La majorité présidentielle s'écharpe sur le calendrier de la réforme des retraites

Alors qu’Emmanuel Macron a indiqué souhaiter une réforme des retraites rapidement, les ténors de la majorité s’écharpent sur l’opportunité et la possibilité de la mener à bien dans les temps impartis.

Euractiv France
French President Macron meets Democratic Movement party leader Bayrou
Le président français Emmanuel Macron et son allié centriste, le leader du MoDem François Bayrou, en juin 2022. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN / POOL MAXPPP OUT]

Alors qu’Emmanuel Macron a indiqué souhaiter une réforme des retraites rapidement, les ténors de la majorité s’écharpent sur l’opportunité et la possibilité de la mener à bien dans le temps imparti.

C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron : une réforme des retraites, dont le principal effet serait le recul de l’âge légal de départ à la retraite, tendanciellement à 65 ou 64 ans.

Sur le fond, l’ensemble des partis de la majorité sont d’accord, ayant soutenu le programme d’Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle.

Mais les opinions divergent quant au calendrier à tenir. Sans majorité absolue à l’Assemblée, le diable est dans les détails, et surtout dans la méthode utilisée pour que le texte soit effectivement voté.

Pour aboutir à une adoption rapide, M. Macron a reconnu, devant la presse présidentielle, qu’il n’excluait pas d’inclure la réforme dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2023 (PLFSS), par amendement.

Le PLFSS doit être présenté en Conseil des ministres fin septembre et débattu par les députés dès le mois d’octobre.

Un procédé peu orthodoxe pour un texte qui concentre autant de crispations – aussi bien dans la société qu’auprès des oppositions.

Une possibilité qui ne fait pas non plus consensus au sein de la majorité. Au point que François Bayrou, patron du MoDem et soutien de poids du président de la République, a pris le soin de mettre en garde M. Macron et l’exécutif : « le passage en force, c’est le contraire de l’esprit du CNR [Conseil national de la refondation] qui réclame d’examiner les problèmes ensemble ».

Dans une interview accordée au Parisien publiée samedi soir (17 septembre) – au moment même où le parti présidentiel Renaissance se réunissait en congrès – M. Bayrou plaidait pour une concertation en amont de la présentation de la réforme, et se disait convaincu qu’ « avec un travail préalable en commun […] elle peut être adoptée dès l’été 2023 ».

Le risque étant, selon l’allié centriste du président, de « coaliser les oppositions entre elles », alors que des voix extérieures à la majorité – relative – sont nécessaires pour faire passer le texte.

En revanche, le parti de l’aile droite de la majorité fondé par Edouard Philippe, Horizons, soutient la réforme dans tous les cas de figure : « que vous choisissiez de [la] faire en octobre, en décembre, en mars, quand vous voudrez, nous serons là », déclarait l’ancien Premier ministre et maire du Havre, lors de la rentrée politique de son mouvement vendredi dernier (16 septembre).

Et le président du groupe Horizons à l’Assemblée nationale, Laurent Marcangeli, d’abonder en ce sens lundi (19 septembre) sur Radio J : « quoi qu’il advienne, en particulier sur la réforme des retraites, le groupe Horizons [sera] derrière le gouvernement » – indépendamment de la méthode choisie.

Il reconnaît aussi que « la société française est fragile [et que] beaucoup prendraient [cette réforme] comme une agression », mais émet aussi des doutes sur la possibilité de la mener à bien en 2023, si le gouvernement devait attendre trop longtemps.

Un constat qui semble être partagé par le chef de l’État lui-même, qui aurait signifié vouloir une adoption rapide du texte sur la réforme des retraites, devant les députés de la majorité. « Est-ce qu’on saura mieux faire dans quelques mois ? La réponse est non », aurait-il lancé, selon des propos rapportés par BFMTV.

Pas plus de précisions par le premier concerné, le ministre du Travail Olivier Dussopt, selon qui « ça peut être en octobre, comme ça peut être au printemps », déclarait-il sur France 3 dimanche, en fonction du temps que prendront les concertations. Il réunissait lundi (19 septembre) les syndicats.

Une fois résolu ce premier obstacle de calendrier et de méthode, restera à affronter celui de la majorité à réunir autour du projet du gouvernement – si le recours au « 49.3 » est bien écarté.

La gauche (Nouvelle union populaire, écologique et sociale, NUPES) et l’extrême droite (Rassemblement national) excluent catégoriquement tout vote en faveur d’une telle réforme.

En revanche, la droite d’opposition (Les Républicains), qui a toujours rêvé d’une réforme des retraites, est dans une position délicate à l’heure où, en plein renouvellement interne, elle a besoin de se démarquer d’Emmanuel Macron.