La sécheresse pourrait entraîner la perte de 40 % des rendements de blé en France

Pour les producteurs de céréales, la sécheresse qui frappe en ce moment la France engendrera au moins 40 % de perte dans certaines régions. Le ciel sera scruté de près dans les prochains jours pour connaître précisément l'entendu des dégâts sur les cultures.

Euractiv France
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La France et l'Europe subissent actuellement un épisode de sécheresse qui menace les cultures de blé [GGG999 / Shutterstok]

Pour les producteurs de céréales, la sécheresse qui frappe en ce moment la France engendrera au moins 40 % de perte dans certaines régions. Le ciel sera scruté de près dans les prochains jours pour connaître précisément l’entendu des dégâts sur les cultures.

Sols craquelés, tiges manquantes… Le manque d’eau frappe le pays au grand dam des agriculteurs, en particulier des céréaliers.

« Les épisodes de sécheresse sont de plus en plus fréquents et débutent plus tôt dans l’année. 2022 n’échappe pas à la règle », rapportait le gouvernement le 10 mai dernier.

Les températures élevées qui sévissent dans tout le pays font suite à un hiver relativement sec au cours duquel les nappes phréatiques n’ont pas pu se recharger correctement.

Selon le ministère de l’Agriculture, entre septembre et avril 2022, le déficit de précipitations est estimé à 19 %, et le déficit de recharge des nappes phréatiques est de 20 %, essentiellement dans le Grand-Est, dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine et dans l’ensemble du Sud-Est.

15 départements français ont déjà dépassé le seuil d’alerte de sécheresse et ont mis en place des mesures de restriction d’eau.

40 % de perte

Entre avril et juin, les céréales plantées en automne, comme le blé ou l’orge, traversent une phase charnière (la montaison) qui nécessite suffisamment d’eau pour faire sortir les grains.

Mais le déficit hydrique de ces derniers jours combiné aux faibles réserves dans le sol ont rendu les cultures de blé extrêmement vulnérables.

Résultat, « on commence depuis quelques jours à avoir des tiges en moins… Ce sont des pertes qu’on ne retrouvera pas, même s’il se met à pleuvoir aujourd’hui. Alors que l’année se présentait pourtant bien : jusqu’au premier mai, il y avait un bon potentiel de production », explique à EURACTIV Philippe Heusele, céréalier et président du comité relations internationales d’intercéréales.

Le 9 mai dernier, le ministère annonçait déjà que ces cultures en phase de développement « commencent à connaître des situations qui vont affecter les rendements.»

Pour Philippe Heusele, les pertes seront variables en fonction des régions, des types de sols et de leur profondeur. « Cela peut représenter au moins 40 % de perte, surtout sur les sols légers [qui retiennent moins l’eau, NDLR]. Les zones du centre et de l’ouest de la France sont surtout concernées. Ce sont des régions qui concentrent le gros de la récolte. Et s’il ne pleut pas dans les prochains jours, tout le pays sera concerné. »

À l’échelle de l’Europe, la sécheresse concernait jusqu’à présent le Sud, l’Espagne et l’Italie au premier chef. Il semblerait que toute la zone de production de blé tendre soit désormais concernée, celle qui s’étend du grand bassin parisien jusqu’en Pologne en passant par l’Allemagne, d’après le spécialiste.

Irrigation

Sur le terrain, tous les céréaliers ne sont pas armés de la même façon pour venir au secours des cultures.

Dans l’immédiat, ceux qui peuvent irriguer se retrouvent avantagés. Mais comme, dans nos régions tempérées, la pluie suffit généralement pour répondre aux besoins hydriques du blé, seuls 6 à 7 % des cultures sont équipés de systèmes d’irrigation. Ce sont souvent des exploitations possédant également des cultures d’été, bien plus consommatrices en eau.

« Dans les années à venir, il va falloir se donner les moyens d’irriguer plus, prévient Philippe Heusele. Il faut faire des réserves d’hiver quand il pleut pour les utiliser lorsqu’on en a besoin comme en ce moment. Cela existe depuis 2000 ans ! »

Favoriser le stockage de l’eau en créant des réserves est une préconisation partagée par la FNSEA. Pour le syndicat principal, le stockage doit faire partie de grands projets que devront prendre en charge les pouvoirs publics dans l’avenir.

Or, depuis plusieurs années, ces questions entraînent des confrontations explosives, opposant les défenseurs des projets de retenues et ceux qui y voient un accaparement de l’eau par le privé et des risques de dégâts environnementaux.

Aides publiques

« Les cultures d’hiver, comme le blé ou l’orge, qui sont aujourd’hui en phase de développement, commencent à connaître des situations qui vont affecter les rendements » a reconnu le gouvernement en début de semaine (9 mai), proposant de nouvelles mesures d’aides d’urgence.

Le ministère de l’Agriculture a ainsi annoncé débloquer 20 millions d’euros pour le secteur, en plus des 20 millions déjà accordés en avril pour soutenir les agriculteurs confrontés aux multiples conséquences du changement climatique.

Déjà, le 13 avril, en compagnie des préfets coordonnateurs des bassins hydrographiques, le ministre Julien Denormandie avait augmenté de 100 millions d’euros le plafond de dépenses des agences de l’eau, pour permettre d’anticiper et d’accompagner sur le plus long terme les filières agricoles dans la résilience et la gestion des ressources.

Prochaines semaines décisives

Quid des cultures de printemps, comme le maïs ou le tournesol ? Pas vraiment d’inquiétude à avoir pour l’instant selon Philippe Heusele. Cela dépendra des régions, des besoins en eau des différentes cultures et du stade de développement de la plante. Et bien sûr de la météo des prochaines semaines.

« Pour les oléagineux, comme le colza, le plus gros du cycle est passé. Il y aura peut-être des problèmes de remplissage des grains, mais cela n’affecte pas encore les cultures. On verra dans 8 jours. Pour le maïs ou le tournesol, il faudra attendre les mois de juin-juillet. C’est à ce moment-là qu’on aura besoin d’humidité. »

Le ciel de ces prochaines semaines sera donc scruté de près. Car pour les cultures de blé, la messe n’est pas encore tout à fait dite. « Le rendement d’une culture se détermine à la fois par le nombre d’épis, le nombre de grains, et le poids du grain. Or, de ces trois facteurs, seul le dernier peut encore être sauvé. On saura d’ici fin mai-début juin, si le poids des grains compensera un peu les pertes » souligne le céréalier.

Cette sécheresse en France et en Europe survient dans un contexte international déjà tendu sur la question des céréales. Notamment depuis la guerre en Ukraine, l’un des principaux exportateurs mondiaux.