Le FMI tente de rassembler 500 milliards de dollars

  Le FMI souhaiterait au minimum doubler ses réserves en levant au moins 500 milliards de dollars (389 milliards d’euros) pour assister les pays aux prises avec la crise de la dette dans la zone euro. Ce projet est cependant loin de faire l'unanimité, surtout aux Etats-Unis.

EURACTIV.fr / Reuters
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Le FMI souhaiterait au minimum doubler ses réserves en levant au moins 500 milliards de dollars (389 milliards d’euros) pour assister les pays aux prises avec la crise de la dette dans la zone euro. Ce projet est cependant loin de faire l'unanimité, surtout aux Etats-Unis.

Les États-Unis et le Canada ont déclaré hier (18 janvier) que l'Europe devrait débloquer plus de fonds pour résoudre sa crise de la dette. Les deux pays ont également exprimé leurs doutes quant à la capacité du G20, qui se tient au Mexique cette semaine, à trouver accord sur le renfort des ressources du FMI.

Le Japon et la Corée du Sud souhaitent aussi que l'Europe s'implique davantage. La Chine pourrait quant à elle demander qu'un certain nombre de critères soient respectés avant qu'elle n'apporte son soutien à une augmentation des ressources du Fonds monétaire international.

« Nous restons convaincus que le FMI peut jouer un rôle important en Europe, mais c'est à l'Europe de consentir aux efforts les plus significatifs », a expliqué un porte-parole du Trésor américain. « Le FMI ne peut pas servir de pare-feu pour la zone euro. »

Les responsables du G20 se réuniront à Mexico aujourd'hui et demain pour discuter de l'augmentation des ressources du FMI. Tout accord conclu lors de cette réunion devra être approuvé par les dirigeants. Les ministres des finances du G20 se réuniront fin février.

Le projet du FMI de renforcer sa capacité de prêt a rassuré les marchés financiers quant aux difficultés financières de l'Europe et la valeur de l'euro est remontée.

Selon des sources au FMI, le monde pourrait manquer de 1000 milliards de dollars au cours des deux prochaines années si les conditions économiques empiraient considérablement. La capacité de prêt actuelle du FMI est d'environ 380 milliards de dollars (294,4 milliards d'euros).

Selon ces sources présentes lors de la réunion du conseil exécutif du FMI ce mardi, le Fonds tenterait de réunir jusqu'à 600 milliards de dollars (464,4 milliards d'euros) afin de pallier le besoin potentiel de financement. Quelque 500 milliards de dollars (387 milliards d'euros) seraient alors consacrés à des prêts et 100 milliards de dollars (77,4 milliards d'euros) serviraient de « fonds de protection  ».

Un porte-parole du FMI a confirmé que l'organisation souhaitait rassembler jusqu'à 500 milliards de dollars de ressources supplémentaires pour les prêts. Il a précisé que cette somme comprenait une participation de l'Europe à hauteur de 200 milliards de dollars (154,8 milliards d'euros).

« A ce stade préliminaire, nous étudions les différentes options de financement et nous ferons pas d'autres commentaires avant la fin des consultations », a-t-il déclaré.

Les États-Unis ont répété qu'ils ne contribueraient pas au renforcement du FMI.

En raison d'un budget restreint à l'échelle nationale, certains membres républicains du Congrès américain ont menacé de reprendre plus de 100 milliards de dollars du FMI si les fonds étaient utilisés pour secourir les pays de la zone euro. La Maison-Blanche évitera sans doute de se pencher sur la question, dans la mesure où Barack Obama souhaite se faire réélire cette année.

« Nous avons informé nos partenaires internationaux que nous ne souhaitions pas renforcer le FMI », a déclaré une porte-parole du Trésor.

La Chine pourrait également s'opposer à l'augmentation de la capacité du FMI, à moins que certaines conditions ne soient respectées, a déclaré Xiang Songzuo, le directeur adjoint de l'International Monetary Institute à Beijing, un groupe de réflexion influent sur les enjeux politiques.

Il a déclaré que ces conditions pourraient impliquer davantage de poids lors des votes pour la Chine et les autres pays émergents. L'Empire du milieu pourrait également exiger que les politiques du FMI soient recentrées sur les problèmes de ces pays (comme la stabilisation des flux de capitaux et des taux de change) et que  le mécanisme de sauvetage des pays touchés par la crise soit plus transparent.

« Le processus de négociation sur ces points prendrait beaucoup de temps », a déclaré M. Xiang.

La banque centrale chinoise a refusé de commenter l'initiative de renflouement du FMI.

« De nombreux pays veulent que l'Europe prenne des mesures plus strictes et plus claires, ce qui se traduit aujourd'hui par des financements supplémentaires pour son fonds de stabilité », a déclaré une source du gouvernement brésilien présente lors de la réunion officielle du G20 à Mexico.

Le gouverneur de la banque du Canada, Mark Carney, a affirmé qu'il n'était pas certain que les gouvernements européens aient fait le nécessaire pour s'assurer des financements à des taux d'intérêt soutenables pour les prochaines années.

« Même si le renforcement du FMI est une idée pertinente, le point principal devrait concerner les répercussions de la crise européenne sur ceux qui la subissent », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Ottawa.

Selon une autre source proche du dossier, le Japon et la Corée du Sud souhaiteraient également aborder en premier la question de la contribution de l'Europe et l'élaboration de nouvelles mesures. Les États européens ont assuré qu'ils avaient pris suffisamment de mesures et ont  réclamé l'augmentation de la capacité du FMI

« Si nous pouvions, en parallèle, obtenir des Européens qu'ils prennent davantage de mesures avant que les autres pays du G20 ne promettent des ressources supplémentaires pour le FMI, alors je pense que nous pourrions obtenir de bons résultats », a déclaré cette même source.

Augmenter la puissance de feu du FMI

La directrice du FMI, Christine Lagarde, a déclaré que la direction allait examiner les différentes options qui permettraient d'augmenter la puissance de feu du Fonds.

La crise de la dette en Europe est largement considérée comme la plus grande menace pesant sur l'économie mondiale. De nombreux pays ont déjà utilisé une grande partie de leurs capacités financières pour lutter contre la crise économique de 2008 et 2009. Dans le cas d'une nouvelle récession à l'échelle mondiale, plus de pays pourraient être secourus.

La Banque mondiale a en effet déclaré hier (18 janvier) que l'Europe était certainement déjà entrée en récession et que la crise de la dette dans la zone euro représentait un risque « réel » pour l'économie mondiale. Le FMI a prévenu qu'il reverrait à la baisse ses projections de croissance mondiale lors de leur publication le 24 janvier.

Standard & Poor's a dégradé la semaine dernière les notes de neuf pays membres de la zone euro, dont la France, et l'incertitude concernant les négociations sur la dette grecque pourrait entraîner le pays vers un défaut de paiement. Le conseil du FMI a donc exhorté les dirigeants de la zone euro à prendre des mesures pour contenir la crise.

Le conseil a encouragé la mise en œuvre de politiques visant à enrayer la crise européenne et a exhorté les décideurs politiques de la zone euro à garantir la disponibilité de suffisamment de fonds pour régler efficacement les problèmes de dettes de la zone.