Le gouvernement économique à l’épreuve de la crise

Alors que les dirigeants européens se sont accordés sur le mécanisme d’aide à la Grèce, la question de la coordination économique reste entière. Panorama des pistes esquissées par les économistes.

EURACTIV.fr

Alors que les dirigeants européens se sont accordés sur le mécanisme d’aide à la Grèce, la question de la coordination économique reste entière. Panorama des pistes esquissées par les économistes.

Un gouvernement économique pour l’Europe ? Beaucoup l’appellent de leurs vœux. Même la chancelière allemande Angela Merkel a consenti à évoquer ce terme, mais ses contours demeurent flous. Le Conseil européen de mars 2010 a chargé son président Herman Van Rompuy de diriger un groupe de travail qui doit réfléchir aux modalités permettant la création d’un gouvernement économique.

Le groupe de travail devra se pencher sur la façon de parvenir à une meilleure discipline budgétaire et de définir un cadre amélioré de résolution de crise. Afin d’éviter un risque de défaut d’un État, la création d’un fonds monétaire européen a été évoquée. Selon Jean-François Jamet, économiste à la Fondation Robert Schuman, un tel outil pourrait devenir l’instrument de la solidarité européenne (prêts à un État en difficulté), tout en intégrant une contrepartie  : la mise en œuvre de mesures d’assainissement des finances publiques.

Pour le directeur de la recherche et des études de Natixis, Patrick Artus, qui s’est exprimé lors d’une rencontre organisée par l’association des journalistes économiques et financiers le 14 avril, la décision de procéder à des prêts bilatéraux dans le cas de la Grèce fait qu’un tel fonds existe déjà.

Le renforcement des règles budgétaires au sein de l’Union est également au programme de l’agenda du commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn. Le 15 avril, il a déclaré vouloir s’atteler « au dossier des pays récidivistes qui enfreignent régulièrement les règles ». S’il ne veut pas créer de nouvelles sanctions, il a laissé entendre que l’UE pourrait jouer sur les fonds structurels et ainsi bloquer le financement du développement économique, habituellement utilisé pour les grands projets d’infrastructure -comme la construction de routes- dans les pays de l’UE les plus pauvres. Ces pistes seront détaillées dans un document qui sera publié le 12 mai, a-t-il indiqué.

Coordination des politiques économiques

Autre sujet de frictions entre les États membres et particulièrement entre la France et l’Allemagne, la question des convergences des politiques économiques. Dans un entretien accordé au Financial Times le 15 mars, la ministre française de l’économie, Christine Lagarde, avait certes loué les résultats économiques de l’Allemagne mais n’était pas sûre que le modèle allemand soit « viable à long terme et pour l’ensemble du groupe [de la zone euro]. » L’Allemagne a fait le choix de privilégier la compétitivité de ses exportations au détriment de sa consommation intérieure à la différence de la France qui a fondé sa croissance sur le soutien à la consommation.

Pour la directrice du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), Agnès Bénassy-Quéré, le modèle allemand a certes l’avantage d’être très compétitif à l’export, mais la faiblesse de sa demande intérieure rend le pays fragile face au recul du commerce mondial. D’autant plus que l’Allemagne est fortement dépendante de la consommation intérieure des autres États de l’UE. En effet, ses exportations à destination des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) s’élèvent à 10% contre 60% à destination de l’UE.

Des stratégies économiques divergentes accompagnées d’une forte intégration économique rendent donc plus difficile la coordination des politiques économiques dans la zone euro et vont jusqu’à créer un désaccord sur le discours économique et les remèdes à apporter, selon Jean-François Jamet.

Les solutions proposées pour résorber ces divergences sont nombreuses. Dans une tribune, Thierry Chopin et Jean-François Jamet évoquent notamment « une surveillance portant sur la dette privée et sur la balance des paiements, un rôle renforcé de l’Eurogroupe par la création d’un cabinet permanent, une régulation financière commune, sans oublier la convergence sociale et fiscale, pour éviter les risques de dumping. »

Quant à Patrick Artus, il va jusqu’à prôner un fédéralisme budgétaire avec une redistribution entre États.

Les conclusions du Conseil européen des 25 et 26 mars ont pris en compte la nécessité de  « promouvoir une forte coordination des politiques économiques », et de favoriser « la définition d’une stratégie de croissance européenne ». Le groupe dirigé par Herman Van Rompuy doit rendre ses conclusions à la fin de l’année.

CALENDRIER

  • 12 mai 2010 : Publication d’un document du commissaire aux Affaires monétaires sur des pistes permettant de renforcer les règles budgétaires
  • Fin 2010  : Conclusions du groupe de travail du Conseil européen sur la gouvernance économique de l’UE