Le Green Brief : quatre années révolutionnaires pour la politique climatique européenne
Alors que l’UE détourne lentement son attention du maelstrom de l’élaboration de mesures politiques pour se concentrer sur les élections à venir, il semble que le moment soit bien choisi pour réfléchir à l’ampleur des progrès réalisés dans le cadre du Pacte vert, écrit Kira Taylor.
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Alors que l’UE détourne lentement son attention des législations pour se trouver vers ses législatives, il semble que le moment se prête à la réflexion sur l’ampleur des progrès depuis le lancement du Green deal.
Depuis la publication du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) en décembre 2019, l’UE a mis le pied au plancher d’une voiture électrique concernant ses lois énergétiques, climatiques et environnementales.
Le Pacte vert a non seulement défini de nouveaux objectifs climatiques plus ambitieux, mais a décliné le cadre politique pour les atteindre.
Fait remarquable : la plupart de ces objectifs ont été atteints malgré de forts vents contraires, comme une pandémie et une guerre à nos frontières.
Pourtant, ces crises mondiales imprévisibles n’ont pas réussi à faire sombrer le Pacte vert et l’ont même porté vers de nouveaux sommets, incitant l’UE à multiplier par deux ses objectifs climatiques, à laisser tomber progressivement son addiction aux combustibles fossiles russes et à accélérer sa transition vers les énergies propres.
L’état de crise permanente dans lequel se trouve le monde est devenu le creuset du Pacte vert, créant un environnement hostile, qui a permis d’affiner la législation plus rapidement que ce qui était originellement envisageable. Au lieu de réduire les ambitions, cette situation a mis en lumière la nécessité de la souveraineté énergétique et de la lutte contre la crise climatique.
On le constate dans tous les domaines, qu’il s’agisse de renforcer les objectifs en matière de sources d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique ou de revoir à la hausse l’ambition de l’UE (du moins de manière informelle), à savoir une réduction de 57 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030.
La vitesse à laquelle l’UE a travaillé est impressionnante. En trois années de couverture des politiques énergétiques et environnementales européenne, j’ai assisté à la création de la loi européenne sur le climat, au paquet climatique « Ajustement à l’objectif 55 » proposé et en grande partie approuvé, et à la survie de l’Europe face à une crise énergétique déclenchée par la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine.
Au péril de mes nuits, combien de messages ai-je reçus à des heures sans vie concernant un accord avait été trouvé sur la première taxe sur les émissions de carbone au monde sur la lutte contre la déforestation dans l’Union européenne et au-delà.
L’UE connait aussi des difficultés. En témoignent mes premiers articles pour Euractiv, en octobre 2020, qui étaient portés sur les difficultés du développement d’une industrie éolienne européenne dont les démons à nouveau se réveillent cette année.
Des problèmes soulevés dans cet article, je pourrais, aujourd’hui encore, n’en retirer aucun.
D’autres interrogations reviennent sans cesse, comme la place du nucléaire dans la transition verte : taxonomie de l’UE pour les investissements durables, directive sur les énergies renouvelables, règlement pour une industrie « zéro net », etc. La liste est longue.
À l’international, la question du financement de l’action climatique n’est pas près d’être résolue, puisque la communauté mondiale n’a pas atteint sa promesse de financement de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 et que des discussions sont en cours sur un objectif pour la période postérieure à 2025.
Avec du recul, force est de constater que les politiques énergétiques et climatiques ont largement devancé les politiques environnementales, les lois relatives à ces dernières étant retardées, empêtrées dans des problématiques politiques plus vastes.
Pour n’en citer que deux, la loi sur la restauration de la nature et le règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages ont été à maintes reprises victimes de bouleversements politiques.
Des lois énergétiques et climatiques ont également été affectées. Des textes tels que la directive sur la performance énergétique des bâtiments ont été mis à mal et certaines lois auraient pu être plus ambitieuses, les accords finaux prévoyant souvent des objectifs inférieurs à ceux qui avaient été proposés initialement.
Pourtant, malgré toutes les critiques que l’on peut adresser au Pacte vert, il est difficile de nier que l’UE a véritablement changé de cap au cours des dernières années.
