La réforme des retraites, « précurseur d'une nouvelle vague d'austérité en Europe » selon la CES

La manifestation monstre contre le projet de réforme des retraites du gouvernement d’Elisabeth Borne est précurseur d’une bataille plus large contre le retour de l’austérité en Europe, selon Esther Lynch, secrétaire générale de la CES.

Euractiv France
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Ce mouvement social a une envergure européenne : « cette réforme est précurseur d’une nouvelle vague d’austérité en Europe » selon Esther Lynch, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, présente dans le cortège de tête à Paris. [Théo Bourgery-Gonse/EURACTIV]

La manifestation contre le projet de réforme des retraites du gouvernement d’Elisabeth Borne serait le précurseur d’une bataille plus large contre le retour de l’austérité en Europe, selon Esther Lynch, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), rencontrée par EURACTIV dans le cortège parisien.

1,12 million de manifestants ont battu le pavé jeudi (19 janvier), selon les chiffres du ministère de l’Intérieur – la CGT parle de « plus de 2 millions » –, en réponse à l’appel d’une intersyndicale unie contre le report de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans.

Une première mobilisation importante pour les syndicats, qui pariaient sur cette mobilisation pour instaurer un rapport de force avec le gouvernement, contre la réforme.

Pompiers, employés du livre, gardiens de musées, cheminots, chauffeurs de bus, mais aussi étudiants et lycéens… À Paris comme dans les plus de 200 cortèges partout en France, lesquels les participants dénonçaient une réforme injuste et inopportune, au moment où la hausse des prix pèse sur le train de vie des ménages.

« Si je ne me bats pas contre cette réforme à 24 ans, je suis grillée à vie », a déclaré à EURACTIV une jeune manifestante. Elle espère le retrait du projet de réforme, ou alors veut mettre « les riches » à contribution, « ces millionnaires et les milliardaires qui ne savent pas quoi faire de leur argent ».

Outre le report de l’âge légal de la retraite, la durée de cotisations est augmentée à 43 ans. Des mécanismes spécifiques ont aussi été développés pour accompagner les plus précaires et permettre aux carrières longues de continuer à partir en retraite plus tôt. Un « index séniors » sera créé pour encourager l’emploi des séniors dans les entreprises.

Cette réforme existe avant tout pour « assurer l’équilibre de notre système de retraites », avait déclaré Mme Borne aux journalistes la semaine dernière, lors d’une conférence de presse pour présenter le sujet. Selon elle, le projet de loi répond à un triptyque d’envergure : « justice, équilibre et progrès ».

Nouvelle vague d’austérité en Europe

Un discours que rejette sans hésiter Esther Lynch, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES) et qui défilait à Paris en tête de cortège.

« Cette réforme est précurseur d’une nouvelle vague d’austérité en Europe », a-t-elle expliqué à EURACTIV France. De fait, selon elle, le succès de la manifestation est un signal fort lancé à travers le continent pour remettre l’accent sur des politiques sociales dignes de ce nom.

Alors que la crise de la Covid-19 touche à sa fin et que le « quoiqu’il en coûte » budgétaire n’est plus à la mode, l’austérité serait de retour : « Cette politique d’austérité, au moment où la crise inflationniste assomme les ménages partout en Europe, n’a aucun sens ».

Elle accuse les responsables politiques de ne pas avoir le courage de réfléchir à des solutions nouvelles et s’inquiète : « lorsqu’on ne croit plus au gouvernement, on bat le pavé. Mais que se passera-t-il si les travailleurs ne croient plus au pavé non plus ? »

Et Ludovic Voet, secrétaire confédéral de la CES, de critiquer vivement l’argument du gouvernement qui consiste à dire que la France aura toujours un âge de départ plus bas qu’une majorité de ses voisins européens : « ce n’est pas parce que les autres font mal qu’il faut les suivre malgré tout ».

La CES se dit prête à amplifier le message des syndicalistes français à Bruxelles auprès des décideurs européens. « Casser la lecture néolibérale et austéritaire » des institutions européennes, telle est la mission que se donne M. Voet, qui se dit inspiré par la réussite de la mobilisation de jeudi.

Le gouvernement contre la rue

La réforme des retraites était une promesse qu’Emmanuel Macron avait fait lors des élections présidentielles de 2022. Porter la réforme jusqu’au bout devient donc un enjeu aussi personnel que politique.

Plus tôt dans la journée, M. Macron, alors en déplacement à Barcelone dans le cadre d’un sommet bilatéral franco-espagnol, a affirmé qu’il mènerait à bien cette réforme avec « détermination et esprit de responsabilité ».

La veille, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran, déclarait en conférence de presse au sortir du Conseil des ministres que cette réforme s’imposait sous peine de laisser filer le déficit « de 150 milliards d’euros d’ici 2034 ».

Mais rien n’y a fait et la solidité de l’intersyndicale, malgré les divergences de chaque syndicat qui la compose, a su créer une dynamique dans les rues de France. La présence de députés NUPES n’a fait que renforcer le rôle politique crucial que les syndicats s’apprêtent à jouer dans les prochaines semaines.

En outre, un sondage IFOP pour Sud Radio publié le matin de la mobilisation révélait que 72 % des Français ne sont pas favorables à une réforme des retraites. Ils étaient 68 % il y a une semaine.

Une nouvelle journée de mobilisation intersyndicale est prévue le 31 janvier.

[Édité par Davide Basso]