L’accord migratoire italo-albanais est « inacceptable », selon un eurodéputé socialiste de premier plan

Un accord visant à retenir les migrants en Albanie en attendant que leurs demandes d’asile soient traitées par l’Italie est « inacceptable » et « non compatible avec la législation » en la matière, a confié l’eurodéputé socialiste espagnol Juan Fernando López Aguilar à Euractiv.

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« […] Il semble qu’il s’agisse à nouveau d’un mauvais pas dans la mauvaise direction. Si c’est ce qu’il semble être, c’est inacceptable. Cela semble être une externalisation non seulement des frontières extérieures de l’UE, mais aussi une externalisation inquiétante des procédures d’asile elles-mêmes », a expliqué l’eurodéputé socialiste espagnol Juan Fernando López Aguilar à Euractiv. [EPA-EFE/JEAN-FRANCOIS BADIAS / POOL]

Un accord visant à retenir les migrants en Albanie en attendant que leurs demandes d’asile soient traitées par l’Italie est « inacceptable » et « non compatible avec la législation » internationale en la matière, a confié l’eurodéputé socialiste espagnol Juan Fernando López Aguilar à Euractiv.

La Première ministre italienne Giorgia Meloni et le Premier ministre albanais Edi Rama ont signé un accord lundi dernier (6 novembre) pour que les personnes sauvées en Méditerranée par des navires italiens soient emmenées en Albanie en attendant le traitement de leurs demandes d’asile. L’Italie contrôlerait l’ensemble du processus et devrait donner son feu vert aux migrants pour qu’ils puissent quitter le territoire albanais et rejoindre le territoire italien.

« Nous devons en savoir plus pour évaluer correctement la situation. Cependant, il semble qu’il s’agisse à nouveau d’un mauvais pas dans la mauvaise direction. Si c’est ce qu’il semble être, c’est inacceptable. Cela semble être une externalisation non seulement des frontières extérieures de l’UE, mais aussi une externalisation inquiétante des procédures d’asile elles-mêmes », a expliqué M. Aguilar à Euractiv lors du congrès du Parti socialiste européen (PSE) qui s’est tenu à Malaga le week-end dernier.

M. Rama est membre du PSE et l’accord avec Mme Meloni, cheffe de file du parti d’extrême droite Frères d’Italie (Conservateurs et Réformistes européens), a créé des tensions au sein de la famille socialiste européenne.

Une question qui divise

Avant le début du congrès, le Parti démocrate italien (PD) a tenté de mettre sur la table une discussion sur l’accord entre Rome et Tirana, ont indiqué différentes sources du Parti démocrate à Euractiv.

Quelques jours après la signature de l’accord, M. Rama avait déclaré sur X (anciennement Twitter) que « essayer d’aider l’Italie dans cette situation, où personne en Europe ne semble avoir une solution sur laquelle tout le monde peut se mettre d’accord, n’est peut-être pas la meilleure solution», mais que c’était « certainement le moins que l’Albanie puisse et doive faire ».

« L’Italie et l’Albanie signent aujourd’hui un important protocole d’accord visant à lutter contre la traite des êtres humains et à prévenir les flux migratoires irréguliers », avait pour sa part commenté Mme Meloni le jour de la signature de l’accord.

La présidente du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) au Parlement européen, Iratxe García Pérez, a déclaré lors du congrès à Malaga qu’il était « trop tôt » pour prendre une décision au sujet de cet accord migratoire.

Toutefois, M. Aguilar a vivement critiqué l’accord, ajoutant qu’il était « absolument incompatible non seulement avec la législation [internationale] actuellement en vigueur, mais aussi avec la législation que nous avons l’intention de mettre en place », faisant référence au Pacte sur la migration et l’asile que l’UE tente d’approuver avant les élections européennes de juin prochain afin de créer un cadre européen de gestion de l’immigration.

M. Aguilar préside la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen et est le rapporteur sur le règlement relatif à la gestion des crises, l’un des dossiers clés du pacte migratoire européen.

L’accord entre l’Italie et l’Albanie est particulièrement problématique, estime l’eurodéputé socialiste, puisque le pays des Balkans n’est pas contraint au respect de la législation de l’UE parce qu’il n’est pas encore membre de l’Union mais seulement candidat à l’adhésion.

« Nous espérons seulement que nous mettrons fin à cette série de méfaits, en mettant en place, enfin, un pacte sur la migration et l’asile à l’échelle européenne comme réponse à la situation migratoire », a conclu M. Aguilar.

La commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, a également exprimé ses inquiétudes quant à l’accord, affirmant qu’il « crée un régime d’asile extraterritorial ad hoc caractérisé par de nombreuses ambiguïtés juridiques », a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse publié ce lundi (13 novembre).

« Dans la pratique, l’absence de certitude juridique risque de compromettre les garanties essentielles en matière de droits de l’Homme et l’obligation de rendre compte des violations, ce qui se traduira par une différence de traitement entre les personnes dont les demandes d’asile seront examinées en Albanie et celles qui le seront en Italie », a-t-elle ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]