« Oui, bien sûr, nous aurions aimé que beaucoup d’autres choses [soient convenues au niveau de l’UE]. Mais dans les faits, la plupart des choses que nous avions l’intention de faire sont là. En outre, nous avons créé de nouveaux outils, de nouveaux instruments pour relever ensemble les défis », avait déclaré dans Euractiv la vice-présidente espagnole et ministre de l’Écologie, Teresa Ribera.
« Ce mandat est celui où nous avons dû faire face à une pandémie mondiale, à une guerre près de nos frontières — deux guerres près de nos frontières. Et je pense que l’Europe s’en est sortie rapidement, en garantissant efficacité, unanimité, mesures consensuelles, flexibilité et solidarité entre les États membres. Je pense que le type de réponses que nous avons pu mettre en place est assez impressionnant », avait-elle complété.
L’avenir nous dira si tout cela est suffisamment ambitieux ou rapide. Pour s’assurer que les objectifs ne seront pas manqués, l’Europe doit garder le pied sur l’accélérateur, en particulier lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre la législation convenue et de fixer de nouveaux objectifs climatiques intermédiaires d’ici à 2040.
Alors que le monde se réchauffe et que la sécurité énergétique de l’Europe reste incertaine, il est d’autant plus important de continuer à aller de l’avant. De ce constat, à Euractiv et au Pacte vert, je souhaite dire « bonne chance et bon courage » — nous en aurons besoin.
– Kira Taylor
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- EU’s 35 bcm target for biomethane ‘unrealistic’, campaigners say (en anglais) — Frédéric Simon
- L’Allemagne cherche à combler le trou de 60 milliards d’euros dans son budget 2023 — Jonathan Packroff
- Les armateurs contestent l’inclusion des carburants « verts » dans les calculs d’émissions de CO2 des poids lourds — Sean Goulding Carroll
- Le Parlement européen adopte sa position sur la réduction des émissions de CO2 des camions et des bus — Sean Goulding Carroll
- Brussels readies ‘trade instruments’ to protect EU’s struggling wind industry (en anglais — Nikolaus J. Kurmayer
- Environnement : l’écocide ajouté à la liste des infractions pénales de l’UE – Nikolaus J. Kurmayer
- L’UE trouve un accord sur de nouvelles règles pour lutter contre la manipulation du marché de l’électricité — Frédéric Simon
- Cleantech divide looms in Europe (en anglais) — Ciarán Humphreys
- Draining Putin’s war chest (en anglais) — Andrii Zhupanyn et Anton Hofreiter
- For a real ban on electricity disconnections (en anglais) — Sarah Coupechoux et autres
- The Western Balkans’ crucial role in climate neutrality (en anglais) — Gwendoline Delbos-Corfield et Viola von Cramon-Taubadel.
- Will EU’s buildings directive bring benefits for low-income households? (en anglais) — Louise Sunderland
Agenda
- 22 NOVEMBRE. Vote du Parlement sur le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages
- 29 NOVEMBRE. Propositions de la Commission :
- Paquet mobilité des passagers : Communications sur l’espace européen commun de données sur la mobilité, révision des voyages à forfait, révision du cadre des droits des passagers.
- Plan d’action pour faciliter le déploiement des réseaux
- 30 NOVEMBRE-12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28), Dubaï.
- 6 DÉCEMBRE. Protection des animaux en cours de transport.
- 7 DÉCEMBRE. Trilogue final sur la directive sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB).
- 11 DÉCEMBRE. Vote en plénière du Parlement sur les petits réacteurs modulaires (PRM)
- 14-15 DÉCEMBRE. Conseil européen.
- 18 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement ».
- 19 DÉCEMBRE. Conseil « Energie ».
- Q1 2024 (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Communication sur les technologies de stockage du carbone.
- Communication sur l’objectif climatique 2040.
- Communication sur la résilience de l’eau.
- Communication sur les matériaux avancés pour la primauté industrielle
- 15 JANVIER. Vote en plénière du Parlement :
- Banque européenne de l’hydrogène
- Énergie géothermique
- MARS 2024. Vote du Parlement en séance plénière :
- Directive sur les déchets
- Directive sur les « allégations vertes », protection des consommateurs contre l’écoblanchiment
- 22-25 AVRIL. Dernière session plénière du Parlement européen avant les élections européennes.
- PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
- 6-9 JUIN. Élections européennes.
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[Édité par Paul Messad]