Le gouvernement lance un « plan d’actions » contre les nitrites dans la charcuterie

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a confirmé mardi (13 juillet) le lien entre les nitrites présents dans la charcuterie et certains cancers. Le gouvernement français prévoit un plan d’action à l’automne pour réduire l’exposition de la population.

Euractiv France
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Les nitrites sont utilisés comme conservateurs dans la charcuterie et donnent notamment sa couleur rose au jambon, naturellement gris [Pixel-Shot / Shutterstock]

L’Agence nationale de sécurité sanitaire sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a confirmé mardi (13 juillet) le lien entre les nitrites présents dans la charcuterie et certains cancers. Le gouvernement français prévoit un « plan d’actions » à l’automne pour réduire l’exposition de la population.

Les nitrites (et nitrates) sont utilisés comme conservateurs dans la charcuterie et donnent notamment sa couleur rose au jambon, naturellement gris. Ce sont les fameux E249 et E250 (nitrite de potassium et de sodium) et E251 et E252 (nitrate de sodium et de potassium) inscrits sur les emballages de charcuteries.

Sauf qu’une fois ingérés, ces additifs contribuent à la formation de composés qui favorisent l’apparition du cancer de l’estomac et du cancer colorectal, deuxième cancer le plus mortel. Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), leur consommation est à l’origine d’environ 4 300 cas de cancer colorectal chaque année en France.

Pour parvenir à ce lien de cause à effet, l’Anses a analysé les publications scientifiques en cancérologie parues depuis les travaux de référence de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) de 2017 et du CIRC de 2018.

Limitation des doses

Dans son avis, l’autorité française demande de limiter les nitrites « autant que possible » dans les denrées alimentaires, par des « mesures volontaristes ». Il n’a fallu que quelques heures au gouvernement français pour réagir, se disant prêt, dans un communiqué, à suivre les recommandations de l’agence.

Ce mercredi matin sur France Info, le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire Marc Fesneau a réaffirmé sa volonté de se « conformer aux préconisations de l’Anses », tout en insistant sur le fait que cette dernière ne demande pas d’interdiction stricte. « Ce qui est toxique ce n’est pas le produit lui-même, c’est l’excès de produit » a-t-il souligné.

Pour l’Anses, il s’agit en effet de se placer « à l’équilibre entre risque, et protection sanitaire », car les additifs nitrés permettent non seulement d’allonger la durée de conservation des aliments, mais aussi de prévenir le développement de bactéries pathogènes à l’origine notamment du botulisme, ou des salmonelloses.

L’agence préconise toutefois d’aller plus loin que la réglementation européenne actuelle qui prévoit des taux d’incorporation maximum de 150 mg par kilo. Seuls les danois ont souhaité maintenir un niveau plus faible de 60 mg/kg, un seuil qu’ils avaient fixé avant l’harmonisation européenne.

Dans son « plan d’actions », le gouvernement souhaite « aboutir à la réduction ou la suppression de l’utilisation des additifs nitrés dans tous les produits alimentaires, où cela est possible sans impact sanitaire et cela le plus rapidement possible ». 

 

Interdiction ?

Les artisans et les entreprises de charcuterie (CNCT et FICT) se disent également prêt à suivre les recommandations de l’Anses, rappelant dans un communiqué que les entreprises « ont déjà volontairement réduit, depuis 2016, de 40% les quantités maximales de nitrites par rapport à la réglementation européenne, ce qui fait de la France (avec le Danemark) le pays qui en utilise le moins dans le monde. »

L’agence souligne elle-même que les filières charcutières sont déjà en deçà des seuils limites avec un maximum de 120 mg par kilo. « 99% (adultes et enfants) de la population ne dépasse pas les doses journalières admissibles toutes expositions aux nitrites/nitrates », précise l’avis.

« Ça n’est pas la dose qui fait le poison ! Il n’en faut pas du tout ! confie de son côté Karine Jacquemart, Directrice Général de Foodwatch à EURACTIV. On se retrouve avec un cocktail de contaminants dans nos assiettes : des additifs controversés, des résidus de pesticides, des perturbateurs endocriniens. Les toxicologues disent que tout cela ensemble présente un danger, même à doses minimales. »

Les associations Foodwatch, Yuka et la Ligue contre le Cancer sont vent debout contre ce qui est pour eux un vrai scandale sanitaire. En février dernier, lors du vote de la loi sur l’interdiction progressive des sels nitrés, le collectif avait écrit une lettre ouverte au gouvernement l’exhortant « à faire interdire les nitrites ajoutés dans tous les produits alimentaires… au plus vite pour protéger notre santé. »

Cette proposition de loi visant au départ l’« d’interdiction progressive » de sels nitrés dans les produits de charcuterie avait été amendée par le gouvernement, pour ne rester que le principe de « trajectoire de baisse » des doses maximales. L’ex-ministre de l’Agriculture Julien Denormandie avait alors expliqué vouloir attendre l’avis de l’Anses pour prendre de nouvelles mesures.

« L’Europe doit interdire ces quatre additifs ! Nous voulons nous servir de cette avancée pour pousser au niveau européen », explique Karine Jacquemart qui attend s’appuyer sur le principe de précaution européen, principe qui a permis de faire interdire par la Commission européenne un autre additif, le dioxyde de titane en 2021. « Mais comme pour le dioxyde de titane, on doit d’abord interdire les nitrites en France » ajoute-t-elle.

Avant la fin du mois de juillet 2022, le gouvernement réunira les acteurs techniques des filières pour une première réunion. A l’automne, le « plan d’actions » issu de ces travaux sera alors présenté au Parlement.