La Grèce renvoyée à la case départ
Hier (9 février), les ministres des finances de la zone euro ont rejeté l'accord conclu par les partis politiques grecs sur de nouvelles mesures d'austérité nécessaires avant que le pays puisse bénéficier d'un second renflouement. Ils ont qualifié cet accord d'insuffisant.
Hier (9 février), les ministres des finances de la zone euro ont rejeté l'accord conclu par les partis politiques grecs sur de nouvelles mesures d'austérité nécessaires avant que le pays puisse bénéficier d'un second renflouement. Ils ont qualifié cet accord d'insuffisant.
Les dirigeants politiques grecs ont annoncé hier juste avant la réunion de l'Eurogroupe qu'ils avaient conclu un accord sur des réformes économiques, présentant 3 milliards d'euros supplémentaires de mesures d'austérité dans le but de se voir accorder un second renflouement de la part de l'UE.
Les ministres des finances de la zone euro ont toutefois demandé davantage de mesures et la garantie de l'approbation du parlement avant de lancer son programme d'aide.
L'UE et le Fonds monétaire international sont irrités par les promesses non tenues d'Athènes et les semaines de désaccord sur les conditions de ce renflouement de 130 milliards d'euros, alors que le temps presse si le pays souhaite éviter un défaut de paiement.
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http://www.euractiv.com/video/brussels-rejects-greek-austerity-plan-306901
Trois conditions
Les ministres des finances des 17 pays de la zone euro se sont réunis à Bruxelles et ont affirmé qu'ils ne donneraient pas leur accord tout de suite pour le plan de sauvetage. Athènes devra d'abord faire ses preuves.
Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, a défini trois conditions, expliquant que le parlement grec devrait ratifier l'accord lorsqu'il se réunira dimanche et que la Grèce devrait réduire ses dépenses de 325 millions d'euros supplémentaires avant le 15 février. Alors seulement, les ministres des finances de la zone euro se rassembleront à nouveau.
« La troisième condition est que nous obtenions des garanties solides de la part des leaders des partis de la coalition sur la mise en oeuvre du programme », a déclaré M. Juncker lors d'une conférence de presse après six heures de discussions à Bruxelles. « Ces éléments doivent être en place avant que nous prenions une décision. »
« En bref, pas d'argent avant la mise en oeuvre. »
Elections d'avril
Alors que des élections sont attendues dès le mois d'avril, les chefs de partis à Athènes rechignent à accepter les conditions des bailleurs de fonds, très impopulaires au sein d'une population de plus en plus en colère.
Le ministre grec des finances, Evangelos Venizelos, a rapidement quitté la table des négociations à Bruxelles, déclarant à la presse que la Grèce devait choisir de rester ou de quitter la zone euro.
« Jusqu'à la prochaine réunion de l'Eurogroupe, qui devrait avoir lieu mercredi, notre pays et notre peuple devraient réfléchir et faire un choix stratégique », a-t-il expliqué, affirmant qu'une décision devait également être prise sur les pertes que devront encaisser les créanciers privés.
« Si nous voyons notre futur au sein de la zone euro, au sein de l'Europe, nous devons faire ce qui est nécessaire pour que le programme soit approuvé et pour que l'accord de participation du secteur privé [à la restructuration de la dette] soit conclu avant les grosses échéances obligataires de mars. »
Le gouvernement grec a demandé aux partis de la coalition de soutenir l'accord au parlement, affirmant qu'ils n'étaient qu'à la moitié du chemin.
« La première étape sera l'approbation du parlement, il faut que les partis politiques montrent qu'ils s'engagent à respecter les objectifs et les politiques de ce nouveau programme économique. Il est temps que nous assumions tous nos responsabilités. Nous avons besoin d'action, pas de mots », a déclaré le porte-parole du gouvernement Pantelis Kapsis dans un communiqué.
Proche d'un accord final
L'euro est remonté suite à l'annonce d'un accord qui semble, du moins pour l'instant, permettre d'éviter un défaut de paiement à la Grèce qui devra rembourser des obligations arrivant à échéance le 20 mars. La prime de risque que les investisseurs réclament pour les obligations italiennes et espagnoles a chuté.
Le porte-parole du FMI Gerry Rice a cependant déclaré que les discussions continueraient pour finaliser les détails, affirmant qu'aucun accord définitif n'avait été conclu. Il a expliqué que la directrice, Christine Lagarde, voulait s'assurer que la Grèce respecte les politiques convenues, et ce quel que soit le résultat des élections.
