Le lobby européen du vin remonté contre les propos de la Commission sur l'intérêt du secteur

Les représentants européens du vin appellent les États membres et les eurodéputés à prendre leur défense après une étude de la Commission européenne minorant les conséquences de la chute de production de vin en Europe en cas de réduction des produits phytosanitaires.

Euractiv France
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Une étude de 2021 prévoit une réduction de la productivité de la viticulture pouvant atteindre 28 % en France -  -20 % en Italie et  -15 % en Espagne. [Radiokafka / Shutterstock]

Les représentants européens du vin appellent les États membres et les eurodéputés à prendre leur défense après une étude de la Commission européenne minorant les conséquences de la chute de production en Europe en cas de réduction des produits phytosanitaires.

En décembre dernier, les ministres de l’Agriculture ont demandé une étude d’impact complémentaire au sujet de la proposition de règlement européen encadrant l’usage durable des produits phytopharmaceutiques (SUR).

Ce règlement, en cours de négociation, agite le monde de l’agriculture depuis plusieurs mois. Il vise à imposer des mesures contraignantes aux États pour réduire de 50% l’usage et les risques liés aux produits phytosanitaires d’ici à 2030, et réduire de 50% l’usage des produits les plus dangereux, comme le prévoit la stratégie européenne « De la ferme à la table » (Pacte vert pour l’Europe).

« Intérêt limité » pour la sécurité alimentaire

Dans cette étude complémentaire publiée le 5 juillet, la Commission européenne montre que la réalisation des objectifs de réduction des pesticides « entraînerait des pertes de rendement » pour certaines cultures, comme le raisin, « alors que pour d’autres cultures, aucun effet sur le rendement n’a été constaté ».

Cette projection se base notamment sur une publication hollandaise de 2021 qui montre que cette baisse de productivité pourrait atteindre 28 % en France, -20 % en Italie et -15 % en Espagne.

« Les impacts les plus importants sur les rendements ont été estimés pour des cultures qui ont un intérêt limité pour la sécurité alimentaire, l’alimentation humaine et animale, telles que le raisin, le houblon et les tomates », souligne l’exécutif européen dans ses conclusions.

« Intérêt limité » : les lobbies européens du vin n’ont pas apprécié que la Commission minore le rôle du secteur. Ils dénoncent une attitude « inacceptable » de l’institution vis-à-vis de leur filière.

« Ce secteur à forte valeur ajoutée est vital pour de nombreuses régions rurales européennes, a généré des millions d’emplois et contribue de manière significative à l’équilibre commercial de l’UE », soulignent les représentants d’entreprises et opérateurs italiens, espagnols et français dans un communiqué commun.

Ces derniers insistent sur la contribution « économique, sociale et culturelle » dans de nombreuses régions de l’UE, lesquelles représentent 45 % de la surface viticole mondiale.

Le numéro deux de la FNSEA et viticulteur Jérôme Despey a également dénoncé cette « remise en cause » de la viticulture par Bruxelles. « Le vin est un produit économique et culturel majeur pour l’Europe, défendons-le », s’est-il exprimé sur Twitter.

Cette annonce arrive à un moment difficile pour le secteur, qui voit la demande et les prix chuter. Selon les chiffres de la Commission européenne, la baisse de la consommation de vin est estimée cette année à 7% en Italie, 10 % en Espagne, 15 % en France, 22 % en Allemagne et même 34 % au Portugal.

Position claire des États et des eurodéputés

La Commission précise toutefois que les études prévoyant une baisse des rendements restent « pessimistes », et « que les diverses rétroactions écologiques positives consécutives à la réduction [des pesticides] ont été ignorées ».

Elle ajoute que l’évaluation n’a pas pris en compte les progrès technologiques potentiels jusqu’en 2030, qui pourrait, avec la lutte intégrée contre les ravageurs, limiter les risques de perte de production.

« Les opérateurs et entreprises du vin sont engagés depuis longtemps dans la transition écologique et persistent à l’être », insistent les représentants du vin.

Avant de conclure : « Nous appelons donc les États membres et les députés européens à prendre une position claire sur cette question […] Notre secteur demande un soutien pour poursuivre les actions de transition écologique avec des réglementations réalistes et un calendrier opérationnel, qui permet la mise en œuvre de solutions alternatives efficaces existantes et à venir ».

Le vote du règlement européen encadrant l’usage durable des produits phytopharmaceutiques (SUR) est prévu cet automne en plénière au Parlement européen.