Le Parlement européen adopte un rapport sur les maladies non transmissibles

Le Parlement européen a approuvé un rapport relatif aux maladies non transmissibles et le fardeau qu’elles représentent pour la société mettant l’accent sur la prévention et sur une approche controversée en matière de consommation d’alcool.

Euractiv.com
EP-161043C_Plenary_13_votes
Le rapport approuvé montre que les maladies non transmissibles représentent un lourd fardeau sanitaire et financier, coûtant aux économies de l’UE plus de 100 milliards d’euros par an. [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/photo/ep-plenary-session-voting-session_20231213_EP-161043C_STP_PST_056" target="_blank" rel="noopener">Philippe STIRNWEISS/European Union</a>]

Le Parlement européen a approuvé mercredi (13 décembre) un rapport relatif aux maladies non transmissibles et le fardeau qu’elles représentent pour la société mettant l’accent sur la prévention et sur une approche controversée en matière de consommation d’alcool.

Les maladies non transmissibles — comme les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète ou encore les maladies respiratoires chroniques — représentent 90 % des décès dans l’UE et 70 % des décès prématurés en Europe.

« Nous devons prendre des mesures pour prévenir les décès prématurés, améliorer la qualité de vie des citoyens et garantir la compétitivité de l’UE », a déclaré Erik Poulsen, eurodéputé libéral danois et rapporteur du dossier, dans un communiqué de presse après le vote qui a donné le feu vert au dossier avec 578 voix pour, 39 contre et 15 abstentions.

Il a ajouté que les maladies non transmissibles représentent désormais un défi important pour les systèmes de santé européens et le marché du travail en raison de la perte de productivité qui peut conduire à une pénurie accrue de main-d’œuvre.

Depuis le début des discussions, les législateurs européens se sont concentrés sur l’amélioration des stratégies de prévention et sur les avantages qui en découleraient pour les systèmes de santé.

Le rapport approuvé montre également que les maladies non transmissibles représentent un lourd fardeau sanitaire et financier, coûtant aux économies de l’UE plus de 100 milliards d’euros par an.

Les eurodéputés soulignent que malgré les preuves des avantages de la prévention, la moyenne de l’UE pour l’investissement dans les soins préventifs s’élevait à 2,8 % des dépenses totales de santé en 2018.

Importance de la prévention et du diagnostic précoce

Le Parlement invite les États membres à augmenter le nombre de diagnostics de maladies non transmissible (MNT) en introduisant des contrôles de santé ciblés pour les personnes à haut risque au niveau des soins de santé primaires, en améliorant l’accès aux soins de santé publics ainsi que la gestion et le traitement des maladies.

Le texte « invite également les États membres à collaborer, en particulier dans les régions transfrontalières et les zones isolées, afin de réduire les inégalités sociales et géographiques dans les services de diagnostic précoce des maladies non transmissibles » et encourage les gouvernements nationaux à fournir des informations régulières sur les risques pour le public et sur la nécessité d’effectuer des contrôles et des examens réguliers.

Afin d’identifier les personnes à haut risque, les législateurs de l’UE ont inclus dans toutes leurs discussions les facteurs de risque qui contribuent aux maladies non transmissibles et qui doivent être surveillés pour contribuer à la prévention et au diagnostic précoce.

L’Union européenne s’aligne sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui affirme qu’« un moyen important de lutter contre les maladies non transmissibles consiste à se concentrer sur la réduction des facteurs de risque associés à ces maladies ».

L’OMS identifie les principales causes des maladies non transmissibles comme « plusieurs facteurs de risque comportementaux communs » tels que le tabagisme, la consommation d’alcool, une mauvaise alimentation et un manque d’activité physique. Ces facteurs entraînent à leur tour des « facteurs de risque biologique communs » tels que l’hypertension artérielle, l’hyperglycémie, l’hypercholestérolémie, le surpoids et l’obésité.

Controverse sur l’alcool

Bien que les législateurs du Parlement européen se soient accordés sur l’importance de ces facteurs, la principale controverse portait sur la terminologie utilisée dans le rapport en ce qui concerne la consommation d’alcool.

Si l’inclusion de l’alcool dans le rapport ne fait aucun doute, la question concerne la terminologie à utiliser, et le débat porte sur la possibilité de qualifier de « nocif » (harmful en anglais) un certain seuil de consommation d’alcool.

Ce débat a amené l’OMS à publier une déclaration sans précédent et à envoyer une lettre aux membres de la commission de la santé publique du Parlement pour les mettre en garde contre les risques que comporterait un assouplissement de l’approche.

« La terminologie sur la “consommation modérée et responsable d’alcool” ou la “consommation nocive d’alcool” est scientifiquement inexacte et inquiétante dans le contexte de la prévention du cancer », peut-on lire dans la lettre de l’OMS.

L’OMS déclare qu’« aucun niveau de consommation d’alcool n’est sans danger pour la santé humaine ».

La première série d’amendements mentionnait la consommation d’alcool sans l’accompagner d’une étiquette, mais la formulation a été modifiée dans la dernière version du texte.

« Je crois vraiment que bien que nous soyons ici en politique, nous devons également prendre nos décisions sur la base des meilleures données disponibles », a indiqué Sara Cerdas, eurodéputée socialiste portugaise, à Euractiv après le vote au cours duquel elle s’est abstenue.

Elle a expliqué que même si le rapport sur les maladies non transmissibles était globalement bon, le débat s’était finalement limité à une question de vocabulaire.

« Nous ne parlions pas d’interdire quoi que ce soit ou de faire une seule recommandation. Nous ne parlions que de terminologie et même la terminologie scientifique correcte n’est pas passée », a-t-elle regretté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]