L’Allemagne sous pression pour maintenir les centrales nucléaires en activité

À Berlin, le gouvernement est soumis à des pressions externes et internes pour retarder l’arrêt des derniers réacteurs nucléaires du pays, tandis que des ONG menacent de poursuites judiciaires si une telle mesure était prise.

EURACTIV.com
Nuclear power plant in Neckarwestheim
La Commission européenne présente ce mercredi (20 juillet) son plan visant à économiser le gaz, qui évitera soigneusement de pointer du doigt le moindre État membre de l’UE lorsqu’elle évoquera le report de « la fermeture progressive des centrales nucléaires », une question particulièrement sensible pour l’Allemagne. [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

À Berlin, le gouvernement est soumis à des pressions externes et internes pour retarder l’arrêt prévu des derniers réacteurs nucléaires du pays, tandis que des ONG menacent de poursuites judiciaires si une telle mesure devait être prise.

La question de la sortie du nucléaire en Allemagne remonte au début des années 2000, lorsqu’une coalition composée du SPD social-démocrate et des Verts a décidé de son abandon progressif.

La catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011 au Japon a entravé la tentative de la chancelière de l’époque, Angela Merkel, de stopper la sortie progressive et en 2021, trois des six réacteurs ont été mis hors service, les autres devant être arrêtés à la fin de l’année.

La Commission européenne présente ce mercredi (20 juillet) son plan visant à économiser le gaz, qui évitera soigneusement de pointer du doigt le moindre État membre de l’UE lorsqu’elle évoquera le report de «  la fermeture progressive des centrales nucléaires  ». Une question particulièrement sensible pour l’Allemagne.

L’abandon progressif de l’énergie nucléaire est un choix qui «  doit tenir compte de l’impact sur la sécurité de l’approvisionnement des autres États membres  », peut-on lire dans l’annexe préliminaire.

Pourtant, certains commissaires l’ont dit sans détour. «  Il est extrêmement important de prolonger le fonctionnement des trois centrales nucléaires allemandes encore en activité  », a déclaré Thierry Breton, commissaire européen chargé du Marché unique, début juillet.

Lors d’une conférence de presse qui a eu lieu lundi (18 juillet), le chef de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a noté que certains pays pourraient reporter leur sortie du nucléaire pour faire face à la pénurie d’énergie de l’hiver prochain.

Faisabilité technique

Les exploitants des centrales, jusqu’alors lassés de l’opposition publique et politique, ont estimé qu’elles pourraient continuer à fonctionner après tout.

L’exploitant Preussen Electra a déclaré avoir informé le gouvernement qu’il pourrait «  maintenir la centrale nucléaire Isar 2 en service plus longtemps, au-delà du 31.12.22 si le gouvernement le souhaite  ».

TÜV Süd, chargé de la certification de la sécurité, avait précédemment estimé que la poursuite de l’exploitation de la centrale n’entraînerait pas de risque pour la sécurité.

Soutien des libéraux FDP et des conservateurs CDU/CSU

Au niveau national, les plus grands défenseurs de la prolongation de la durée de vie du nucléaire sont le parti libéral FDP, longtemps considéré comme le seul représentant de la minuscule communauté des défenseurs du nucléaire en Allemagne, et les conservateurs de l’opposition CDU/CSU.

«  Il serait approprié de prolonger la durée de fonctionnement des centrales nucléaires au-delà de l’hiver  », estime Christian Dürr, chef du groupe parlementaire du FDP.

L’homme est un proche allié du ministre allemand des Finances, Christian Lindner, qui a exprimé des pensées similaires.

Pour le chef de l’opposition, le conservateur Friedrich Merz, cette question est devenue un instrument privilégié pour faire éclater la coalition gouvernementale tripartite.

«  Sur le sujet de l’énergie nucléaire, je dis : chers écologistes, revenez sur vos pas. Pas de restrictions de pensée ! Faites-le pour l’Allemagne  », a-t-il écrit dans une tribune pour Bild.

Des conseillers gouvernementaux prennent la parole en faveur du nucléaire

Des voix plus modérées ont renforcé la pression sur les Verts et le SPD, qui résistent farouchement à l’idée de renier une politique qu’ils ont élaborée.

«  Prolonger la durée de vie [des centrales] ne nous aiderait pas à court terme, mais cela nous aiderait à moyen terme  », a expliqué Veronika Grimm, l’une des conseillères économiques indépendantes du gouvernement.

Bien que les militants antinucléaires allemands s’empressent de souligner que l’électricité et le gaz sont des choses différentes et que la plupart des foyers allemands sont chauffés au gaz, les experts mettent également en garde contre les pénuries d’électricité.

«  Une très longue période de temps froid [dans toute l’Europe] pourrait bien entraîner des problèmes, et alors les centrales nucléaires seraient également utiles  », a expliqué Christoph Maurer de la société Consentenc Consulting.

Un sondage réalisé le 24 juin auprès des Allemands par le radiodiffuseur public ARD a révélé que 61% des Allemands seraient favorables à la prolongation de la durée de fonctionnement des centrales nucléaires.

Le SPD et Les Verts continuent de s’opposer

Les opposants à la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires sont les Verts et le SPD.

En mars, les ministères de l’Environnement et de l’Économie et de l’Action climatique, dirigés par les Verts, ont «  exclu  » une prolongation des centrales nucléaires du pays après un examen.

Le ministère de l’Économie revoit actuellement ses prévisions à la suite de nouvelles coupures de gaz imposées par la Russie et du fait que le parc nucléaire français, en difficulté, est encore moins fiable que ce qui avait été initialement prévu.

Toutefois, il n’est pas encore certain que les conclusions changent.

Le SPD continue également de s’opposer à l’énergie nucléaire, craignant peut-être de céder du terrain à l’opposition.

«  Tous les éléments montrent jusqu’à présent que la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires ne permet pas de compenser [les pénuries de] gaz, engendre des coûts considérables et est exclue pour des raisons de sécurité  », a déclaré Matthias Miersch, vice-chef de la faction parlementaire du SPD, mardi (19 juillet).

De leur côté, les ONG environnementales allemandes commencent à se préparer à utiliser leur outil le plus puissant : les poursuites judiciaires.

«  Si la prolongation de l’exploitation des centrales nucléaires devait se faire au-delà du 31 décembre 2022, nous y mettrons fin par voie judiciaire si nécessaire  », a déclaré Sascha Müller-Kraenner, chef de l’association Environmental Action Germany (DUH), dans un communiqué le 19 juillet.

[Édité par Paul Messad]