La semaine dernière, le prix du baril de pétrole brut a brièvement dépassé les 130 dollars pour la première fois en treize ans. Les prix à la pompe ont également atteint de records, dépassant les 2 euros dans de nombreux États membres de l’UE et mettant la pression sur les plus vulnérables en Europe. Sur les marchés du gaz, la compression de l’offre – que la Pologne a dénoncée comme étant orchestrée par la Russie -, a fait exploser les prix, entraînant également une flambée des prix de l’électricité.
La situation a incité les gouvernements de toute l’Europe à agir. La semaine dernière, la Hongrie a annoncé un plafonnement du prix de gros de l’essence à 1,30 euro par litre. De nombreux autres pays avaient déjà plafonné le prix du gaz pour les consommateurs après la hausse des prix observée en automne.
En plus de toucher les citoyens au portefeuille, la demande en pétrole et en gaz de l’Europe alimente la guerre du Kremlin en Ukraine. Rien que le 3 mars, l’UE a versé à la Russie 600 millions d’euros pour le gaz naturel et 350 millions d’euros pour le pétrole, soit près d’un milliard d’euros en une seule journée, indique Simone Tagliapietra, chargée de recherche au groupe de réflexion Bruegel, à Bruxelles.
Et la situation pourrait encore se dégrader. Alors que la Pologne a appelé à ce que des sanctions soient prises à l’encontre des exportations russes d’énergie, l’Allemagne s’y oppose, affirmant que cela mettrait en danger la « paix sociale » en raison de la forte dépendance du pays à l’égard du gaz russe.
Cependant, l’UE pourrait bientôt être contrainte d’aller plus loin si le Kremlin devait poursuivre son invasion de l’Ukraine. Les factures des Européens deviendraient alors exorbitantes, ce qui nécessiterait une intervention publique à grande échelle pour éviter une inflation soudaine.
Les prix élevés de l’énergie ont également un impact inévitable sur le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal). En 2021, la flambée des prix du gaz avait mis l’élimination progressive du charbon sur pause en Europe et avait entraîné une relance de la production d’électricité au charbon dans certains endroits.
Aujourd’hui, l’UE porte un regard plus favorable sur le charbon. Lors d’une réunion avec les législateurs de l’UE à Strasbourg lundi, Frans Timmermans, responsable du Pacte vert pour l’Europe, a reconnu que certains États membres pourraient prolonger l’utilisation du charbon en raison de l’inquiétude entourant le gaz russe.
« Au vu de la situation extraordinaire dans laquelle nous nous trouvons, il est possible de penser que les États membres ne voudront pas utiliser le gaz au même niveau pendant la transition. Nous resterons alors coincés un peu plus longtemps avec le charbon, mais si cela est combiné avec une introduction beaucoup plus rapide des énergies renouvelables, sur le plan du climat, cela peut encore être une bonne solution », a-t-il affirmé.
Bientôt, l’ensemble de l’économie européenne pourrait être affectée, a averti la Commission européenne dans sa communication sur les prix de l’énergie publiée hier. La combinaison de la hausse des prix de l’énergie, des transports et des denrées alimentaires pourrait en effet accentuer la pression sur les ménages à faibles revenus, entraînant des risques accrus de pauvreté.
Sur le long terme cependant, la guerre en Ukraine agit comme un signal d’alarme pour l’Europe. « L’invasion de l’Ukraine rend la nécessité d’une transition rapide vers une énergie propre plus forte et plus évidente que jamais », fait valoir l’exécutif européen.
Les dirigeants du bloc s’accordent également à dire que la transition écologique doit être accélérée.
« Nous ne pouvons plus dépendre des autres, surtout du gaz russe. Je défendrai une stratégie européenne d’indépendance énergétique », a déclaré le président français Emmanuel Macron, qui accueillera une réunion des dirigeants européens plus tard dans la semaine (les 10 et 11 mars).
La question est maintenant de savoir en combien de temps cela peut être fait. Malheureusement, il n’y a pas de solution miracle et l’hiver prochain pourrait s’avérer difficile pour les consommateurs européens. Des conflits risquent également de survenir lors de la réunion des dirigeants européens cette semaine, notamment en ce qui concerne le coût économique à court terme de la transition énergétique, qui risque d’être très élevé.
Quoi qu’il en soit, cela pourrait aussi marquer le début d’une nouvelle ère pour l’Europe, où l’UE prendrait la décision collective de s’affranchir des combustibles fossiles. En Allemagne, on a inventé un nouveau terme pour cela : Zeitenwende — « le tournant ».
