Le Parlement européen refuse de s’immiscer dans le débat sur les « violences policières » en France
Les délégations de la gauche française au Parlement européen ont souhaité ouvrir un débat sur les « violences policières » et la « répression » des manifestations en France, mais sans succès, les eurodéputés refusant d’aborder des enjeux purement nationaux.
Les délégations de la gauche française au Parlement européen ont souhaité ouvrir un débat sur les « violences policières » et la « répression » des manifestations en France, mais sans succès, les eurodéputés refusant d’aborder des enjeux purement nationaux.
Lors d’un vote mercredi (29 mars), les eurodéputés ont rejeté l’inscription à l’ordre du jour d’une résolution déposée par les trois délégations de la gauche française représentées au Parlement européen (Parti socialiste, Europe Ecologie les Verts, La France insoumise), qui visait à « condamner les atteintes, graves et nombreuses, au droit de manifester » en France.
La résolution souhaitait aussi appeler « solennellement […] la France à respecter le droit à manifester et l’état de droit », considérant qu’un « usage disproportionné de la force » et des « pratiques de répressions dangereuses » auraient eu lieu dans le cadre du maintien de l’ordre lors des manifestations contre les réformes des retraites.
Dans le cadre des manifestations contre la réforme des retraites, portée par le président Emmanuel Macron et le gouvernement d’Elisabeth Borne, plusieurs incidents ont eu lieu du fait de la police, blessant des manifestants. Manon Aubry (La France insoumise, affiliée au groupe The Left-La Gauche), qui défendait le texte pour la gauche, les énumère : un « pouce arraché », un « cheminot éborgné », une femme « violée pendant une fouille ».
Deux militants écologistes sont dans le coma, rappelle l’élue, après avoir été touchés par des grenades de désencerclement lancées par les forces de l’ordre lors d’une manifestation interdite, à Sainte-Soline, contre un projet de mégabassines.
Ces « violences policières » sont un « spectacle terrible », selon l’eurodéputée La France insoumise, et des « pratiques inacceptables au sein de l’Union européenne ».
Ainsi, au Parlement européen, qui se prononçait pour décider de mettre le texte à l’ordre du jour ou pas, les autres groupes ont refusé que l’institution ne s’immisce dans le débat français relatif au maintien de l’ordre. Pour le groupe conservateur PPE, François-Xavier Bellamy (Les Républicains) a indiqué que « notre parlement n’a pas à se substituer à la justice », rappelant que les forces de l’ordre sont « plus de 800 à avoir été blessées gravement » dans les dernières semaines et que « tout policier qui faute doit être sanctionné ».
Pour l’eurodéputé belge Guy Verhofstadt (Renew), une telle résolution devrait être « débattue à l’Assemblée nationale de la France ». Avant d’ajouter, sur le fond du texte, que « s’il y a des ripostes policières exagérées », il faut « les dénoncer et les condamner ».
Or, « ça reste naturellement des ripostes, une réaction à d’autres violences […] parfois encouragées par des partis politiques », a-t-il lancé en s’adressant à l’élue LFI Manon Aubry, en dénonçant ceux qui affirment « que le plus important c’est la censure populaire, pas la majorité parlementaire ». Il a d’ailleurs reproché à Mme Aubry de ne pas avoir condamné les violences commises par des manifestants et les menaces et intimidations faites à l’égard de parlementaires français favorables à la réforme.
Quelques minutes plus tard, le chef de la droite européenne s’est désolé de ce type de demandes de débat : « le Parlement européen ne peut pas continuer comme ça, nous devons nous concentrer sur les questions européennes », a-t-il déclaré, en s’en appelant aux déclarations des présidents du groupe socialiste, Iratxe García, et du groupe Renew, Stéphane Séjourné, qui dans les semaines passées ont plusieurs fois exprimé le même souhait.