L'Allemagne introduit des contrôles à toutes ses frontières et refuse l'entrée aux exilés en situation irrégulière

Suite à une pression politique de plus en plus forte, la ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser, a annoncé lundi 9 septembre la mise en place des contrôles à tous les postes-frontière.

Euractiv.com
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Nancy Faeser s’est félicité de ces chiffres qui prouvent que « nos mesures fonctionnent ». [Michael Kappeler/dpa (via Getty Images)]

Alors que les pressions politiques se multipliaient ces derniers jours, la ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser, a annoncé lundi 9 septembre la mise en place de contrôles contre l’immigration irrégulière aux frontières du pays.

L’Allemagne avait déjà commencé l’année dernière à effectuer des contrôles à ses frontières terrestres avec la Pologne, la République tchèque, la Suisse et l’Autriche. D’autres ont été mis en place cet été, lors du Championnat d’Europe de football et des Jeux olympiques et paralympiques.

Après l’annonce de Nancy Faeser, il est désormais prévu d’étendre ces opérations à l’ensemble des frontières terrestres allemandes, à partir du lundi 16 septembre. Ce qui contredit théoriquement les règles de l’espace Schengen et celles de l’Union européenne (UE), même si les États membres peuvent demander des dérogations de six mois auprès de la Commission européenne, ce qu’a d’ailleurs fait l’Allemagne.

« Nous voulons continuer de réduire l’immigration irrégulière. À ce titre, nous prenons maintenant des mesures supplémentaires qui vont au-delà des dispositions actuellement en place », a déclaré Nancy Faeser, membre du Parti social-démocrate (SDP) du Chancelier Olaf Scholz, le 9 septembre.

« Jusqu’à ce que nous parvenions à une protection solide des frontières extérieures de l’UE grâce au nouveau régime d’asile européen commun, nous devons renforcer les contrôles à nos frontières nationales », a-t-elle expliqué.

Selon la ministre, l’impact de ces mesures sur les pays voisins et sur les travailleurs frontaliers devrait être minime, les contrôles effectués durant les événements sportifs de l’été ayant par exemple été très ponctuels.

La décision du gouvernement allemand intervient alors que l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), le principal parti d’opposition de centre droit, réclame cette mesure depuis des mois, mais le renforcement des contrôles est loin d’être bien accueilli par tout le monde, y compris au sein de la coalition gouvernementale.

Les Verts ont par exemple tenu à souligner qu’il serait impossible de vérifier quel pays de l’UE est responsable du traitement des exilés, comme l’exige la législation européenne.

La CDU a suggéré que l’Allemagne déclare une situation d’urgence, conformément à l’article 72 du traité sur le fonctionnement de l’UE, qui autorise les États à prendre des mesures exceptionnelles pour maintenir l’ordre public. La Cour de justice de l’UE a toutefois à plusieurs reprises empêché l’adoption de telles mesures.

Selon Nancy Faeser, un modèle de refus d’entrée pour les exilés en situation irrégulière sera présenté mardi 10 septembre, à l’issue d’une réunion avec l’opposition.

Cette annonce survient après que la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a mis en garde lundi 9 septembre contre les efforts solitaires de l’Allemagne en matière d’immigration.

Après des années de négociations, le gouvernement allemand a fait tout ce qui était en son pouvoir « pour qu’un système d’asile européen commun soit mis en place et fonctionne en Europe », a déclaré Annalena Baerbock à Berlin.

L’Allemagne ne doit pas « se laisser abuser par ceux qui pensent que l’État-nation pourrait réguler tout ce qui se passe en Europe par ses propres moyens », a-t-elle conclu.

[Edité par Laurent Geslin]