M. Venizelos a déclaré qu'Athènes était sur le point de finaliser un accord avec le secteur privé sur un échange d'obligations dans le cadre duquel ils abandonneraient 70 % de la valeur de leurs titres obligataires grecs, ce qui permettrait de réduire d'environ 100 milliards d’euros la dette grecque qui s’élève aujourd'hui à 350 milliards d'euros.
« L'ébauche d'accord sur l'implication du secteur privé pour réduire la dette grecque est pratiquement finalisée, même s'il doit encore être approuvé dans le paquet global, ce qui, selon moi, sera fait la semaine prochaine », a déclaré le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.
Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, s'est dit « assez confiant » quant à la conclusion d'un accord sur la dette grecque et a laissé entendre que la banque centrale pourrait fournir une aide indirecte sans enfreindre la règle qui interdit le financement des gouvernements.
Athènes doit à présent régler les derniers détails, notamment l'approbation du parlement, dans les six jours. Une analyse de la soutenabilité de sa dette sera également finalisée d'ici là, a annoncé M. Rehn, ajoutant que la Grèce devrait faire l'objet d'un contrôle encore plus strict de la part de l'UE.
Le Fonds monétaire international a déclaré que le ratio dette/PIB de la Grèce devrait tomber à 120 % d'ici 2020, mais personne ne sait si les mesures demandées à Athènes seront suffisantes pour atteindre cet objectif.
Soulèvement populaire
Ces mesures entraîneront une détérioration manifeste des conditions de vie de nombreux Grecs, dont le pays entre dans sa cinquième année de récession. Le vice-ministre du travail, Yannis Koutsoukos, un socialiste, a présenté sa démission, arguant que ces mesures seraient « pénibles pour un peuple qui travaille ».
Les deux principaux syndicats grecs ont appelé à une grève de 48 heures vendredi et samedi pour protester contre les réformes.
« Ces mesures pénibles synonymes de misère pour les jeunes, les chômeurs et les retraités ne laissent que peu de marge de manœuvre », a déclaré à Reuters le secrétaire général du syndicat ADEDY, Ilias Iliopoulos.
« Nous ne les accepterons pas. Il y aura un soulèvement social. »
Panos Beglitis, un porte-parole des socialistes du PASOK qui fait partie de la coalition aux côtés de parti conservateur Nouvelle démocratie et du parti d'extrême droite LAOS, avait précédemment déclaré que le salaire minimum serait réduit de 22 % dans le cadre des efforts à consentir pour rendre l'économie grecque plus compétitive.
Interrogé sur la manière dont les différends sur les retraites avaient été résolus, un fonctionnaire du gouvernement a répondu à Reuters : « Il y aura des réductions dans d'autres domaines des dépenses publiques et nous verrons comment nous pourrons minimiser la diminution des retraites. »
Il manque 15 milliards d'euros
La Grèce s'est enfoncée encore un peu plus profondément dans la récession depuis son premier renflouement en mai 2010. Les derniers chiffres révèlent que le taux de chômage est passé à 20,9 % en novembre et à 48 % pour les jeunes.
En conséquence de cette contraction plus sévère que prévue, il faudra que 15 milliards d'euros soient ajoutés au montant du futur renflouement si la Grèce veut ramener sa dette à un ratio PIB/dette de 120 %, contre 160 % aujourd'hui.
Deux sources proches des discussions ont expliqué que le gouvernement promettrait de réduire ses dépenses et d'augmenter les impôts pour lever 13 milliards d'euros entre 2012 et 2015, ce qui reviendrait à quasiment doubler la somme des sept millions initialement promise.
Pour combler ce manque de fonds, Athènes a demandé à la BCE de renoncer à une part de ses bénéfices sur les titres obligataires grecs, ce qui pourrait permettre de lever un minimum de 12 milliards d'euros.
Le Conseil des gouverneurs de la BCE, composé de 23 membres, a discuté de cette éventualité jeudi. M. Draghi a laissé entendre que cette option pourrait être envisagée, mais il a exclu que la BCE assume des pertes.
Interrogé sur l'éventualité que la BCE rende ses bénéfices sur les obligations grecques d'une valeur de 50 milliards d'euros qu'elle avait acheté à bas pris sur le marché, M. Draghi a indiqué qu'elle verserait les recettes aux gouvernements une fois qu'elles auraient été réalisées.
« Si la BCE distribue une partie de ses recettes aux Etats membres suivant une clé de répartition, ce n'est pas du financement monétaire », a-t-il déclaré.