La tension monte en amont des auditions pour les “entretiens” de l’UE [FR]

Des sources ont confié à EURACTIV que certains commissaires désignés étaient plus stressés que d’autres dans la perspective de leurs auditions au Parlement européen, qui commencent la semaine prochaine. La candidate bulgare Rumiana Jeleva doit tout particulièrement se ressaisir suite aux allégations de conflit d’intérêt qui lui ont été prêtées, selon des sources du Parlement.

Des sources ont confié à EURACTIV que certains commissaires désignés étaient plus stressés que d’autres dans la perspective de leurs auditions au Parlement européen, qui commencent la semaine prochaine. La candidate bulgare Rumiana Jeleva doit tout particulièrement se ressaisir suite aux allégations de conflit d’intérêt qui lui ont été prêtées, selon des sources du Parlement.

Les membres du Parlement européen vont interroger les commissaires désignés de l’équipe Barroso II du 11 au 19 janvier.

Des sources au Parlement ont confié à EURACTIV que les auditions seraient essentiellement axées sur les idées des candidats plutôt que sur leur personnalité, bien que certains vont être amenés à se justifier sur leur passé ou d’éventuels conflits d’intérêt.

Une nouveauté cette année : les eurodéputés de centre gauche ont invité les membres du public à poser des questions en ligne aux commissaires désignés. Dans un communiqué de presse, les Socialistes et démocrates (S&D), groupe du vice-président Hannes Swoboda (Autriche) a affirmé que son groupe voulait s’assurer que les meilleurs candidats seulement seraient nommés pour le prochain mandat de 5 ans.

Chasse à la sorcière communiste ?

M. Swoboda semble également anticiper les attaques de la part du centre droit sur le « passé communiste » de certains candidats, vraisemblablement le Slovaque Slovak Maroš Šef?ovi?, le Tchèque Štefan Füle et l’Estonien Siim Kallas.

M. Kallas, qui faisait déjà partie de la première équipe de M. Barroso, est le seul à avoir précisé dans son CV qu’il était membre du parti communiste de l’Union soviétique entre 1972 et 1990.

M. Barroso a lui-même été un maoïste actif dans son Portugal natal pendant sa jeunesse, mais ne le précise pas dans sa biographie officielle.

Selon certaines informations, le commissaire désigné hongrois László Andor n’a pas été membre du parti communiste de son pays, mais est tout de même accusé par le parti Fidesz (Union civique hongroise) de centre droit d’être un « néo-marxiste ».

Les auditions ne doivent pas devenir un cirque pour les quelques alliés de centre droit qui sont obsédés par la crainte ridicule que la nouvelle Commission soit remplie de communistes inavoués. Les affiliations qu’on eu les gens il y a 40 ans dans une Europe qui n’avait rien à voir avec celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui n’a pas d’impact sur les défis auxquelles l’UE est confrontée pour l’avenir, a dit M. Swoboda.

Demi-tour

Le Parti populaire européen de centre droit (PPE), plus important groupe au Parlement, s’est préalablement engagé à empêcher les anciens pays communistes d’accéder aux postes de l’exécutif.

Toutefois, il semblerait à présent qu’il soit moins enclin à attaquer les commissaires désignés sur ce fondement.

Nous considérons que les auditions devraient être conduites dans un esprit politique et sans attaque personnelle, a dit le porte-parole du PPE Antoine Ripoll à EURACTIV, ajoutant que son groupe était opposé à toute sorte de « chasse aux sourcières ».

M. Ripoll a affirmé que cela ne consistait en rien en un abandon de l’ancienne politique du parti car l’intention était d’empêcher des anciens fonctionnaires du parti qui ont participé à des actions extrémistes d’accéder aux hauts postes de l’UE. Ce n’était pas seulement dirigé contre ceux qui avaient été communistes dans le passé, a-t-il insisté.

Le porte-parole a également rejeté la supposition selon laquelle le changement soudain de la politique du PPE pouvait s’expliquer par le poste occupé par la commissaire désignée bulgare Rumiana Jeleva de vice-présidente du PPE. Mme Jeleva fait l’objet d’une controverse en raison d’allégations concernant les rapports de son mari avec un groupe d’affaire pas très net ayant des liens avec la Russie (EURACTIV 16/12/09).

