Le plan de relance allemand semble plus vert qu'il ne l'est, selon ses détracteurs
Le plan national de relance et de résilience de l'Allemagne a reçu le feu vert de la Commission européenne mardi (22 juin).
L’Allemagne a été félicitée pour son soutien aux critères de dépenses écologiques dans le cadre du plan de relance pour l’Europe à hauteur de 750 milliards d’euros, mais ses détracteurs estiment aujourd’hui que le programme national de relance de Berlin pourrait sembler plus écologique qu’il ne l’est.
La puissance économique de l’UE a été l’une des premières à insister sur un objectif de dépenses vertes dans le cadre du mécanisme de relance et de résilience de l’UE, 37 % de ce fonds de plusieurs milliards étant réservés à des initiatives respectueuses du climat.
« Le Pacte vert pour l’Europe doit être au cœur de nos efforts pour rétablir une économie européenne résiliente », a déclaré la ministre allemande de l’environnement, Svenja Schulze, lors de l’adoption du paquet en juillet 2020.
Le plan national de relance et de résilience de l’Allemagne a reçu le feu vert de la Commission européenne mardi (22 juin), une condition préalable pour accéder à sa part des prêts et des subventions qui seront distribués à tous les pays de l’UE dans le cadre du plan de 750 milliards d’euros.
« L’évaluation du plan de l’Allemagne par la Commission constate qu’il consacre au moins 42 % de sa dotation totale à des mesures soutenant les objectifs climatiques », a indiqué l’exécutif européen dans un communiqué approuvant officiellement le plan allemand.
« Le plan comprend des mesures visant à décarboner l’industrie, avec un accent particulier sur l’hydrogène renouvelable, des investissements dans la mobilité durable et la rénovation des bâtiments résidentiels pour améliorer leur efficacité énergétique », a ajouté l’exécutif européen.
Mais si Berlin se focalise effectivement sur la transition verte et numérique, les critiques affirment que la plupart des initiatives vertes qui y figurent sont en fait empruntées au propre plan de relance de l’Allemagne, financé par son budget national.
« Le plan est à 80 % issu du plan de relance financé par le budget national. Dans ce plan national plus vaste, seuls 21 % sont consacrés à la protection du climat », a déclaré Sven Giegold, législateur allemand du parti des Verts au Parlement européen.
« Les mesures les plus intéressantes ont été recyclées dans le plan européen », a-t-il fait savoir à EURACTIV.
Pendant ce temps, les mesures jugées incompatibles avec les règles de dépenses vertes de l’UE ont simplement été transférées dans le plan de relance financé par le budget fédéral allemand, a déclaré Michaela Holl d’Agora Energiewende, un groupe de réflexion.
L’Allemagne est loin d’être la seule coupable. Plus généralement, les défenseurs de l’environnement s’inquiètent du fait que très peu de plans de relance des 27 États membres de l’UE respectent l’objectif de 37 % de dépenses écologiques.
Dans son ensemble, le plan de relance allemand a une portée plutôt limitée, se concentrant principalement sur l’hydrogène et la numérisation. Plus de 3 milliards d’euros sont consacrés à la décarbonation, avec un accent sur l’hydrogène vert.
Toutefois, Mme Holl souligne qu’aucun des deux plans allemands ne prévoit une augmentation de la production d’énergie renouvelable pour produire de l’hydrogène vert.
« Il y a un risque que les capacités d’énergies renouvelables déjà rares soient simplement retirées de l’électrification d’autres secteurs », déclare-elle. « L’Allemagne ne contribue pas non plus du tout à l’ambition déclarée de disposer de 200 GW de capacités supplémentaires d’énergie renouvelable d’ici à 2030 », a-t-elle ajouté.
La prime à la casse ?
Le gouvernement allemand réfute ces accusations et renvoie à un rapport du PNUE qui fait l’éloge des plans de relance allemands. L’Allemagne a également reçu des éloges pour le montant global de l’argent mis à disposition pour les investissements respectueux du climat, a renchéri un porte-parole du ministère de l’Environnement à EURACTIV.
Cependant, les détracteurs du plan de relance allemand s’inquiètent également du fait que plus d’un milliard d’euros de fonds européens et nationaux sont destinés à soutenir l’achat de véhicules hybrides. Cette mesure est considérée comme une faveur pour les constructeurs automobiles allemands, qui ont longtemps fait pression pour des programmes de « prime à la casse » afin de renouveler le parc automobile du pays.
Selon M. Giegold, le fait de consacrer les fonds européens destinés à la lutte contre le changement climatique à des véhicules hybrides est un exemple clair d’écoblanchiment, car des études ont montré que les véhicules hybrides avaient un impact sur le climat aussi important que les moteurs à combustion les plus efficaces.
Des municipalités lésées
Les Verts ne sont pas les seuls à se plaindre. Les municipalités allemandes se sont également déclarées « très préoccupées par le haut degré de centralisation et le manque d’implication des autorités locales et régionales par les gouvernements nationaux dans le mécanisme de relance et de résilience », a déclaré Michael Schmitz du Conseil européen des municipalités et des régions.
Les municipalités avaient initialement été informées qu’elles seraient impliquées dans la mise en œuvre des fonds de l’UE, mais elles ne recevront finalement que 57 millions d’euros, destinés à la recherche sur les expériences de logements économes en énergie.
M. Schmitz souligne que cela pourrait limiter l’efficacité des fonds, car ils pourraient ne pas être en mesure de traiter les problèmes aux niveaux régional et local en raison du manque d’implication des autorités compétentes.