L’Allemagne augmente sa surtaxe controversée sur le gaz

L’entreprise intermédiaire chargée de superviser les marchés gaziers allemands a annoncé mardi (21 mai) que la surtaxe controversée sur le transit du gaz prélevée par l’Allemagne augmentera à partir de juillet, ce qui risque d’aggraver les tensions avec l’Autriche et Bruxelles à ce sujet.

Euractiv.com
Transport, Telecommunications and Energy Council in Luxembourg
(De gauche à droite) Robert Habeck, ministre allemand de l’Économie et de l’Action climatique, Kadri Simson, commissaire européenne à l’Énergie, et Leonore Gewessler, ministre autrichienne chargée de l’Action climatique, de l’Environnement, de l’Énergie, de la Mobilité, de l’Innovation et de la Technologie, lors du Conseil « Transports, télécommunications et énergie » à Luxembourg, le 27 juin 2022. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

L’entreprise intermédiaire chargée de superviser les marchés gaziers allemands, le Trading Hub Europe (THE), a annoncé mardi (21 mai) que la surtaxe controversée sur le transit du gaz prélevée par l’Allemagne augmentera à partir de juillet, ce qui risque d’aggraver les tensions avec l’Autriche et Bruxelles à ce sujet.

À l’été 2022, l’Allemagne a vu son principal fournisseur de gaz, la Russie, restreindre ses exportations. Pris de panique, le gouvernement s’est alors lancé dans des achats frénétiques, investissant dans le gaz à un moment où les prix étaient très élevés pour remplir ses stocks avant l’hiver.

Aujourd’hui, Berlin est confronté aux répercussions financières de l’achat de milliards de mètres cubes de gaz lorsque les prix étaient élevés, qui doivent désormais être vendus à un prix inférieur.

Pour compenser les pertes et couvrir les coûts de stockage associés, l’entreprise intermédiaire chargée de superviser ses marchés gaziers, THE, a décidé de prélever une surtaxe sur les ventes de gaz pour que les consommateurs en supportent le coût. Et les voisins de l’Allemagne ont également été touchés, puisque tout gaz transitant dans les gazoducs allemands se voit imposer cette taxe additionnelle.

Et à partir de juillet, la surtaxe sera augmentée de 34 % pour atteindre 2,50 euros par MWh, a annoncé l’opérateur mardi.

L’Autriche, soutenue par des pays comme la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, estime que la surtaxe entrave l’abandon progressif du gaz russe, car le gaz provenant d’ailleurs importé via les terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) d’Europe occidentale devient plus coûteux en raison de la taxe de transit allemande.

Pour Vienne, cette taxe est contraire au principe de libre-circulation des marchandises au sein de l’UE. Interrogée par un eurodéputé en avril, la Commission européenne a répondu qu’elle « suivait attentivement la situation dans l’UE et qu’elle était en contact avec les autorités allemandes au sujet de la légalité des frais de stockage du gaz ».

Par le passé, le gouvernement allemand a insisté sur le fait que la taxe était conforme aux règles de l’UE et qu’elle contribuait à la stabilité du marché européen du gaz en finançant les obligations annuelles de stockage.

« Nous continuons à mener des discussions intensives avec la Commission et les États membres sur cette question », a indiqué à Euractiv un porte-parole du ministère allemand de l’Économie et de l’Action climatique.

THE, chargé de prélever la taxe et de maintenir les niveaux de stockage du gaz au plus haut, a justifié l’augmentation de la surtaxe par le contexte de chute rapide des prix du gaz.

« En 2022, THE a acheté quelque 50 TWh de gaz à un prix moyen d’environ 175 EUR/MWh pour les stocker », a expliqué l’opérateur, ajoutant que si il a réussi à vendre un quart du gaz à 50 % du prix d’achat, le volume restant a dû être vendu à moins d’un tiers du prix d’achat.

Experts et associations industrielles fustigent également la surtaxe.

« La Commission européenne devrait maintenant passer à la vitesse supérieure et faire entendre sa voix », a écrit Christoph Dolna-Gruber, un expert autrichien, sur X. Et d’ajouter que la surtaxe a déclenché un cercle vicieux : moins de gaz transite par l’Allemagne à cause de la taxe, ce qui entraîne des frais plus élevés pour pallier les pertes massives engendrées.

L’association du secteur de l’électricité Eurelectric a pour sa part soutenu que la taxe violait les principes de libre-échange de l’UE.

[Édité par Anna Martino]