Mais M. Ripoll a aussi rejeté cette rumeur. Je ne vois pas  ce que l’on pourrait reprocher à Mme Jeleva. Son mari n’est ni condamné ni suspecté d’aucune mauvaise conduite, il n’existe pas de poursuites judiciaires contre lui […]. Je vois tout cela dans le contexte national bulgare, aussi parce que la politique du nouveau gouvernement [bulgare] contre la corruption est assez drastique. Cela entraîne évidemment des réactions, ce qui explique certainement ces attaques.

M. Ripoll a admis que tout cela pouvait apparaître comme une tentative du PPE de s’exprimer contre les attaques personnelles dans le but de protéger ses propres candidats, mais il a dit qu’il y avait un autre aspect – le Parlement européen est sur le point d’utiliser ses nouveaux pouvoirs en vertu du traité de Lisbonne pour la première fois et le PPE veut que l’institution se présente sous son meilleur jour, a-t-il dit.

A la question de savoir si Mme Jeleva aurait du s’expliquer sur la situation des affaires de son mari, M. Ripoll a dit que le PPE respectait sa tactique de ne répondre aux questions que lors de l’audition, pas avant. 

Une source du groupe libéral ADLE a affirmé que si Mme Jeleva semblait être un élément problématique à l’issu des auditions, le vote de l’équipe Barroso II toute entière serait reporté au 26 janvier. Au lieu de risquer de recaler l’institution toute entière sur une candidate seulement, des changements auraient lieu, selon cette source.

L’eurodéputé britannique Andrew Duff  (ALDE) a affirmé que tout report du vote dépendrait de la performance des candidats. S’il y a un problème grave avec un ou deux d’entre eux, M. Barroso sera contraint d’agir le plus vite possible pour le résoudre. Un tel retard serait vraiment fâcheux, a dit M. Duff, ajoutant que le Parlement ne chercherait pas à créer d’obstacle, aussi parce qu’il veut que la Commission soit mise en place le plus rapidement possible.

S’exprimant sur le cas de Mme Jeleva, M. Duff a reconnu qu’elle devrait répondre à certaines questions, mais a affirmé qu’il était certain qu’elle était prête à y répondre. Je ne ferais pas de spéculations à ce niveau, a-t-il conclu.

La bourde des réponses écrites ?

L’audition de Catherine Ashton, nouvelle Haute représentante aux affaires étrangères et vice-présidente aux affaires extérieures dans l’équipe de Barroso II, risque également d’attirer les attaques personnelles. Toutefois, ces allégations ne devraient pas lui faire de tort.

Elle a déjà répondu à des accusations du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a demandé si elle avait reçu de l’argent des pays du bloc soviétique dans les années 1980, lorsqu’elle travaillait pour un groupe de campagne contre les armes nucléaires (EURACTIV 03/12/09).

L’audition de Mme Ashton est minutieusement anticipée, surtout en raison du fait qu’elle devra peut-être expliquer sa réponse écrite aux eurodéputés selon laquelle sa première priorité sera de mettre en place le service européen pour l’action extérieure (SEAE). D’après le traité de Lisbonne, le Haut représentant doit conduire la politique extérieure et de sécurité communes de l’UE, non pas le service pour l’action extérieure, qui est considéré comme un devoir des Etats membres, ont dit des sources proches à EURACTIV.

Pour sa part, Andrew Duff a déclaré que l’approche de Mme Ashton est absolument correcte, car la majorité des eurodéputés s’est mise d’accord pour que le SEAE soit mis en place avant que M. Cameron ne devienne premier ministre du Royaume-Uni.

Aussi croustillants que peuvent paraître les détails, les sources du Parlement ont dit que la plupart des questions des eurodéputés concerneraient la capacité des candidats à assumer leurs portefeuilles, de même que la chaine de commande, le fonctionnement interne de la Commission et le partage des responsabilités avec les directions générales, ainsi que les relations interinstitutionnelles.