– Frédéric Simon
Les principales actualités de la semaine
- Le plan de l’UE pour réduire de deux tiers les importations de gaz russe avant la fin de l’année (en anglais)
- LEAK : les dirigeants européens envisagent d’éliminer progressivement les combustibles fossiles russes
- L’Allemagne renonce à la prolongation de ses centrales nucléaires
Plus d’actualités
- Joe Biden interdit les importations de pétrole russe aux États-Unis et prévient que le prix de l’essence va encore augmenter (en anglais)
- La guerre en Ukraine est sur le point de déclencher un conflit énergétique mondial (en anglais)
- Que signifierait une interdiction américaine du pétrole russe pour le monde ? (en anglais)
- Sanctions européennes contre Moscou : la Bulgarie pourrait demander une exception sur le gaz et le pétrole russes (en anglais)
- Au Parlement, les centristes s’opposent aux projets d’infrastructure gaziers de l’UE
- Berlin va débloquer 200 milliards d’euros pour la protection du climat jusqu’en 2026
- Les ministres allemands mettent en garde contre le boycott du pétrole russe (en anglais)
- L’Allemagne signe le contrat initial pour la construction de son premier terminal GNL
- Le prix de l’essence s’envole alors que le conflit en Ukraine sème la panique sur les marchés de l’énergie (en anglais)
- L’Ukraine se tourne vers l’UE et les États-Unis pour éviter une catastrophe nucléaire et assurer sa sécurité énergétique (en anglais)
- Impact de la crise énergétique sur le secteur agroalimentaire : la Commission envisage une communication spécifique
- 10 mesures pour réduire la dépendance au gaz russe
- Une ONG ukrainienne plaide pour que les importations d’énergie cessent de financer la guerre de Poutine
- L’UE prête à accélérer sur l’économie circulaire
- Les flux de gaz russe vers l’Allemagne via le gazoduc de Yamal en chute libre (en anglais)
- Nord Stream 2 : dépôt de bilan et licenciement des employés (en anglais)
L’actualité en bref
L’Ukraine demande à l’UE de rompre ses liens avec les négociants en énergie russes. Le gouvernement ukrainien a exhorté tous les régulateurs financiers de l’Union européenne à interdire les négociants en énergie russes et affiliés à la Russie. Dans des lettres ouvertes publiées les 3 et 4 mars, les responsables ukrainiens ont appelé la Commission européenne et les autres régulateurs de l’UE à « appliquer immédiatement des sanctions afin d’accroître la pression financière sur la Russie pour qu’elle mette fin à la guerre ».
Dans une lettre ouverte envoyée le 4 mars, le président de la Commission nationale ukrainienne des valeurs mobilières et du marché boursier, Ruslan Magomedov, a écrit : « Nous vous demandons d’exclure la possibilité d’offrir des services de négociation et de compensation sur les marchés boursiers et des matières premières aux entreprises russes ou affiliées à la Russie. En opérant sur les marchés des changes, la Russie perçoit un solide revenu lui permettant de poursuivre la guerre en Ukraine. »
L’Europe a déjà imposé des sanctions économiques à l’encontre des principales banques russes et de membres individuels du gouvernement. Samedi (5 mars), le groupe Shell a indiqué qu’il choisira des alternatives au pétrole russe dans la mesure du possible et a également annoncé qu’il reverserait tous les bénéfices réalisés sur l’achat de pétrole russe dans un fonds spécial destiné à aider les Ukrainiens.
(Frédéric Simon | EURACTIV.com)
Une avancée dans le traité mondial sur les plastiques. L’Assemblée des Nations unies pour l’environnement a accepté mercredi (2 mars) de lancer des négociations sur un accord mondial juridiquement contraignant pour lutter contre la pollution plastique.
Selon la Commission européenne, qui a contribué aux négociations, le futur accord visera à combler les lacunes des initiatives existantes, en particulier dans les phases de conception et de production du cycle de vie des plastiques. « Environ 11 millions de tonnes de plastique finissent dans l’océan chaque année et cette quantité triplera au cours des 20 prochaines années si aucune réponse internationale efficace n’est apportée », a déclaré Virginijus Sinkevičius, commissaire européen chargé de l’Environnement. « Nous participerons activement aux discussions sur un accord juridiquement contraignant portant sur toutes les étapes du cycle de vie des plastiques, depuis la conception des produits jusqu’à ce qu’ils deviennent des déchets », a-t-il ajouté dans un communiqué.
