La tête de liste sociale-démocrate allemande lance un débat sur un arsenal nucléaire européen

Katarina Barley, tête de liste du Parti social-démocrate (SPD) allemand aux élections européennes et vice-présidente du Parlement européen, a déclenché un débat en Allemagne sur la construction d’un arsenal nucléaire européen.

EURACTIV Allemagne
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Dans une interview accordée à Der Tagesspiegel mardi (13 février), Mme Barley a mis en doute la fiabilité d’une protection nucléaire américaine : « Au vu des dernières déclarations de Donald Trump, on ne peut plus compter sur [une telle protection] », a-t-elle affirmé. [Shutterstock/Chireau]

Katarina Barley, tête de liste du Parti social-démocrate (SPD) allemand aux élections européennes et vice-présidente du Parlement européen, a déclenché un débat en Allemagne sur la construction d’un arsenal nucléaire européen.

Les annonces viennent alors que l’ancien président américain Donald Trump a déclaré le week-end dernier que les alliés de l’OTAN ne méritaient pas d’être protégés s’ils ne respectaient pas leurs engagements en matière de dépenses.

Dans une interview accordée à Der Tagesspiegel mardi (13 février), Mme Barley a mis en doute la fiabilité d’une protection nucléaire américaine : « Au vu des dernières déclarations de Donald Trump, on ne peut plus compter sur [une telle protection] », a-t-elle affirmé.

« Dans la perspective d’une défense européenne, [la nécessité pour l’UE de disposer de capacités nucléaires] pourrait également devenir un enjeu », a-t-elle ajouté.

Actuellement, la politique de dissuasion nucléaire en Europe est entre les mains de l’OTAN, ce qui signifie que l’UE dépend de la protection de l’arsenal nucléaire américain, a-t-elle également déclaré.

Le week-end dernier (11 février), Donald Trump a affirmé qu’il ne viendrait pas en aide aux partenaires de l’OTAN qui ne respectent pas leurs obligations financières si la Russie les attaquait.

Assez pour relancer de plus belle un débat sur une réelle défence européenne.

Cependant, la proposition de Mme Barley de créer de toute pièce un arsenal nucléaire européen, a fait bondir la classe politique allemande.

Le député allemand Ralf Stegner, aussi membre du SPD, a déclaré au Spiegel que l’idée d’un armement nucléaire était « extrêmement dangereuse et irresponsable ».

« Nous ne devrions pas agir comme si Donald Trump avait déjà été élu — le peuple américain n’est pas obligé d’être stupide — et nous d’agir comme si nous pouvions prendre le relais des États-Unis à l’heure actuelle », a-t-il ajouté.

L’un des partenaires de coalition du SPD, les Verts, a également été surpris par cette idée. Anton Hofreiter, président de la commission des Affaires européennes, a remis en question l’ensemble du concept : « À quoi devrait ressembler sa structure de commandement et qui déciderait de son déploiement ? ».

Marie-Agnes Strack-Zimmermann, tête de liste des libéraux allemands (FDP) et fervente partisane d’une armée européenne, a quant à elle rappelé que si les États-Unis ne parvenaient plus à assurer leur protection, la France disposait elle aussi de l’arme nucléaire.

L’opposition allemande a demandé au chancelier Olaf Scholz unanimement de clarifier la situation. « Est-ce la position du gouvernement fédéral ? » a demandé Johann Wadephul, membre du groupe parlementaire conservateur CDU/CSU, au quotidien Der Tagesspiegel.

D’autres sont allés plus loin. Martin Schirdewan, co-président du groupe de la gauche au Parlement européen, a déclaré : « Mme Barley semble avoir bu une bière Kölsch de trop au carnaval. Plus de bombes nucléaires ne rendront pas le monde plus sûr ».