La législation européenne sur les emballages jugée « inapplicable » par l’industrie alimentaire

Une nouvelle proposition législative de l’UE sur les emballages a suscité de fortes inquiétudes au sein de l’industrie alimentaire européenne, qui avertit que la proposition est inapplicable pour les exploitants du secteur alimentaire.

Euractiv.com
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L’emballage constitue l’un des principaux secteurs utilisant des matériaux vierges, puisque 40 % des plastiques et 50 % du papier utilisés dans l’UE sont destinés à l’emballage. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/guadalajara-mexico-september-09-2022-pile-2209207495" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK]</a>]

Une nouvelle proposition législative de l’UE sur les emballages a suscité de fortes inquiétudes au sein de l’industrie alimentaire européenne, qui avertit que la proposition est inapplicable pour les exploitants du secteur alimentaire. Les ONG ont quant à elles accusé l’industrie d’avoir atténué la proposition avec son lobbying intensif.

La révision des règles de l’UE relatives aux emballages, présentée par l’exécutif européen mercredi (30 novembre), vise à remédier à cette source toujours plus importante de déchets et de « frustration pour les consommateurs », comme l’explique la Commission dans un communiqué.

En moyenne, chaque Européen produit près de 180 kg de déchets d’emballages par an. L’emballage constitue par ailleurs l’un des principaux secteurs utilisant des matériaux vierges, puisque 40 % des plastiques et 50 % du papier utilisés dans l’UE sont destinés à l’emballage.

« Si aucune mesure n’est prise, l’UE verra une nouvelle augmentation de 19 % des déchets d’emballage d’ici à 2030, et même une augmentation de 46 % pour les déchets d’emballage en plastique », précise le communiqué.

De nouveaux objectifs ont été proposés pour la réutilisation des emballages dans un certain nombre de secteurs, tels que ceux des boissons, des plats à emporter et des transports. Ces objectifs sont soutenus par un objectif global de prévention des déchets de 5 % d’ici à 2030 et de 10 % d’ici à 2035.

« Nous créerons les conditions nécessaires pour que les principes de l’économie circulaire, réduire, réutiliser et recycler, fonctionnent », a indiqué le commissaire européen à l’Environnement Virginijus Sinkevičius à la fin de la présentation de la proposition.

Toutefois, l’industrie alimentaire de l’UE juge certains éléments de la proposition inquiétants.

Étant donné que les industries alimentaires et des boissons sont celles qui utilisent le plus d’emballage, elles joueront un rôle important dans le succès de la proposition.

Selon une déclaration de la confédération de l’industrie alimentaire de l’Union européenne FoodDrinkEurope, la proposition nécessitera des « améliorations considérables », pour que le secteur alimentaire puisse concrétiser « l’ambition collective pour des emballages durables et une économie circulaire ».

Le directeur général de FoodDrinkEurope, Dirk Jacobs, a indiqué que la proposition comportait certains aspects positifs, mais il a aussi averti qu’elle « manque d’outils pour soutenir les secteurs de l’alimentation, des boissons et de l’emballage en leur fournissant l’infrastructure et les moyens nécessaires pour accélérer le passage aux processus de réduction, de réutilisation et de recyclage ».

« Les objectifs et les délais fixés, en particulier en ce qui concerne la réutilisation et le re-remplissage [des emballages], sont pleins de bonnes intentions, mais sont malheureusement irréalistes en l’absence de conditions favorables appropriées et pourraient même entraver plutôt que renforcer les objectifs en matière d’emballage durable », a-t-il indiqué.

De plus, la proposition de l’exécutif européen laisse encore « trop de latitude » aux initiatives nationales divergentes, a souligné l’association, prévenant que cela pourrait fragmenter davantage le marché unique et aller à l’encontre de l’objectif de la proposition.

Toutefois, une alliance d’ONG européennes majeures, ReThink Plastic, a regretté le fait que les objectifs de réutilisation ont déjà été revus à la baisse en raison de l’opposition de l’industrie, et ce malgré le fait que les grandes entreprises de boissons soient toujours « les plus grands pollueurs de plastique au monde ».

Selon le rapport 2018-2022 de ReThink Plastic, les entreprises du secteur de l’alimentation et des boissons sont majoritairement celles qui sont le plus responsables des problèmes de pollution plastique : Coca-Cola est toujours, et de loin, le pire pollueur au monde en matière de plastiques. L’entreprise est suivie de PepsiCo, Nestlé, Unilever, Procter & Gamble et Mondelēz International.

Les objectifs en matière de réutilisation ont été considérablement revus à la baisse depuis la première version de proposition qui avait fait l’objet d’une fuite et qui avait été consultée par EURACTIV et la proposition finale. En effet, les objectifs de réutilisation ont été réduits de près de 50 %, l’interdiction du polystyrène expansé a été abandonnée, tout comme certains détails techniques concernant la définition de la recyclabilité.

Jean-Pierre Schweitzer, directeur adjoint de l’Économie circulaire du Bureau européen de l’environnement (BEE), a qualifié d’« intéressantes » les plaintes de l’industrie, compte tenu de la réduction considérable des objectifs et du fait que, à l’exception du secteur HORECA, la plupart des commerces alimentaires de détail ne sont « pas vraiment concernés ».

M. Schweitzer a ajouté que le Parlement et le Conseil doivent à présent « se concentrer sur l’amélioration des propositions afin que la réutilisation et le recyclage effectifs puissent être développés, en évitant les fausses solutions ».

La proposition sur les emballages et les déchets d’emballage va maintenant être examinée par le Parlement européen et le Conseil de l’UE.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]