Le problème du logement en Espagne utilisé comme outil politique avant les élections

Lors de la précampagne pour les prochaines élections régionales, les deux principaux partis espagnols, le PSOE (S&D) de centre gauche et le Parti populaire (PP/PPE) de centre droit, se sont livrés à une « enchère politique » afin d'attirer les jeunes électeurs.

EFE avec EURACTIV.com
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Dans les grandes villes comme Madrid ou Barcelone, de nombreux propriétaires peuvent demander des loyers mensuels allant jusqu’à 1 000 euros (ou plus) pour de petits studios ou de minuscules appartements. [[Shutterstock/aerophoto]]

Lors de la précampagne pour les prochaines élections régionales, les deux principaux partis espagnols, le PSOE (S&D) de centre gauche et le Parti populaire (PP/PPE) de centre droit, se sont livrés à une « enchère politique » afin d’attirer les jeunes électeurs.

Le premier à s’emparer du thème  la semaine dernière a été le Premier ministre Pedro Sánchez, qui a annoncé l’approbation par le Conseil des ministres d’une nouvelle loi sur le logement, dont l’objectif principal est d’aider les jeunes au pouvoir d’achat plus faible à louer ou à acheter un logement à des prix abordables.

Selon les termes de M. Sánchez, l’objectif est de faire du logement — un « énorme problème » (« un problemón ») pour les jeunes — un véritable droit constitutionnel et non un simple produit de marché destiné à favoriser les grands propriétaires.

Le logement en Espagne est en effet un « problemón » : dans les grandes villes comme Madrid ou Barcelone, de nombreux propriétaires peuvent demander des loyers mensuels allant jusqu’à 1 000 euros (ou plus) pour de petits studios ou de minuscules appartements. En outre, en raison de l’augmentation du taux Euribor (qui fixe les intérêts sur les dettes hypothécaires), un grand nombre de jeunes célibataires ou de couples ne peuvent pas accéder facilement aux prêts bancaires pour acheter une maison.

Ainsi, ils consacrent plus de 30 % de leur salaire au loyer, ce qui est bien supérieur à la « limite d’endettement sûre » recommandée par de nombreux experts.

La situation est dramatique pour beaucoup : l’âge d’émancipation actuel en Espagne, 29,9 ans, est de trois ans supérieur à la moyenne de l’UE, et les perspectives sont sombres car le pourcentage de personnes de moins de 30 ans vivant avec leurs parents atteindra 47,5 % d’ici 2030, selon un rapport récent de l’ONG Ayuda en Acción.

Les chiffres du chômage des jeunes en Espagne ne sont pas non plus très réjouissants : le pays ibérique détient le triste record du taux de chômage des jeunes le plus élevé, à savoir 29,3 %, selon les données Eurostat de 2022. L’Espagne est également le pays de l’OCDE où le taux de chômage global est le plus élevé : 12,8 % (contre une moyenne européenne de 6 %).

Le deuxième round de cette « bataille du logement » ou « vente aux enchères » est venu du président du PP, Alberto Núñez Feijóo, qui a critiqué mardi (18 avril) la nouvelle loi approuvée par le PSOE et son allié de coalition, Unidas Podemos (GUE/NGL), et a proposé à la place un « Pacte d’État » sur le logement, avec des mesures spécifiques pour favoriser l’émancipation des jeunes.

Jetant de l’huile sur le feu, la porte-parole du gouvernement, Isabel Rodríguez, a répondu qu’« il y a un fait indiscutable : les politiques du PP en matière de logement sont des politiques qui ont échoué ».

La contre-attaque du PSOE a été vigoureuse : mercredi, M. Sánchez a annoncé que l’exécutif progressiste espagnol financerait la construction de 43 000 nouveaux logements à louer à des prix abordables, qu’ils soient neufs ou rénovés, qui viendront s’ajouter aux 50 000 annoncés mardi.

Dans un discours devant le parlement, M. Sánchez a expliqué que ces nouveaux logements seraient financés par une nouvelle ligne d’aide publique de 4 milliards d’euros provenant des fonds de NextGenerationEU.

Toutes les initiatives visant à résoudre le problème sont les bienvenues, mais un observateur indépendant pourrait se demander si cette « vente aux enchères de logements » entre la gauche et la droite n’aurait pas pu avoir lieu bien plus tôt qu’un mois avant les élections régionales, le 28 mai, et seulement huit mois avant les élections générales prévues en décembre.