Le congrès du Parti populaire européen entaché par des rébellions nationales
Les partis européens de centre droit ont profité du congrès du Parti populaire européen mercredi (6 mars) pour exprimer leurs préoccupations sur des questions nationales et leur opposition à la ligne du parti, nombre d’entre eux ressentant la pression exercée par la montée de l’extrême droite.
Les partis européens de centre droit ont profité du congrès du Parti populaire européen (PPE) mercredi (6 mars) pour exprimer leurs préoccupations sur des questions nationales et leur opposition à la ligne du parti, nombre d’entre eux ressentant la pression exercée par la montée de l’extrême droite.
Le congrès du PPE à Bucarest a marqué le coup d’envoi de la campagne électorale du PPE pour les élections européennes de juin. Mercredi (6 mars), les délégués ont approuvé leur manifeste électoral et ce jeudi, ils devraient confirmer que l’actuelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sera la tête de liste du parti et donc candidate à sa propre succession.
Si le PPE est quasiment assuré de conserver sa position de première force au Parlement européen, la situation est moins rose pour nombre de ses partis membres, qui doivent parfois faire face à une concurrence de plus en plus féroce de la part de l’extrême droite au niveau national.
Leurs craintes se sont manifestées par quelques rébellions et résistances contre la machine électorale bien huilée du PPE, certains partis ayant choisi de sacrifier l’harmonie du groupe pour faire valoir des points de vue nationaux.
Ainsi, le Parti populaire autrichien (ÖVP) a annoncé mercredi matin, juste avant le début du congrès, que ses délégués ne voteraient pas en faveur du manifeste du PPE.
Le parti était en effet opposé au soutien apporté à l’énergie nucléaire inscrit dans le manifeste, à l’élargissement de l’espace Schengen à la Roumanie et la Bulgarie et à la formulation édulcorée des passages sur les politiques environnementales, a précisé le secrétaire général du parti, Christian Stocker, à des journalistes présents au congrès.
La veille, le parti français Les Républicains (LR) avait pour sa part annoncé son opposition à la nomination de Mme von der Leyen en tant que tête de liste du PPE.
Ursula von der Leyen incarne la « dérive technocratique » de l’UE qui s’éloigne des « peuples européens » en leur donnant l’impression que « l’Europe se construit sans eux », a écrit le président des Républicains Eric Ciotti dans une lettre au chef du PPE Manfred Weber, consultée par Euractiv.
Un représentant du parti Les Républicains a toutefois affirmé qu’ils n’étaient pas les seuls à s’y opposer, car « de nombreux collègues, et un nombre substantiel en fait, y compris des collègues allemands, […] nous ont remerciés d’être le porte-parole de leurs propres réserves ».
« Ce n’est pas toujours facile, c’est certain », a déclaré le Républicain, ajoutant que ces discussions ne devraient pas être « balayées sous le tapis ».
Une pression croissante
Les résultats décevants de l’ÖVP et du parti LR dans les sondages suggèrent l’existence d’une relation entre les rébellions contre la ligne du PPE et des situations nationales difficiles pour le centre droit dans certains pays.
L’Autriche et la France sont deux des trois pays de l’UE où les partis appartenant au PPE ont perdu leur première place dans le camp de la droite au profit de partis de la famille d’extrême droite Identité et Démocratie (ID), comme le montre une analyse de la Fondation Konrad Adenauer (KAS) publiée mercredi.
Donner la priorité aux questions nationales est une préoccupation particulièrement urgente pour l’ÖVP, car les Autrichiens se rendront aux urnes pour des élections législatives en automne 2024.
En réponse, Manfred Weber a déclaré aux journalistes que les réserves de l’ÖVP étaient « un défi autrichien », soulignant que d’autres partis du pays étaient également opposés à l’extension de l’espace Schengen. Il en va de même pour l’énergie nucléaire, qui est plutôt impopulaire dans le pays.
Dans le même temps, les tentatives des Républicains français de prendre leurs distances avec Mme von der Leyen s’inscrivent dans un contexte de pression de la part du président français Emmanuel Macron et de l’extrême droite française.
« On ne peut pas dire qu’elle [Mme von der Leyen] ait cherché à cultiver un lien spécial avec le PPE au fil des années », a déclaré François-Xavier Bellamy, dirigeant du parti Les Républicains, à Euractiv, reprochant à la présidente de la Commission d’avoir été trop proche du Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez et d’Emmanuel Macron.
En effet, Les Républicains reprochent à l’actuelle présidente de la Commission d’avoir « laissé la majorité européenne dériver à gauche » durant son mandat et la qualifient de « candidate de M. Macron », selon Eric Ciotti.
L’ÖVP et Les Républicains sont des exemples de partis de centre droit de l’UE qui luttent contre des baisses durables dans les sondages tout en étant oppressés par une extrême droite en pleine ascension au niveau national.
Si l’analyse de la Fondation Konrad Adenauer souligne que les partis du PPE sont en tête des sondages dans 11 pays de l’UE, elle montre également que ses membres n’ont pas réussi à dépasser la barre des 20 % des voix dans autant de pays lors des dernières élections législatives.
D’autres partis sous pression
Parmi les membres en difficulté, on trouve des partis autrefois puissants comme Forza Italia en Italie et l’Appel chrétien-démocrate (CDA) aux Pays-Bas.
Même au Portugal et en Espagne, les partis du PPE, qui sont pourtant en tête des sondages nationaux, ont perdu des électeurs au profit de l’extrême droite au cours de la dernière décennie.
Les préoccupations nationales poussent également les membres polonais et roumains à émettre des réserves à l’encontre de la collaboration entre le PPE et les membres du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), qui fait beaucoup débat à l’approche des élections de juin.
Le Parti national libéral roumain (PNL, PPE) subit la pression du parti d’extrême droite Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), qui a signalé son intention de rejoindre le groupe CRE, tandis que la Plateforme civique (PO) polonaise est confrontée au parti Droit et Justice (PiS), également membre du CRE.
En Espagne, la principale bataille du Partido Popular (PP, PPE) espagnol se joue contre Pedro Sánchez et ses alliés nationalistes catalans.
Les Espagnols se sont également servis du congrès du PPE pour discuter de questions nationales au lieu de parler de sujets européens. Le PP a notamment interrompu le congrès pour faire pression en faveur d’une résolution sur l’État de droit, dénonçant son érosion présumée en Espagne suite à l’accord sur la loi d’amnistie conclu par M. Sánchez avec les Catalans.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]