Les écologistes se sont félicités de cette initiative, mais ont prévenu qu’il ne s’agissait que de la première étape de tout un processus. « C’est un tournant dans la lutte contre la pollution plastique, mais seulement si les pays sont à la hauteur du défi. Nous regardons l’UE et nous espérons que les décideurs politiques tiendront leurs promesses et agiront conformément au rôle de leader que l’UE a joué pendant les négociations pour mettre fin à la pollution plastique à la source, en se concentrant sur la réduction de la production et la reconception de produits non toxiques, réutilisables et durables », a indiqué Giulia Carlini, avocate principale au Center for International Environmental Law, qui s’est exprimée au nom de l’alliance Rethink Plastics.
Plastics Europe, un groupe industriel, s’est également félicité de l’accord mais a insisté sur « l’importance de créer un environnement politique favorable adapté aux besoins spécifiques de notre industrie et de notre chaîne de valeur pour faciliter notre transition ». (Voir la déclaration complète de Plastics Europe et d’autres réactions de la Fondation Gaia et de la Fondation Surfrider Europe.)
(Frédéric Simon | EURACTIV.com)
Événements à venir
15 MARS. La circularité des bouteilles : contribuer au Green Deal. Participez à cette conférence virtuelle organisée par EURACTIV pour discuter du meilleur moyen pour atteindre les objectifs de l’économie circulaire et les objectifs climatiques ainsi que pour savoir si les systèmes de consigne sont un moyen efficace d’atteindre les objectifs de collecte et de recyclage pour les producteurs européens d’eau minérale naturelle et d’eau de source. La liste des intervenants reste à confirmer. Programme et inscription ici. (Avec le soutien de Natural Mineral Waters Europe)
16 MARS. Des systèmes de chauffage urbain efficaces : Comment parvenir à une décarbonation rentable ? Participez à cette conférence virtuelle organisée par EURACTIV pour discuter de la nouvelle définition des systèmes de chauffage urbain efficaces dans la proposition de directive relative à l’efficacité énergétique (Energy Efficiency Directive), et de la manière dont les parties prenantes peuvent coopérer au mieux pour parvenir à une décarbonation rentable. La liste des intervenants reste à confirmer. Programme et inscription disponible ici (en anglais). (Avec le soutien de PGE)
30 MARS. Comment développer le secteur du chauffage pour assurer une meilleure qualité de l’air ? Participez à cette conférence virtuelle organisée par EURACTIV pour discuter du lien entre la pollution et les systèmes de chauffage urbain, ainsi que de l’impact de la proposition de refonte de directive relative à l’efficacité énergétique (Energy Efficiency Directive) à cet égard. La liste des intervenants reste à confirmer. Programme et inscription ici. (Avec le soutien de PKEE)
Dans notre radar
10—11 MARS. Sommet informel de l’UE consacré à l’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie.
17 MARS. Conseil « Environnement ».
23 MARS. Paquet sur la protection de la nature : révision des règles concernant l’utilisation durable des pesticides et les objectifs de restauration de la nature.
30 MARS. Paquet économie circulaire 1 :
- Initiative sur la politique des produits durables, y compris une révision de la directive sur l’écoconception.
- Révision du règlement sur les produits de construction.
- Proposition de règlement sur la justification des déclarations environnementales à l’aide des méthodes de l’empreinte environnementale des produits et des organisations (allégations environnementales).
- Stratégie sur les textiles durables.
- Donner aux consommateurs les moyens de la transition écologique.
5 AVRIL. Paquet « émissions et polluants » :
- Révision de la directive sur les émissions industrielles et mise à jour du registre européen des rejets et des transferts de polluants [E-PRTR].
- Révision de la réglementation européenne sur les gaz à effet de serre fluorés.
- Règlement sur les substances qui détériorent la couche d’ozone.
- Élaboration de normes d’émission post-Euro 6/VI pour les voitures, les camionnettes, les camions et les bus.
3 MAI. Partenariats internationaux et paquet énergie :
- Nouvelle stratégie sur l’engagement énergétique international.
- Communication conjointe sur un partenariat avec le Golfe.
25—27 MAI. Réunion des ministres du Climat et de l’Énergie du G7.
7 JUIN. Communication conjointe sur la gouvernance internationale des océans.
27 JUIN. Conseil « Energie ».
28 JUIN. Conseil « Environnement ».
20 JUILLET. Paquet économie circulaire 2 :
- Cadre politique pour les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables.
- Révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pour renforcer les exigences essentielles en matière d’emballages et établir des mesures et des objectifs de prévention des déchets d’emballages au niveau de l’UE.
- Révision de la directive sur le traitement des eaux urbaines résiduaires.