La procureure générale de l’UE à Athènes alors que les scandales se multiplient en Grèce
La procureure générale de l’UE, Laura Kövesi, est en Grèce ce mardi 30 septembre alors que plusieurs enquêtes sur des fraudes aux fonds européens se poursuivent et que les tensions entre le Parquet européen et le gouvernement grec s’intensifient.
La Grèce est depuis longtemps dans le collimateur de Laura Kövesi, cheffe du Parquet européen (EPPO). Sa visite ce mardi dans la capitale grecque intervient à un moment délicat pour le parti du Premier ministre Kyriákos Mitsotákis, Nouvelle Démocratie.
Le parti au pouvoir a en effet enregistré une forte baisse dans les derniers sondages. Selon un sondage publié lundi 29 septembre, 70 % des personnes interrogées considèrent que le gouvernement de centre-droit, au pouvoir depuis 2019, est corrompu, tandis que 74 % estiment qu’il dissimule activement des scandales.
Les enquêtes en cours
Le Parquet européen, qui a la capacité d’enquêter et de poursuivre, mène actuellement trois enquêtes pour des fraudes majeures en Grèce.
La plus médiatisée est celle dite « Contrat 717 », un projet de 41 millions d’euros financé par l’UE et destiné à installer des systèmes de signalisation à distance sur le réseau ferroviaire du pays, qui n’a jamais été mis en œuvre.
Si le projet avait été mené à bien, l’accident ferroviaire de Tempé qui a coûté la vie à 57 personnes en 2022 aurait pu être évité, affirmait Laura Kövesi en août.
Ensuite, l’utilisation frauduleuse des subventions agricoles de l’UE est également dans le viseur du Parquet européen.
Dans le cadre de cette enquête, il a été révélé que certains demandeurs avaient faussement déclaré être propriétaires de terres, déclaré des exploitations agricoles situées loin de leur lieu de résidence réel ou utilisé des baux falsifiés et de fausses adresses pour obtenir des subventions.
À la suite de ce scandale, quatre ministres ont démissionné de leurs postes et l’agence chargée de distribuer les fonds a été dissoute.
Enfin, la troisième affaire, baptisée « Opération Calypso », concerne des réseaux criminels — qui seraient dirigés par des ressortissants chinois — accusés de fraude aux droits de douane et à la TVA sur des marchandises entrant dans l’UE via le port du Pirée — le plus grand port de Grèce, largement racheté par une société chinoise. Les autorités grecques ont déjà saisi plus de 2 400 conteneurs.
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Relations tendues avec le gouvernement grec
La visite de Laura Kövesi met également en lumière ses relations tendues avec Athènes. L’année dernière, elle a accusé le gouvernement d’entraver l’enquête sur l’accident ferroviaire et a critiqué la Constitution grecque, qui protège les ministres contre les poursuites judiciaires.
Les lois sur l’immunité des ministres, soutenues par la majorité parlementaire de Nouvelle Démocratie, ont empêché toute poursuite judiciaire dans les affaires liées aux fonds européens.
Laura Kövesi a même écrit à la Commission européenne pour demander une révision de ces dispositions constitutionnelles — une demande qui a suscité de vives réactions dans la capitale grecque.
Kyriakos Mitsotakis avait déclaré que la procureure européenne devrait « s’en tenir à ses compétences », tandis que le ministre grec de la Santé, Adonis Georgiadis, a suggéré que la Grèce pourrait explorer à Bruxelles les moyens de la démettre de ses fonctions.
Selon un porte-parole du Parquet européen, Laura Kövesi rencontrera des responsables du gouvernement concernés par ses activités, tels que les ministres des Finances, de la Justice et de l’Intérieur. Elle rencontrera également les chefs de la police et des douanes, le procureur général du pays ainsi que le bureau de l’EPPO à Athènes.
Elle insistera notamment sur « la manière de mettre en œuvre des solutions pour une meilleure détection et une meilleure coopération judiciaire », a indiqué le porte-parole à Euractiv.
« Nous organisons une conférence de presse jeudi matin, très probablement dans le port du Pirée, mais cela doit être confirmé aujourd’hui. La raison pour laquelle nous voulons le faire est l’opération Calypso, qui est la plus grande saisie que nous ayons jamais effectuée et une affaire douanière majeure », a-t-il conclu.