L’Allemagne appelle à une alliance mondiale pour la sécurité alimentaire
La ministre allemande chargée du Développement se rend aux réunions du Groupe de la Banque mondiale à Washington avec un objectif clair en tête : la formation d’une alliance pour la sécurité alimentaire par le G7 et les pays donateurs afin de lutter contre la crise alimentaire mondiale.
La ministre allemande chargée du Développement, Svenja Schulze, se rend aux réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale à Washington avec un objectif clair en tête : la formation d’une alliance pour la sécurité alimentaire par le G7 et les pays donateurs afin de lutter contre la crise alimentaire mondiale.
Mercredi (20 avril), Mme Schulze a déclaré vouloir parvenir à « une meilleure coordination du G7 et des autres donateurs et organisations internationales dans la lutte contre la crise alimentaire » dans le cadre de la conférence, qui doit débuter jeudi.
La proposition a déjà été présentée au G7, dont l’Allemagne assure actuellement la présidence. La ministre allemande souhaite à présent faire pression à Washington pour obtenir un soutien international.
Les prix des denrées alimentaires ont atteint des sommets depuis que la guerre a éclaté en Ukraine le 24 février dernier, le pays étant l’un des plus importants exportateurs de blé au monde et l’un des principaux fournisseurs du Programme alimentaire mondial des Nations unies. Les pays d’Asie et d’Afrique qui dépendent des exportations ont été les plus durement touchés par cette situation.
« Nous le ressentons ici, en Allemagne, dans nos portefeuilles, mais dans d’autres régions du monde, il s’agit désormais de garantir les moyens de subsistance », a ajouté la ministre sociale-démocrate.
Selon la proposition de Mme Schulze, l’alliance mondiale devrait aider à coordonner les aides proposées par les pays donateurs et à les adapter aux besoins des personnes touchées par la crise.
Il existe déjà une « grande volonté d’aider » dans de nombreux pays — l’Allemagne, par exemple, a promis 430 millions d’euros en plus du budget de développement prévu. Toutefois, il est « important pour les pays en développement que les donateurs et les organisations agissent rapidement et avec prévoyance, de manière coordonnée », a expliqué Mme Schulze.
Les leçons de COVAX
Cependant, les structures administratives des pays moins développés sont quasiment inexistantes — ce qui signifie qu’il est souvent impossible de coordonner l’aide entre de nombreux partenaires différents.
En pratique, la nouvelle alliance doit s’inspirer de l’initiative internationale COVAX, lancée lors de la pandémie Covid-19 pour garantir l’égalité d’accès aux vaccins dans le monde.
« Ce que nous avons appris à cette occasion, nous devrions, en tant que communauté mondiale, l’appliquer à la lutte contre la crise alimentaire qui se profile », a déclaré Mme Schulze, ajoutant que l’alliance devrait être ouverte aux gouvernements nationaux et aux organisations telles que les fondations et le secteur privé.
À l’instar de la campagne mondiale COVAX, la plateforme devrait également se concentrer sur l’aide à court terme dans un contexte de crise pour l’approvisionnement en denrées alimentaires et soutenir à long terme les pays touchés dans la mise en place de leurs propres capacités de production résilientes — dans ce cas, les systèmes alimentaires.
Ainsi, au-delà de l’atténuation de la crise alimentaire qui se profile, l’objectif est également de « faire en sorte que nous n’ayons pas de crises alimentaires chaque année, mais que nous construisions des structures plus résilientes ».
Toutefois, la gestion de la pandémie de Covid-19 ne peut pas seulement servir de modèle pour construire une alliance internationale de soutiens. En effet, comme dans le cas de la distribution des vaccins, l’approvisionnement mondial en nourriture est menacé par le fait que certains pays accumulent des stocks.
La guerre de l’information
« Nous savons que la Chine possède actuellement la moitié des stocks mondiaux [de blé] », a indiqué Mme Schulze. Il est désormais crucial de maintenir le commerce transfrontalier et d’éviter le gel des exportations, a-t-elle ajouté, alors que les discussions en Europe sur de tels gels se sont intensifiées, la Hongrie et la Serbie, par exemple, ayant temporairement limité les exportations de céréales.
Outre l’initiative d’une alliance mondiale, Mme Schulze a également annoncé qu’elle se rendrait au Liban et en Éthiopie après son retour de Washington, dimanche.
« Le Liban dépend presque entièrement des approvisionnements en blé ukrainien et était déjà très vulnérable », a-t-elle déclaré. De même, en Éthiopie, a-t-elle déclaré, la guerre en Ukraine exacerbe une crise alimentaire déjà bien réelle.
À Addis-Abeba, Mme Schulze prévoit également de visiter le siège de l’Union africaine (UA). Le dialogue avec les gouvernements du Sud est particulièrement important « en ces temps de conflit », a-t-elle souligné, notamment pour contrer la campagne de désinformation ciblée menée par la Russie.
« Si l’autre partie fait courir le bruit que c’est l’Occident qui est responsable de la famine avec ses sanctions, nous devons contrer ce narratif et le dire clairement dans un dialogue franc : c’est la guerre d’agression de la Russie qui est à blâmer », a ajouté la ministre allemande chargée du Développement.