La nouvelle proposition de l'UE pour lutter contre la flambée des prix du gaz attendue « prochainement »

La Commission européenne présentera « prochainement » des propositions visant à lutter contre les prix élevés du gaz, a déclaré la présidence tchèque de l’UE à l’issue d’une réunion extraordinaire des ministres de l’Énergie vendredi.

Euractiv.com
Simson
Les ministres de l'énergie de l'UE se sont réunis le 30 septembre pour discuter de la flambée des prix de l'énergie dans l'UE. [<a href="https://newsroom.consilium.europa.eu/permalink/p145574" target="_blank" rel="noopener">European Union</a>]

La Commission européenne présentera « prochainement » des propositions visant à lutter contre les prix élevés du gaz, a déclaré la présidence tchèque de l’UE à l’issue d’une réunion extraordinaire des ministres de l’Énergie vendredi (30 septembre).

Bien que les pays de l’UE aient convenu de mesures d’urgence pour faire face à la crise énergétique, cela ne suffit pas, a déclaré le ministre tchèque de l’Énergie, Jozef Sikela, dont le pays assure ce tour de présidence de l’UE.

« Nous sommes dans une guerre énergétique avec la Russie, qui affecte aussi fortement notre industrie. Une nouvelle action urgente et coordonnée de l’UE est nécessaire », a-t-il insisté.

La principale préoccupation des pays de l’UE est la flambée des prix du gaz et son impact sur les prix de l’électricité, a expliqué M. Sikela.

Les mesures à prendre pour remédier à ce problème pourraient consister à plafonner le prix de toutes les importations de gaz ou à établir un nouveau prix de référence européen pour le gaz naturel liquéfié (GNL), afin de refléter la diminution de l’importance du gaz russe dans le bouquet énergétique de l’UE.

Le relais est maintenant passé à la Commission, qui travaillera avec les capitales européennes pour développer ces idées avant un sommet des dirigeants européens la semaine prochaine, a déclaré Kadri Simson, commissaire européenne à l’Énergie.

« Ce travail constituerait en définitive la base de la proposition législative que nous présenterions », a ajouté Mme Simson.

M. Sikela a déclaré aux journalistes qu’il s’attendait à ce que la proposition de la Commission arrive « prochainement », mais le calendrier exact n’a pas encore été annoncé. Il a ajouté que la présidence tchèque était prête à reprendre toute proposition de la Commission et à la traiter « à toute vitesse ».

« Je suis prêt à convoquer autant de Conseils extraordinaires que nécessaire », a-t-il déclaré.

Pas d’accord sur le plafonnement des prix

Cependant, les pays de l’UE sont toujours divisés sur le plafonnement des prix du gaz.

« Il est vrai qu’à l’heure actuelle, le plafonnement des prix est loin de faire l’objet d’un consensus », a déclaré un haut diplomate européen avant la réunion, ajoutant qu’il valait mieux se concentrer sur les progrès accomplis plutôt que de « perdre du temps sur des questions qui nous divisent ».

Au début de la semaine dernière, 15 pays de l’UE ont rédigé une lettre commune demandant à la Commission européenne d’introduire un plafonnement des prix « appliqué à toutes les transactions en gros de gaz naturel ». Mais dans un document partagé avec les capitales européennes cette semaine, Bruxelles a mis en garde contre les problèmes de sécurité d’approvisionnement que cela pourrait créer, le GNL étant négocié sur le marché mondial.

Les Pays-Bas, en particulier, critiquent le plafonnement du prix des transactions en gros du gaz. Le ministre hollandais de l’Énergie, Rob Jetten, a déclaré à EURACTIV qu’un plafonnement n’entraînerait pas de baisse de la consommation, ce qui, selon lui, est nécessaire pour atténuer une crise due principalement à la rareté de l’approvisionnement en gaz.

Les Allemands se méfient également d’un plafonnement des prix, le ministre Robert Habeck ayant déclaré que les navires de GNL iraient ailleurs si les clients européens ne proposent pas un prix suffisamment avantageux.

« Nous ne devons pas permettre que trop peu de gaz atteigne l’Europe », a-t-il prévenu.

Le ministre luxembourgeois de l’Énergie, Claude Turmes, a également mis en garde contre un plafonnement du gaz en gros, affirmant que cela pourrait fausser le marché et empêcher le gaz d’aller vers les pays qui en ont besoin.

Au lieu de cela, M. Turmes a plaidé pour un dialogue avec les partenaires commerciaux de l’Europe et a appelé l’UE à discuter avec les États-Unis des prix du GNL, car il s’agit désormais d’une question de sécurité pour l’UE, suite au sabotage des deux gazoducs Nord Stream.

Les options sur la table

Bruxelles s’accorde à dire que l’intensification des discussions avec les partenaires commerciaux devrait être la priorité absolue pour garantir des sources supplémentaires de gaz pour l’Europe.

Mais les avis divergent en ce qui concerne le plafonnement des prix du gaz.

Si Mme Simson a réaffirmé la préférence de la Commission pour un plafonnement du prix du gaz russe uniquement, des pays comme l’Allemagne y voient une sanction contre la Russie, ce qui nécessiterait l’unanimité, « et nous n’avons pas encore de consensus à ce sujet », a-t-elle admis.

L’Autriche est opposée à cette idée en raison de sa dépendance aux approvisionnements russes et de son refus de mettre en péril la sécurité énergétique du pays, a déclaré la ministre Leonore Gewessler.

Le ministre allemand Robert Habeck, quant à lui, a déclaré que Berlin serait ouvert à un plafonnement des prix russes, pour autant que les pays d’Europe du Sud-Est soient prêts à accepter des réductions des livraisons de Moscou.

Le plafonnement du gaz dans la production d’électricité

En l’absence d’un consensus sur le plafonnement du prix du gaz russe, Mme Simson a déclaré que la Commission étudiait d’autres options et « est prête à élaborer une mesure temporaire à l’échelle de l’UE pour limiter le prix du gaz dans la production d’électricité ».

Si les États membres ont des avis divergents sur les modalités d’application d’un tel plafonnement des prix, « il existe également un consensus » sur la nécessité d’approfondir cette question, a-t-elle expliqué.

« Cela devrait être fait à un niveau qui contribue à faire baisser les prix de l’électricité sans augmenter la consommation de gaz. Il s’agit de mesures de grande envergure qui interviennent de manière substantielle dans le fonctionnement du marché européen du gaz et nous ne proposons pas cela à la légère », a-t-elle ajouté.

Cependant, certains pays souhaitent que la Commission européenne aille plus loin.

« Malheureusement, nous pensons que les conditions dans lesquelles la Commission fait ses propositions aujourd’hui ne correspondent pas à ce dont l’Europe a besoin », a déclaré la ministre espagnole de l’Énergie, Teresa Ribera.

Une autre idée défendue par la présidence tchèque de l’UE consiste à renforcer les achats communs de gaz afin de tirer parti du pouvoir d’achat des pays de l’UE. Les Allemands sont désormais favorables à cette idée, M. Habeck soutenant la création d’une plateforme d’achat commune de l’UE pour faire baisser les prix.

L’Europe devrait utiliser son pouvoir à bon escient sur les marchés mondiaux et agir de manière coordonnée pour faire baisser les prix, a-t-il ajouté.