La stratégie de l’Europe pour remédier à la pénurie d’infirmiers

Une grave pénurie d’infirmiers frappe toute l’Europe, notamment à cause de l’épuisement professionnel et du vieillissement de la main-d’œuvre. L’Union européenne (UE) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont lancé une initiative visant à rendre la profession plus attrayante.

EURACTIV.com
Doctors And Nurses Strike In Italy
En misant sur une approche « compétitive », l’objectif est de redonner un coup de jeune à la profession afin d’attirer de nouveaux et jeunes talents, et de retenir les infirmières existantes. [Photo by Simona Granati - Corbis/Corbis via Getty Images]

Une grave pénurie d’infirmiers frappe toute l’Europe, notamment à cause de l’épuisement professionnel et du vieillissement de la main-d’œuvre. L’Union européenne (UE) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont lancé le projet « Nursing Action », une initiative visant à rendre la profession plus attrayante.

Le secteur des soins infirmiers est celui qui compte la main d’œuvre plus plus nombreuse en Europe. Cependant, « nous sommes actuellement confrontés à une pénurie de 1,2 million de médecins, d’infirmiers et de sages-femmes dans l’UE », a déclaré le commissaire européen à la Santé, Olivér Várhelyi, qui a expliqué que plus de la moitié des États membres de l’UE connaissaient une baisse d’intérêt pour la carrière d’infirmier.

En septembre dernier, la Commission européenne a déclaré qu’elle allouerait 1,3 million d’euros pour aider à retenir les infirmiers dans le cadre du programme EU4Health. En misant sur une approche « compétitive », l’objectif est de rajeunir la profession afin d’attirer de nouveaux et jeunes talents, et de retenir le personnel déjà en fonction.

Le projet « Nursing Action »

L’argent du projet servira à financer un effort conjoint de la présidence polonaise du Conseil, de la Commission et du bureau de l’OMS en Europe pour conserver le personnel existant et recruter davantage d’infirmiers, en se concentrant sur les personnes récemment diplômées et sur le personnel plus âgé. Il s’agira notamment de « l’intensification des programmes de mentorat pour soutenir la prochaine génération d’infirmiers », d’expérimenter des méthodes de recrutement plus sûres et de mener des recherches sur les conditions de travail de ce secteur.

Lancé le 17 janvier, ce plan, qui s’étendra sur les trois prochaines années, donnera la priorité aux pays confrontés à d’importantes difficultés en matière de personnel de santé, tels que la Pologne, la Bulgarie et la Grèce.

Le plan « renforcera les compétences et la position des infirmiers et des sages-femmes — en Pologne et dans toute l’Europe », a annoncé la vice-ministre polonaise Katarzyna Kacperczyk.

Pour l’eurodéputé français Laurent Castillo (Parti populaire européen), l’amélioration des qualifications des infirmiers et la création d’une nouvelle main-d’œuvre plus spécialisée pourraient conduire à une plus grande reconnaissance de la profession et à une meilleure rémunération. Il a également évoqué d’autres mesures de réduction des coûts, telles que l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) et les outils de santé numériques, qui font également partie du plan.

L’ancien commissaire à la Santé et eurodéputé des Socialistes et Démocrates européens, Vytenis Andriukaitis, considère quant à lui que la nouvelle approche de l’UE en matière de santé « axée sur les entreprises » n’était pas la bonne.

Mais selon la présidence polonaise, l’approche est basée sur « les besoins et les attentes réels des infirmières de première ligne ». Et les syndicats d’infirmiers, tels que la Fédération européenne des associations d’infirmiers (EFN), ont d’ailleurs salué cette initiative.

La semaine dernière, un syndicat d’infirmiers du service public britannique a déclaré que les coupes budgétaires dans le secteur de la santé avaient entraîné la mort de patients dans les couloirs des hôpitaux en raison de la surpopulation, et que le même problème touchait les hôpitaux de l’UE en raison de la recrudescence saisonnière des infections respiratoires.

Paul De Raeve, secrétaire général de l’EFN, a déclaré qu’il était urgent d’adopter une nouvelle législation européenne et d’investir « concrètement » dans le personnel infirmier afin de garantir la sécurité des effectifs, affectés par des ratios patients/personnel trop élevés.

Plus qu’un simple épuisement professionnel

Certains syndicats du secteur affirment que le problème n’est pas seulement la pénurie ou l’épuisement professionnel, mais aussi le manque de personnes désireuses de travailler dans les conditions actuelles.

Adam Rogalewski, chargé de mission à la Fédération syndicale européenne des services publics, qui a été consulté pour l’élaboration du plan, considère que ces problèmes sont étroitement liés et créent un cercle vicieux — d’où l’importance d’offrir un meilleur soutien sur le lieu de travail et d’assurer une charge de travail équitable.

De manière générale, les jeunes sont moins enclins à embrasser des carrières dans le domaine de la santé qu’avant. L’intérêt pour les soins infirmiers a chuté dans plus de la moitié des États membres de l’UE entre 2018 et 2022, selon le rapport Health at a Glance 2024 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Parallèlement, le personnel médical vieillit rapidement et part massivement à la retraite, selon des chiffres récents d’Eurostat. Une partie de l’initiative financera des recherches sur la manière dont l’amélioration des conditions de travail peut remédier à la pénurie de main-d’œuvre.

La position intransigeante de nombreux pays européens sur l’immigration, comme la Suède, pourrait nuire encore plus aux effectifs. « Des zones entières du secteur de la santé disparaîtraient si tous les Syriens travaillant ici quittaient notre pays maintenant », avait notamment affirmé la ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser, après la chute de Bachar al-Assad en Syrie.

[AM]