Le gel s'abat sur une partie de la France : les arbres fruitiers principalement touchés

Depuis la fin de semaine dernière, les nuits de gel intense s’abattent sur les cultures françaises et européennes. Si les vignes avaient particulièrement souffert en 2021, ce froid précoce semble toucher en premier lieu les arbres fruitiers.

Euractiv France
Champs gelé
Les trois dernières nuits ont été éprouvantes pour les agriculteurs, avec des températures exceptionnellement basses en France. [makalex69/Shutterstock] [makalex69]

Décidément, rien n’épargne les agriculteurs. Depuis la fin de semaine dernière, les nuits de gel intense s’abattent sur les cultures françaises et européennes. Si les vignes avaient particulièrement souffert en 2021, ce froid précoce semble toucher en premier lieu les arbres fruitiers.

« Nos agriculteurs sont une nouvelle fois touchés par un épisode de gel exceptionnel qui frappe actuellement notre territoire » a régit le Premier ministre Jean Castex dans un communiqué de presse envoyé lundi matin.

Il y a tout juste un an, les mêmes causes avaient produit les mêmes effets. Une grande partie des cultures – les vignes en particulier – avaient été dévastées. « Probablement la plus grande catastrophe agronomique de ce début de XXIe siècle » annonçait à l’époque le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie. 80% des vignobles furent atteints pour une perte de 30% de la production annuelle, selon FranceAgrimer.

Les bourgeons brûlent

Ces dernières nuits, en particulier entre dimanche et lundi, ciel dégagé et absence de vent ont fait chuter le mercure en plaine à des niveaux exceptionnels en ce début de printemps. Un remake de 2021 en pire ? « –4.6°C à Châteauroux, record sur 121 années. Cette matinée est, à priori, la plus froide de la climatologie d’avril, plus froid que le cauchemar du 8 avril 2021 » explique Serge Zaka, agroclimatologue chez ITK, société experte en prévisions.

Contrairement à l’année dernière où l’ensemble du pays était concerné, le gel a pour l’instant recouvert une large bande qui va de l’Alsace au sud-ouest de la France. De la Charente à la Champagne, les températures ont tutoyé les -6 degrés lundi matin. Et ce jusqu’en Allemagne. Pour Météo France, la nuit de dimanche à lundi a enregistré les températures les plus froides pour un mois d’avril depuis 1947 (création de l’indicateur thermique national).

Heureusement la nuit dernière fut légèrement plus douce. « En revanche, la nuit a été à nouveau difficile du sud-ouest aux Alpes et de l’Occitanie à l’arrière-pays provençal avec de -3 à -6°C sous abri… » témoigne ce matin Guillaume Woznica, présentateur météo pour la chaîne LCI.

Pourtant, qu’il fasse très froid début avril, cela n’a rien d’extravagant. Les végétaux sont habitués aux gelées passagères qui accompagnent généralement les débuts de printemps jusqu’aux saints de glace (début mai). Mais avec la douceur des hivers liée au réchauffement global, les cycles biologiques des plantes – mais aussi des animaux – avancent d’année en année.

Avec les températures anormalement élevées des mois de février et mars, la végétation s’est empressée de sortir de sa dormance hivernale. Le choc est d’autant plus brutal ! Lorsque le thermomètre passe, en l’espace de quelques jours, de +25 à -7 degrés, les organes très fragiles que sont les bourgeons ne tiennent pas le coup. Ils brûlent comme disent les spécialistes. C’est donc la douceur des hivers combinés à d’importants différentiels de températures qui explique l’intensité des dégâts constatés.

Bougies, tours, braseros

Lundi matin, les photos des cultures incandescentes dans la nuit froide et noire inondaient les réseaux sociaux.

Tous les systèmes de lutte antigel ont été déployés en urgence. Recouvrement des cultures, installation de bougies, de braseros, de lignes électriques pour réchauffer les plantations… Une autre méthode consiste à asperger d’eau – de manière à maintenir le bourgeon à température constante de congélation.

Ces dispositifs variés permettent de limiter les dégâts, même si ces derniers sont déjà considérables. En particulier pour les arboriculteurs. Selon ITK, les pertes de rendements cumulées pour l’abricot pourraient atteindre plus de 80% pour la période allant du 1er au 5 avril. Ce qui est valable pour les autres fruits à noyaux comme la pêche, la cerise, la mirabelle et à pépins comme la pomme ou le kiwi etc. D’autres fruits tels que la poire et la vigne dans le nord de la France, qui se développent un peu plus tard, s’en sortiront probablement mieux.

« On a la particularité cette année d’avoir une vigne qui est moins avancée qu’en 2021, donc pour la vigne on devrait mieux s’en sortir » expliquait Serge Zaka, cette fois au micro de BFM TV.

Aides et protections

« En tout état de cause, si comme on peut le craindre, les pertes devaient être importantes, l’État sera aux côtés des agriculteurs touchés, comme il l’avait été tout particulièrement lors de l’épisode de gel d’avril 2021, avec la mise en place d’un plan d’ampleur » a confirmé le Premier ministre.

Plusieurs aides vont en effet être débloquées comme le dispositif des calamités agricoles voire, si besoin, un fond d’urgence à dispositions des préfets. A plus long terme, le gouvernement mise sur sa loi réformant l’assurance récolte votée en février dernier et qui entrera en vigueur l’année prochaine. Celle-ci renforcera la protection contre ce type d’aléas.

Sur la question des moyens techniques de lutte, le communiqué précise que le plan France Relance financera à hauteur de 40 millions d’euros « l’acquisition de matériels de protection comme des tours anti-gel », ajoutant qu’il faudra amplifier la recherche et l’innovation pour mettre au point de nouvelles techniques.

Une vision que partage la FNSEA. Interrogée lundi sur France Info, la présidente du syndicat majoritaire assure qu' »il faut aider plus les agriculteurs à s’équiper avec des matériels de protection, davantage de réserves d’eau pour pouvoir protéger avec l’aspersion. » Celle-ci admettant, devant l’ampleur des phénomènes climatiques extrêmes qu' »il faut aussi quitter nos habitudes d’hier et adopter des techniques d’aujourd’hui. »

Le retour de la douceur dans la moitié nord laisse penser que le pire est passé. Place maintenant à l’évaluation précise et globale des dégâts.