La Serbie et le Kosovo parviennent à un accord de libre circulation
La Serbie et le Kosovo ont conclu samedi (27 août) un accord sur la libre circulation entre leurs pays. Il s’agit d’une avancée majeure dans la résolution d’un conflit de longue date qui a conduit à de violents incidents dans le nord du Kosovo.
La Serbie et le Kosovo ont conclu samedi (27 août) un accord sur la libre circulation entre leurs pays. Il s’agit d’une avancée majeure dans la résolution d’un conflit de longue date qui a conduit à de violents incidents dans le nord du Kosovo.
Deux questions ont récemment alimenté les tensions entre les deux voisins. La première concerne la volonté de Pristina de demander à tous les citoyens kosovars ayant des plaques d’immatriculation serbes sur leur véhicule de les échanger contre des plaques émises par les autorités locales. La seconde concerne la demande d’un document d’identité supplémentaire pour les Serbes entrant dans le pays. Dans les deux cas, il s’agit de mesures de réciprocité par rapport à celles imposées au Kosovo par la Serbie.
Le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, a déclaré sur Twitter : « Les citoyens de notre République peuvent désormais se rendre librement en Serbie, sur un pied d’égalité. »
« Je tiens à remercier le haut représentant [de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Josep] Borrell, le représentant spécial de l’Union européenne
[pour le dialogue entre Belgrade et Pristina Miroslav] Lajcak, le [sous-secrétaire adjoint au Bureau américain des affaires européennes et eurasiennes Gabriel] Escobar et l’ambassadeur [Jeff] Hovenier pour leur contribution. »
« La réciprocité est au cœur d’une solution juste et fondée sur des principes. Le Kosovo n’introduira pas de documents d’entrée-sortie pour les pièces d’identité serbes », a-t-il conclu.
Si cette déclaration constitue une avancée significative, la question des plaques d’immatriculation n’est quant à elle toujours pas résolue.
Le 31 juillet, les tensions se sont exacerbées lorsque le Kosovo a appliqué cette exigence qui concernait quelque 50 000 Serbes du nord du pays, soutenus par Belgrade et ne reconnaissant pas les institutions du Kosovo. Ces derniers avaient alors érigé des barrages routiers qui ont finalement été levés par les forces de police de l’UE et la Force de maintien de la paix pour le Kosovo (KFOR) dirigées par l’OTAN.
La décision sur les plaques d’immatriculation doit entrer en vigueur le 1er septembre, mais pour l’instant, du moins, la question des documents d’identité a été résolue.
« Nous avons un accord », a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, qui a également annoncé que la Serbie avait accepté de revenir sur l’exigence de document d’entrée et de sortie pour les détenteurs de cartes d’identité kosovares, et que le Kosovo avait de son côté accepté de ne pas en introduire pour les détenteurs de cartes d’identité serbes.
« Je suis très heureux que nous ayons trouvé une solution européenne qui facilite les déplacements entre le Kosovo et la Serbie », a-t-il ajouté, en remerciant les deux dirigeants.
Cet accord intervient après que les discussions menées à Bruxelles le 18 août entre M. Kurti et le président serbe Aleksandar Vučić, présidées par le chef de la diplomatie européenne, n’ont pas permis de sortir de l’impasse.
M. Vučić a noté plus tôt samedi qu’il avait peu d’espoir de voir un accord sur les plaques d’immatriculation de sitôt.
La source du problème
La source des différends entre les deux pays est le refus de Belgrade de reconnaître la déclaration d’indépendance du Kosovo vis-à-vis de la Serbie en 2008, à la suite de la guerre de 1998-1999, qui a été marquée par les massacres d’Albanais de souche par les Serbes et le déplacement de 1,5 million de personnes au Kosovo.
Cette mesure est considérée comme une concession majeure par la Serbie, qui avait jusqu’alors refusé d’accepter les documents émis par Pristina, inquiète que cela puisse être considéré comme une reconnaissance de la souveraineté du pays. La Serbie considère toujours le Kosovo comme une partie intégrante de son territoire.
Les Serbes de souche représentent 5 % des 1,8 million d’habitants du Kosovo, dont la population est composée à 90 % d’Albanais de souche.
L’intervention de l’UE
Gabriel Escobar, accompagné de l’envoyé de l’UE, Miroslav Lajčák, a rencontré M. Vučić à Belgrade, jeudi dernier (25 août), après avoir tenu des discussions au Kosovo dans le cadre des initiatives visant à apaiser les tensions.
L’UE contribue au dialogue entre les deux pays depuis plus de dix ans et, si plusieurs accords ont déjà été signés, peu ont été mis en œuvre jusqu’à présent.
La résolution du différend est l’une des conditions requises pour que les deux pays progressent sur la voie d’une adhésion à part entière à l’UE. M. Vučić a répété que la Serbie ne reconnaîtra jamais l’indépendance du Kosovo, ce qui signifie que d’autres obstacles risquent de se présenter.
Dans le même temps, les tensions accrues ont amené le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, à déclarer la semaine dernière que les forces de maintien de la paix de l’alliance, la KFOR, étaient « prêtes à en davantage » au Kosovo si nécessaire.
L’alliance militaire a tenu des réunions séparées à Bruxelles la semaine dernière avec M. Vučić et M. Kurti pour discuter des récentes tensions.
Environ 4 000 soldats de l’OTAN sont actuellement stationnés dans le pays.