte le journal grec Kathimerini. Athènes a donc décidé d’activer les « clauses d’action collective » (CACs) afin d’échanger 95,7% du montant de la dette détenue par le privé, soit 197 milliards d’euros.
L’effort consenti par les bailleurs entraîne des pertes de 53,5% de la valeur nominale des obligations qu’ils détiennent. En prenant compte des intérêts futurs qu’ils auraient pu collecter, la décote est supérieure à 73%.
Les responsables de l’ISDA, l’association qui représente les professionnels du marché des dérivés, doivent se réunir vendredi 9 mars à 13h afin de déterminer si le déclenchement des clauses spéciales entraîne le déboursement des assurances contre le défaut (credit default swaps). Elles ne représenteraient cependant qu’un marché d’un peu plus de 3 milliards d’euros en Grèce, qui ne serait pas de nature à créer un choc financier.
« Bénéfices formidables »
L’Institut de la finance internationale (IFI), cheville ouvrière des négociations entre les créanciers privés et les autorités grecques, est satisfaite du résultat obtenu. L’échange réalisé représente « la plus grande restructuration de dette » jamais effectuée, a commenté Charles Dallara, directeur général de l’organisation, dans un communiqué. La Grèce pourra tirer des « bénéfices formidables » de cette opération, a-t-il ajouté. Comme le résume Evangélos Vénizélos, le ministre des Finances grec : « Pour la première fois, nous réduisons notre dette au lieu de l’accroître. »
L’étape suivante, pour la Grèce, consiste à obtenir, tranche après tranche, le déblocage des 130 milliards d’euros d’aide en provenance de l’UE et du FMI. Cet après-midi, les ministres des Finances de la zone euro devraient convenir d’une téléconférence afin de donner leur feu vert, à moins qu’ils ne préfèrent prendre leur décision finale lors de la réunion de l’Eurogroupe prévue lundi 12 mars.
Pour certains, le pas franchi est décisif, mais pas suffisant. L’opération avec le secteur privé est réussie, se réjouit Martin Schulz, président du Parlement européen, mais « la Grèce a besoin d’une initiative de croissance », réclame-t-il, car celle-ci « renforcerait les efforts pour réduire la dette tout en redonnant espoir aux gens qui perdent leur emploi et sont jetés dans la pauvreté ».