La Roumanie veut que la Croatie paie pour le report de son intégration à l’espace Schengen
Irritée par la décision de la France et de l’Allemagne de reporter son accession à l’espace Schengen de libre circulation, la Roumanie a menacé de se retirer unilatéralement d’un mécanisme européen permettant de contrôler son système d’application du droit. Elle a également affirmé qu’elle insisterait pour que le même mécanisme soit appliqué à la Croatie. Un reportage d’EURACTIV Roumanie.
Irritée par la décision de la France et de l’Allemagne de reporter son accession à l’espace Schengen de libre circulation, la Roumanie a menacé de se retirer unilatéralement d’un mécanisme européen permettant de contrôler son système d’application du droit. Elle a également affirmé qu’elle insisterait pour que le même mécanisme soit appliqué à la Croatie. Un reportage d’EURACTIV Roumanie.
Le ministre roumain des affaires étrangères, Teodor Bachonschi, a commenté pour le quotidien Adevarul la récente décision de la France et de l'Allemagne concernant le report de l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen. Selon lui, son pays a « deux options ».
Une de ces options, a-t-il expliqué, est que la Roumanie admette ses échecs et suive les traces de la Bulgarie en lançant des négociations avec les deux anciens Etats membres.
Toutefois, M. Baconschi a tout de suite précisé que ce n'était pas l'option à choisir, dans la mesure où la réponse « correcte » et « digne » serait selon lui d'entraver les tentatives de Paris et Berlin visant à établir une « Europe à deux vitesses ».
Il a par conséquent prévenu que la Roumanie pourrait quitter le mécanisme de coopération et de vérification (MCV) qui avait été mis en place par la Commission européenne pour accompagner la Roumanie et la Bulgarie dans leur adhésion à l'UE en janvier 2007.
Lorsque la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l'UE en 2007, elles ont été placées sous une surveillance spéciale visant à les aider dans la réforme de leurs systèmes juridiques et à lutter contre la corruption. Dans le cas de la Bulgarie, le crime organisé a été qualifié de problème important. Depuis lors des rapports réguliers n'ont révélé que des progrès limités.
Le MCV n'a jamais été utilisé lors de l'adhésion d'autres pays à l'UE. Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV en mars dernier, le commissaire chargé de l'élargissement, Štefan Füle, avait déclaré que ses services feraient tout ce qui était en leur pouvoir afin de s'assurer que la Croatie puis rejoindre l'Union sans l'utilisation d'un tel mécanisme. La Croatie devrait conclure ses négociations d'adhésion sous l'actuelle présidence hongroise de l'UE.
M. Baconschi a expliqué que la Roumanie avait réformé son système judiciaire et que le MCV était aujourd'hui utilisé par les anciens Etats membres de l'UE « à d'autres fins », ce qui était en passe de devenir « un handicap » pour la Roumanie.
« Si le MCV est maintenu, non pas comme un outil de coopération, mais comme un moyen de pression [sur la Roumanie] dans d'autres domaines, nous n'en avons pas besoin. Regardons la Croatie. Nous soutenons l'élargissement de l'UE aux Balkans occidentaux. Toutefois, nous ne pouvons pas accepter que cette adhésion s'opère sans le MCV alors que ce dernier nous est appliqué », a déclaré le ministre roumain.
M. Baconschi a également laissé entendre que la France était plus réticente que l'Allemagne concernant l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen, admettant que la coopération économique entre Bucarest et Paris avait subi quelques déboires.
La presse roumaine a mentionné des déclarations d'hommes politiques selon lesquelles la France avait puni la Roumanie car des fonctionnaires de Bucarest avaient demandé des « pots-de-vin à l'africaine », d'importants dessous-de-table, à la société française Vinci contre un contrat pour la construction d'une autoroute reliant les villes de Comarnic et de Bra?ov.