Le Parlement souhaite concilier gestion économique et écologique des forêts
Les parlementaires européens se sont entendus mardi (13 septembre) sur une gestion durable des forêts de l'UE qui tienne compte des aspects à la fois économiques, sociaux et environnementaux.
Les parlementaires européens se sont entendus mardi (13 septembre) sur une gestion durable des forêts de l’UE qui tienne compte des aspects à la fois économiques, sociaux et environnementaux.
Avec le règlement sur la déforestation, la nouvelle stratégie forestière de l’UE pour 2030 était très attendue dans l’hémicycle, alors que 800 000 hectares ont brûlé cet été, et que les forêts – 43 % du territoire de l’Union – dépérissent dans de nombreux pays (à cause de la sécheresse, des insectes ravageurs).
« Les forêts sont essentielles pour fournir à la fois des services écosystémiques et des emplois dans l’UE. Seule une gestion active durable et dynamique des forêts permettra leur résilience et leur adaptation réussie au changement climatique », souligne le rapport d’initiative adopté en plénière du Parlement européen, par 417 voix contre 144 et 67 abstentions.
En juillet 2021, la Commission européenne avait dévoilé la nouvelle stratégie forestière de l’UE pour 2030, visant à restaurer les forêts contre le dépérissement, les pressions liées aux activités humaines et à augmenter leur résilience face au réchauffement climatique.
Elle suggérait des mesures réglementaires, financières et volontaires, avec une feuille de route pour planter trois milliards d’arbres supplémentaires d’ici 2030 dans l’UE.
L’ambition étant de répondre aux objectifs du Pacte vert européen et la stratégie de l’UE sur la biodiversité, qui prévoient une réduction des émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici à 2030 et la neutralité climatique en 2050.
Mais le texte avait suscité de vifs débats chez les acteurs publics et privés de la filière bois (20 % des entreprises manufacturières de l’UE). Le 15 novembre dernier, les ministres de l’Agriculture des 27 avaient adopté le projet, tout en reprochant à la Commission d’ignorer le rôle « multifonctionnel des forêts, réduites à des considérations environnementales ».
Les ministres avaient également demandé d’associer dans la stratégie les propriétaires, les gestionnaires de forêts, et les Etats selon le principe de subsidiarité. La gestion reste en effet une compétence des pays membres.
Multifonctionnalité, décentralisation
Tenant compte de ces critiques, le rapport d’initiative, qui vient d’être voté par le Parlement, souhaite prendre en compte les aspects environnementaux mais également sociaux et économiques.
Le texte rappelle que les forêts peuvent fournir des services écosystémiques, mais aussi des emplois. Or, les effets des mesures environnementales de la Commission sur ces derniers « n’ont pas encore été suffisamment évalués », selon le rapport.
« Les forêts sont multifonctionnelles, et nous devons faire en sorte de respecter toutes ces fonctions, explique la rapporteur Ulrike Müller (Renew) dans l’hémicycle strasbourgeois. Nous devons donc avoir une gestion équilibrée, responsable. »
Des efforts de décentralisation ont également été demandés. Mme Müller et les parlementaires ont rappelé la diversité des forêts européennes, des conditions climatiques, des modèles de propriété et des formes de gouvernances impliquant des gestions différenciées aux niveaux national, régional et local.
De plus, les propriétaires forestiers occupent une place centrale dans la nouvelle stratégie : « il faut s’appuyer sur l’expérience locale pour gérer au mieux les forêts, nous devons avoir approche du bas vers le haut, en coopération avec les propriétaires » précise la rapporteur. Et en particulier les « petits exploitants » qui représentent une majorité des 16 millions de propriétaires de l’UE.
« Des programmes de soutien, des systèmes de paiement volontaire pour les services écosystémiques et des fonds de recherche », doivent être mis à dispositions des petits exploitants en particulier, précise le Parlement.
Enfin, les parlementaires européens demandent à la Commission de mettre en place un système de surveillance des forêts coordonné, de collecte de données et de transmission de rapports pour les Etats membres afin d’élaborer leurs plans stratégiques pour les forêts et le secteur forestier.
Ingérence et financement
Lors des prises de parole des députés, certains comme Anne Sander (PPE) ont réaffirmé l’importance de cette multifonctionnalité : « soyons ambitieux pour notre planète et pragmatiques d’un point de vue économique », insiste-t-elle, en prenant l’exemple de sa région, le Grand-Est, dont la filière bois et forêt représente 55 000 emplois.
Pour les députés conservateurs, comme l’Espagnole Mazaly Aguilar (CRE), la stratégie ne tient pas suffisamment compte des « aspects socio-économiques », « le rôle des forêts étant réduit aux seules considérations écologiques ».
Le rapport est pourtant salué par la Confédération européenne des propriétaires forestiers (CEPF), qui regroupe les associations de producteurs des pays de l’UE. « Contrairement à la proposition de la Commission », celui-ci « adopte une approche équilibrée de la gestion durable des forêts », annonce-t-elle dans son communiqué.
La gauche et les verts dénoncent, eux, une gestion trop orientée vers l’exploitation.
« Le lobbying du secteur forestier et des États membres nordiques a fait disparaître les propositions de gestion forestière proche de la nature et respectueuse de la biodiversité », réagit sur son compte Twitter l’Allemand Thomas Waitz (Verts/ALE).
L’autre critique de fond repose sur l’ingérence de l’UE dans la gestion nationale des forêts. Pour le député Gilles Lebreton (ID), « la Commission essaye d’introduire une stratégie unique, elle ne prend pas en compte les différences entre les forêts », rappelant que les traités européens imposent aux Etats « des mesures qui doivent être proportionnées et limitées ».
« Cette immixtion a vocation à être financée en prélevant dans le budget de la PAC [politique agricole commune]. Je m’y oppose, les agriculteurs n’ont pas besoin qu’on aggrave leur situation en réduisant le budget qui leur est dédié », note-t-il.
En effet, le rapport indique que « la PAC et le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) constituent les principales sources de soutien aux mesures forestières », ces deux leviers représentant 90 % de l’ensemble du financement de l’Union en faveur du secteur forestier.
Après un an de travail, et 526 amendements, Ulrike Müller estime que la collaboration avec le Parlement sur ce rapport a été « particulièrement constructive ». L’objectif initial était d’intégrer à la stratégie les quatre piliers que sont la multifonctionnalité des forêts, la durabilité de la gestion, l’autonomisation des propriétaires et la prise en compte des conditions locales.
À la Commission et aux Etats membres de prendre maintenant le relais. Ils « doivent donner aux forestiers et aux propriétaires forestiers les moyens de mettre en œuvre ces quatre points dans leur travail économique et écologique », conclut la rapporteur.