Le Green Brief : le mix électrique de l'UE, ce noeud gordien

Bienvenue sur le Green Brief d’EURACTIV. Vous y trouverez les dernières actualités en matière d’énergie et d’environnement en provenance de toute l’Europe. Vous pouvez vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

/ / / / Euractiv.com
GREEN-BRIEF-FR
Abonnez-vous au Green Brief d’EURACTIV, qui vous donnera un aperçu des dernières actualités en matière d’énergie et d’environnement dans toute l’Europe.

Bienvenue sur le Green Brief d’EURACTIV. Vous y trouverez les dernières actualités en matière d’énergie et d’environnement en provenance de toute l’Europe. Vous pouvez vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Les pressions exercées par Berlin en faveur d’une tarification de l’électricité pour l’industrie à l’échelle de l’UE ont mis en évidence l’enchevêtrement complexe de régimes de taxation et de compensation de l’énergie actuellement en place dans l’Union européenne.

Notre système énergétique se trouve au cœur d’une transformation sans précédent.

D’un système centralisé de centrales électriques conventionnelles peu nombreuses, puissantes et facilement pilotables, notre Vieux-continent évolue rapidement vers un système décentralisé dans lequel des millions de panneaux solaires et de turbines éoliennes alimentent le réseau en électricité en fonction des conditions météorologiques.

Au fur et à mesure de cette transformation, les décideurs politiques ne peuvent apparemment pas s’empêcher de remanier les règles.

« Nous devrions avoir un prix pour l’électricité industrielle. Ma proposition est de six centimes d’euro par kilowattheure jusqu’en 2030 », a déclaré l’Allemand Robert Habeck lundi (8 mai).

En prônant une réduction du prix de l’électricité pour l’industrie à l’échelle de l’Union, Berlin met aussi en péril la concurrence loyale dans l’UE.

Les fours à aluminium grecs, réputés pour leur forte consommation d’électricité, seraient perdants face à leurs concurrents allemands. Les fabricants d’aluminium hambourgeois, fortuitement sur le terrain de jeu de M. Scholz, pourraient donc proposer des prix inférieurs à ceux de leurs concurrents grecs, ce qui remettrait en cause la viabilité économique de ces derniers.

« Il faut être très prudent si l’on commence à subventionner l’énergie pour des entreprises qui sont en concurrence directe avec d’autres entreprises », a averti Margrethe Vestager, responsable des aides d’État de l’UE, lors d’une visite à Berlin lundi (8 mai).

Pour éviter une distorsion du marché libre, l’Allemagne pourrait vouloir intégrer un instrument financier à son initiative, par exemple en intégrant un prêt soutenu par Bruxelles qui permettrait à des pays dont la marge de manœuvre budgétaire est limitée de mettre en œuvre la tarification à l’échelle de l’UE.

Peut-être cette démarche s’inscrira-t-elle dans les négociations actuelles visant à réformer le marché de l’électricité de l’UE, qui devraient se conclure avant la fin de l’année.

Quoi qu’il en soit, cette mesure vient s’ajouter à un enchevêtrement de mesures qui faussent le système électrique européen, déjà mis à rude épreuve.

L’année dernière, l’Espagne et le Portugal ont mis en place un mécanisme très décrié dans le cadre duquel l’État rembourse les centrales au gaz afin de maintenir les prix de l’électricité à un niveau artificiellement bas. L’exception ibérique continuera de s’appliquer en 2023, la Commission européenne ayant approuvé la prolongation du mécanisme jusqu’à la fin de l’année.

L’Europe est également en retard en matière d’interconnexions électriques transfrontières, une caractéristique essentielle du système électrique européen de demain. Cela permettrait, en théorie, aux électrons de circuler librement depuis les parcs éoliens en mer Baltique jusqu’aux centrales solaires en Espagne.

Des auditeurs européens ont constaté que l’objectif fixé qui consistait à faire en sorte que des interconnexions électriques atteignent 10 % des capacités de production installées d’ici à 2020 n’a en grande partie pas été atteint. En outre, onze États membres de l’UE ne sont pas en mesure d’atteindre l’objectif de 15 % fixé pour 2030. Même lorsque les interconnexions sont en place, elles sont généralement bien moins utilisées que prévu.

Par ailleurs, il existe un fossé profond entre les régions les plus riches d’Europe, où les énergies renouvelables jouent un rôle de plus en plus important, et les régions les plus pauvres, où le charbon prédomine encore. La question revêt un caractère existentiel pour les Polonais, qui ont refusé de s’engager sur un calendrier précis pour sortir du charbon.

Enfin, la France et l’Allemagne s’opposent sur la question de l’énergie. Alors que l’Allemagne semble favorable à un système électrique 100 % renouvelable, les Français sont réticents à cette idée, estimant que leur réseau est déjà largement décarboné grâce à l’énergie nucléaire.

La politique identitaire joue également un rôle dans cette situation. Alors que la position de la France s’érode sur la scène internationale, l’énergie nucléaire est devenue un élément central de la conception française de l’indépendance et de la grandeur du pays.

Par ailleurs, les écologistes et sociaux-démocrates allemands semblent déterminer à achever l’Energiewende — la transition à 100 % vers les énergies renouvelables — ou se tueront à la tâche pour y parvenir.

Si l’on ajoute à ces considérations des motivations liées à la politique industrielle, il en résulte un véritable nœud gordien. Seulement, il n’y a ni épée magique ni Alexandre le Grand dans l’Union européenne. Il faudra, au contraire, travailler progressivement sur des milliers de chantiers notoires pour démêler cet imbroglio politique.

Nous, Européens, pouvons le faire. Après tout, nous l’avons déjà fait.

La conception actuelle du marché de l’électricité, louée à juste titre par ses architectes, représente le fruit d’un travail similaire, effectué pas à pas. Il reste à savoir si l’Europe permettra la poursuite d’une intégration des marchés étape par étape ou si l’impétuosité politique l’emportera.

 Nikolaus J. Kurmayer


Les principales actualités de la semaine


Pour approfondir


Agenda

MAI

  • 17 MAI. Mesures visant à réduire les rejets de microplastiques dans l’environnement.

JUIN

  • JUIN. Vote en plénière du Parlement européen sur la loi européenne sur la restauration de la nature.
  • 3-11 JUIN. Semaine verte de l’UE.
  • 6 JUIN. Premier trilogue sur la directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD).
  • 19 JUIN. Conseil « Énergie ».
  • 20 JUIN. Conseil « Environnement ».
  • 21 JUIN. Paquet pour un fret plus vert.
  • 29 et 30 JUIN. Conseil européen.
  • 30 JUIN. Date limite pour la mise à jour par les États membres européens de leurs plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC) révisés

DEUXIÈME SEMESTRE 2023

  • Q4. Révision du règlement Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques (règlement REACH).
  • 26 et 27 OCTOBRE. Conseil européen.
  • 30 NOVEMBRE—12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28), Dubaï.
  • 14 et 15 DÉCEMBRE. Conseil européen.