Le gouvernement annonce une aide financière de 100 euros pour les « gros rouleurs »
Cette aide financière devrait concerner « à peu près la moitié des ménages français » qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler, explique la Première ministre Elisabeth Borne.
Cette aide financière devrait concerner « à peu près la moitié des ménages français » qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler, explique la Première ministre Elisabeth Borne.
L’annonce vise à « cibler davantage ceux qui en ont le plus besoin », expliquait Mme Borne au micro de RTL mercredi (7 décembre), alors que la remise de 10 centimes à la pompe, mise en place en urgence à la sortie de l’été, touche à sa fin.
De fait, les ménages les plus modestes pourront bénéficier de cette « indemnité carburant » dès janvier 2023, sous la forme d’un virement bancaire unique de 100 euros : « une remise de 10 centimes par litre pour [un conducteur faisant] 12 000 kilomètres annuels en moyenne », a précisé la Première ministre.
« Nous continuons de soutenir le pouvoir d’achat des Français qui travaillent », ajoute Olivier Véran, porte-parole du gouvernement. Cette mesure devrait bénéficier à 10 millions de concitoyens, en première ligne face à une inflation galopante, à 6,2 % en novembre 2022 sur l’année, selon l’INSEE.
Malgré les diverses mesures prises par le gouvernement et les producteurs d’énergie, le prix à la pompe est bien loin de ces niveaux d’avant-crise. Si le gazole se positionnait à 1,82 euros / litre mardi (6 décembre), soit loin du pic de 2,24 euros / litre de mars 2022, il n’est pas non plus revenu aux 1,5 euros dont les Français avaient l’habitude avant la guerre en Ukraine.
Idem pour le Sans-Plomb 95, qui restait bien au-delà des moyennes pré-guerre, à 1,75 euros / litre mardi.
Pas une panacée
Si la mesure n’a pas fait beaucoup de vagues sur les bancs de l’opposition, elle a réveillé le débat sur l’augmentation des salaires : « je remets sur la table une question que le gouvernement esquive, celle du partage de la valeur […] et donc de l’augmentation des salaires », lançait Boris Vallaud, président du groupe parlementaire socialiste à l’Assemblée nationale, sur France Inter mercredi.
Et Patrick Kanner, ancien ministre et président du groupe socialiste au Sénat, d’abonder : « J’ai l’impression d’un travail à la va-vite. Rien ne remplacera, en termes de pouvoir d’achat, une hausse sérieuse des salaires dans notre pays ».
L’organisme d’analyses statistiques du ministère du travail Dares révélait en novembre que le salaire mensuel de base (soit avant charges et impôts) avait augmenté de 3,7 % en un an pour toutes les catégories de travailleurs. Mais, en tenant compte du taux d’inflation, ce salaire mensuel de base diminue en réalité de 2 %.
Le risque d’effets de seuil est aussi scruté de près. Alain Bazot, Président de l’Union fédérale des consommateurs UFC-Que Choisir, parle d’une « injustice extrêmement importante » sur France Info et exhorte le gouvernement à revoir sa copie pour calibrer les aides non pas en fonction du revenu mais de « l’usage réel » de la voiture.
Pour Les Républicains, une telle mesure sera « moins efficace qu’une remise à la pompe plus généralisée », analyse Olivier Marleix, président de groupe à l’Assemblée nationale. Lui accuse le Président Macron d’avoir augmenté les taxes afférentes à l’essence en 2018, notamment la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). C’est avant tout « une restitution auprès des Français de leur fiscalité », avance-t-il sur Europe 1.
Enfin, le RN se positionne sans surprise contre, alors que la présidente de groupe Marine Le Pen a toujours soutenu une baisse de la TVA sur l’essence de 20 % à 5,5 %. « Toujours les mêmes erreurs : un chèque inflationniste dérisoire qui ne concerne qu’une minorité » soupirait, laconique, le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy, interrogé par EURACTIV France.
Ce n’est pas la première fois que la crise aux stations-essence est mise en exergue. Dès la sortie de l’été, l’annonce d’une remise de 10 centimes, suivie d’une de 20 centimes prise en charge par TotalEnergies, avait fait craindre des « tensions » d’approvisionnement, comme l’analysait EURACTIV France.