Accident ferroviaire en Grèce : après le blocage des exhumations, les familles accusent la justice de couvrir un scandale

La pression monte sur les autorités grecques pour autoriser l’exhumation des victimes d’un accident ferroviaire de 2023. Leurs parents, qui accusent le système judiciaire et le gouvernement de dissimuler la véritable cause de la tragédie, demandent désormais l’aide de l’UE.

EURACTIV.com
[Euractiv/Sofia Mandilara]

Le 28 février 2023, un train de marchandises et un train de voyageurs sont entrés en collision frontale sur la ligne Athènes-Thessalonique, près de Tempé, dans le centre de la Grèce. L’accident a fait 57 morts et des dizaines de blessés.

Depuis plus de deux ans, les proches des victimes réclament des réponses sur l’explosion provoquée par l’accident, soupçonnant le train de marchandises de transporter du carburant illégal.

Pano Routsi, qui a perdu son enfant dans l’accident, mène depuis 10 jours une grève de la faim devant le parlement grec. Il exhorte les autorités judiciaires à autoriser les exhumations afin de procéder à des analyses.

« Nous exigeons que notre demande soit acceptée et que l’exhumation ait lieu. La justice est corrompue. Ils refusent l’exhumation parce qu’ils craignent les résultats », a-t-il expliqué à Euractiv.

 

L’UE comme dernier recours

Jusqu’à présent, les tribunaux grecs — où les juges sont nommés par le gouvernement — ont rejeté leurs demandes, ce qui a poussé les parents à se tourner vers Bruxelles.

Dans une lettre adressée à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, ils invoquent leur droit, en vertu de la Convention européenne des droits de l’Homme, de confirmer si les restes qu’ils ont reçus « appartiennent bien à leurs proches ».

Ils veulent savoir s’ils ont enterré leurs propres enfants, et souhaitent par la même occasion que soient menées des analyses pour déterminer les causes exactes de leurs morts. Ils affirment que les autorités grecques bloquent les exhumations afin de dissimuler les preuves de la présence de cargaisons illégales de produits qui ont alimenté un feu, entraînant des asphyxies et une explosion.

Le bureau de Roberta Metsola a dit avoir reçu la lettre et a fait savoir qu’il y répondrait.

Francisco Javier Zarzalejos Nieto, député européen de centre-droit et président de la commission des Libertés civiles (LIBE) de l’hémicycle, nous a indiqué que le Parlement européen n’avait pas le pouvoir de contrôler, et encore moins d’annuler, une décision judiciaire définitive dans un État membre.

« Je comprends les préoccupations et la frustration des familles des victimes lorsqu’elles voient leurs demandes rejetées », a-t-il déclaré, ajoutant que le Parlement disposait de canaux ouverts aux citoyens de l’UE par l’intermédiaire de la commission des Pétitions (PETI).

Dans une pétition adressée au Parlement européen, les familles des victimes citent un rapport de l’Agence hellénique d’enquête sur la sécurité aérienne et ferroviaire (EODASAAM), qui indiquait que la cargaison aurait pu être identifiée si la scène du crime n’avait pas été prématurément recouverte de terre.

Ping-pong politique à Athènes

À Athènes, le gouvernement a d’abord déclaré qu’aucune demande d’exhumation n’avait été déposée, avant de répondre que la responsabilité incombait au pouvoir judiciaire.

Jusqu’à présent, tous les juges chargés de l’affaire ont rejeté les demandes d’exhumation des victimes. La décision repose désormais entre les mains du président de la cour d’appel.

La représentante des parents, Maria Karystianou, qui a perdu sa fille dans l’accident, a assuré à Euractiv qu’elle continuerait à se battre jusqu’à ce que « la vérité enfouie dans le sol et dans les os de nos enfants puisse enfin être révélée ».

Elle a accusé le juge d’instruction en charge du dossier d’avoir saboté la procédure dès le début en ordonnant la destruction des échantillons de sang seulement 40 jours après l’accident.

Dans le même temps, l’UE se méfie de plus en plus d’Athènes. Le Parquet européen (EPPO) a ouvert une enquête sur un contrat, financé par l’UE, pour la mise à niveau du système de signalisation des trains et le contrôle à distance. S’il avait été mis en œuvre, ce système aurait pu empêcher l’accident ferroviaire de Tempé. La Commission a quant à elle fait pression sur Athènes pour qu’elle élabore un plan de sécurité ferroviaire. Enfin, les députés européens continuent de suivre de près l’évolution de la situation.

Sofia Mandilara a contribué à la rédaction de cet article.

(asg)