La Grèce s'approche d'un accord, la zone euro continue d'enrager

Il est de plus en plus probable que la Grèce finisse par remplir les conditions requises pour un second renflouement. Elle a en effet présenté de nouvelles réductions budgétaires, mais les tensions restent vives entre Athènes et Berlin, le plus grand contributeur de l'Union.  

EURACTIV.com / Reuters
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Il est de plus en plus probable que la Grèce finisse par remplir les conditions requises pour un second renflouement. Elle a en effet présenté de nouvelles réductions budgétaires, mais les tensions restent vives entre Athènes et Berlin, le plus grand contributeur de l'Union.
 

Le temps presse pour la Grèce qui doit absolument obtenir un renflouement de 130 milliards d'euros pour éviter la faillite. Les fonctionnaires grecs espèrent que les ministres des finances de la zone euro signeront l'accord lundi, un mois avant qu'Athènes n'ait besoin de cet argent pour rembourser 14,5 milliards de titres de dette arrivant à échéance.

Cet optimisme fait suite à des tensions entre Athènes et les Etats du nord de l'union monétaire de 17 membres, menés par l'Allemagne, et à l’abandon d’une proposition visant à conserver une partie du renflouement jusqu'à la fin des élections attendues pour le mois d'avril prochain.

« Nous y sommes presque », a déclaré un fonctionnaire de la zone euro, espérant qu'un accord puisse être conclu lorsque les ministres de l'Eurogroupe se rencontreront à Bruxelles.

« A moins que quelqu'un ne présente une idée visant à empêcher la conclusion de l'accord, il devrait être approuvé lundi », a-t-il affirmé.

Plusieurs sources de la zone euro ont en outre déclaré que des banques centrales nationales dans l'union monétaire échangeraient leurs obligations grecques ce week-end en amont d'un accord sur le secteur privé, afin d'éviter d'être obligées d'encaisser des pertes.

Si les ministres de l'Eurogroupe donnent leur feu vert, la Grèce pourra officiellement faire une offre de restructuration de sa dette à ses créanciers privés. Cette proposition devrait impliquer une décote de 50 % des titres aux mains des investisseurs et permettrait de réduire la dette grecque de 100 milliards d'euros.

« Il n'y a aucune certitude, mais nous faisons preuve d'un optimisme prudent », a déclaré à la presse Antonis Samaras, le leader du parti conservateur Nouvelle démocratie qui part favori pour les prochaines élections.

« La Grèce a fait ce qu'elle avait à faire », a ajouté M. Samaras, dont le parti est l'une des deux formations toujours dans la coalition du premier ministre technocrate, Lucas Papademos.

Colère contre Wolfgang Schäuble

Ces derniers jours, la colère des Grecs est passée de la chancelière allemande, Angela Merkel, à son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, qui aux yeux des Grecs s'est égaré, passant des questions économiques aux sujets politiques, voire même au processus électoral.

Mercredi, M. Schäuble a fait remarquer que les partis italiens avaient donné au premier ministre technocrate Mario Monti un an pour mettre en oeuvre ses réformes.

A Athènes, ces commentaires ont été interprétés comme un encouragement à retarder les élections, afin de permettre à M. Papademos, qui n'est au pouvoir que depuis le mois de novembre, d'avoir plus de temps pour mettre en oeuvre les réductions budgétaires et les réformes.

Le porte-parole du gouvernement Pantelis Kapsis n'a pas mâché ses mots en réponse à ces déclarations. « Je n'ai rien à répondre à M. Schäuble, c'est à la Grèce de décider quand elle organisera des élections », a-t-il expliqué à la presse.

M. Schäuble a comparé la Grèce à un « puits sans fond » et exprimé ses doutes quant à la capacité d'Athènes à respecter les promesses d'austérité adoptées au parlement lundi. Des émeutiers ont en effet pris les rues de la capitale d'assaut, incendié et pillé plusieurs bâtiments.

M. Kapsis a confirmé qu'Athènes comptait recevoir le feu vert de l'Eurogroupe lundi pour l'accord sur un échange d'obligations. Dans le cadre de cet accord, la valeur réelle des obligations détenues par les banques et les assureurs diminuerait de 70 %.

Athènes est source d'une frustration croissante pour certains membres de la zone euro qui ont l'impression que les dirigeants politiques grecs en font le moins possible depuis le début de la crise en 2009. D'autres affirment que la réponse de la zone euro a été du même acabit au cours de ces deux dernières années.

Des sources au gouvernement grec ont expliqué qu'Athènes s'était mise d'accord avec l'UE et le FMI sur la manière de réaliser la réduction budgétaire de 325 millions d'euros qui manquait sur les 3,3 milliards d'euros de réduction déjà adoptés par le parlement lundi.

Deux sources ont affirmé que 100 millions d'euros proviendraient de réduction des dépenses de la défense, environ 90 millions d'euros de réductions salaires dans le secteur public et 135 millions d'euros des ministères de la santé, du travail et de l'intérieur.

Pur chantage

Certains points restent flous. M. Kapsis a déclaré que la question d'un compte bloqué pour mettre de côté des fonds dans le but de rembourser en partie les créanciers en cas de défaut de paiement n'avait pas été réglée. Une source de la coalition allemande a quant à elle affirmé qu'il fallait davantage contrôler la Grèce dans ses efforts de réduction des dépenses.

Lundi, les ministres des finances de la zone euro devront également prendre en compte un rapport de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international qui prévoit que la dette grecque atteigne 129 % du PIB du pays en 2020, bien au-delà de l'objectif des 120 % établis en octobre dernier.

Plusieurs fonctionnaires ont déclaré qu'un objectif de 125 % serait acceptable pour la plupart des membres de la zone euro, et peut-être pour le FMI, mais que des mesures seraient nécessaires pour le ramener à un niveau inférieur.

Il est notamment envisagé que la zone euro abaisse le taux d'intérêt appliqué aux prêts bilatéraux de la Grèce, qu'elle augmente son offre actuelle de 130 milliards d'euros ou qu'elle demande aux investisseurs du secteur privé de consentir à des pertes plus importantes.

Une autre option serait que la BCE renonce à sa marge bénéficiaire sur les obligations grecques qu'elle détient et qu'elle les revende au fonds de sauvetage de la zone euro, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), au même tarif préférentiel que celui dont elle a bénéficié par le passé lorsqu'elle les a achetées.

Suite à des demandes pour un contrôle plus strict de la mise en oeuvre de l'accord sur la Grèce, un membre du gouvernement à Athènes a accusé l'Union européenne de « pur chantage ».

« Toute autre intervention, toute nouvelle demande de nos prêteurs implique qu'ils se moquent de notre pays », a déclaré le ministre de l'ordre public et ancien commissaire européen Christos Papoutsis.

« Certains en Europe oublient que derrière ces nombres se trouve une population », a-t-il affirmé. Les dirigeants des syndicats appellent à un nouveau rassemblement dimanche « pour répondre à tous ceux qui veulent que la Grèce soit sous occupation allemande ».