Le savoir-faire économique hongrois remis en question

Avec une cote de crédit proche d’un niveau de pacotille, une instabilité économique dans le pays et un forint déprécié, la Hongrie, qui prendra les rennes de la présidence de l’UE le 1er janvier, voit sa crédibilité remise en question.

Avec une cote de crédit proche d’un niveau de pacotille, une instabilité économique dans le pays et un forint déprécié, la Hongrie, qui prendra les rennes de la présidence de l’UE le 1er janvier, voit sa crédibilité remise en question.

Alors que le forint est en chute libre et que les banques centrales sont aux prises avec le gouvernement, les problèmes financiers de la Hongrie ne font que s’accentuer, jetant le doute sur la capacité du pays à mener un grand nombre de réformes économique dans l’UE.

Fitch, une agence de notation, a dégradé la note de la Hongrie, affirmant que les mesures visant à réduire le déficit du budget 2011, adoptées par le parlement jeudi (23 décembre), pourraient mener le pays vers une détérioration budgétaire ; ce qui pourrait donner lieu à un nouveau déclassement.

Pour ramener le budget dans les limites imposées par l’UE en 2011, le gouvernement compte sur des recettes ponctuelles peu orthodoxes. Par conséquent, les marchés craignent que le fossé budgétaire ne refasse surface en 2012 à moins que d’autres mesures à plus long terme ne soient adoptées.

Des doutes sur les perspectives hongroises
Les doutes sur les perspectives économiques hongroises proviennent à l’origine d’une décision du FMI de suspendre un prêt de 25,1 milliards de dollars après que le prêteur international et le gouvernement ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur la manière dont le déficit budgétaire du pays pourrait être réduit.

Les économistes de BNP Paribas ont à leur tour confirmé la déclaration des agences de notation Moody selon laquelle les chiffres du budget de la Hongrie ne disaient pas toute la vérité.

« Nous nous montrons prudents depuis longtemps face au profil à risque du pays et nous restons négatifs face aux actifs locaux et au forint en particulier », a déclaré un économiste de BNP Paribas.

La toile de fond politique et financière de la Hongrie n’est pas encourageante et les analystes affirment que les problèmes de dette du pays n’ont pas évolué mais qu’ils ont été éclipsés par ceux de la Grèce et de l’Irlande.

Alors que le pays célébrait la Saint Nicolas le 6 décembre, Moody abaissait d’un cran la note de la Hongrie et menaçaient de la rétrograder encore davantage. Pour aggraver encore la situation, le parti au pouvoir, Fidesz, est en conflit avec sa banque centrale sur la politique budgétaire, ce qui a pour conséquence une montée en flèche des taux d’intérêt.

« Le gouvernement de M. Orbán a dissimulé les problèmes du pays grâce à des rustines temporaires, mais ils refusent d’entamer des réformes significatives à long terme », explique Joe Litobarski, un blogueur européen connu sous le nom d’Euroglobin.

Les problèmes de la Hongrie avec sa banque centrale ne devraient pas se résoudre de si tôt dans la mesure où le parti Fidesz a demandé la démission du gouverneur de la banque, Andras Simor, après que ce dernier a accusé le gouvernement de chasser les investisseurs..

Un savoir-faire financier ?

Les analystes doutent également de la capacité du pays à interpréter et tenir compte des mouvements opérés sur les marchés financiers.

Eva Balogh, une universitaire hongroise de Yale, descend en flammes l’interprétation hongroise des inquiétudes sur le marché. « Ils pensent que les banques, via les marchés, font pression sur le gouvernement hongrois », a déclaré Mme Balogh lors d’une interview télévisée.

 « Je suppose que je n’ai pas besoin de préciser que cette théorie n’a pas de sens et qu’elle ne fait que montrer l’ignorance d’hommes comme M. Lázár sur le fonctionnement des marchés financiers internationaux », continue-t-elle.

En outre, les observateurs doutent aussi des connaissances des diplomates hongrois quant aux projets de proposition de l’UE visant à contrôler les problèmes de l’Union en termes de dette. « Si vous interrogez quiconque à la présidence sur la gouvernance économique, je doute qu’il sache de quoi vous parlez », a déclaré un commentateur européen en Hongrie qui a préféré rester dans l’anonymat.

Prendre les rennes de l’agenda économique européen ?

Toutefois, les diplomates hongrois ne sont pas du même avis. Alors qu’il énumérait une liste de politiques en matière de gouvernance économique lors d’une conversation téléphonique avec Euractiv, un diplomate a affirmé que la Hongrie serait aussi crédible que n’importe quel autre pays de l’UE.

Selon ce même diplomate, la Hongrie supervisera quatre réformes économiques clé au cours de son mandat : une modification du traité visant à légaliser le mécanisme de stabilité européen, un fonds de sauvetage permanent, la création du mécanisme de stabilité européen, six projets de politiques pour gérer la dette en UE et le semestre européen qui permettra à la Commission européenne de superviser les budgets nationaux.

En janvier, l’UE lancera également son premier « semestre » de surveillance budgétaire, dans le cadre duquel les pays réviseront les ébauches de budget des autres Etats avant qu’ils ne soient adoptés au niveau national.

Le diplomate a minimisé les craintes sur le fait que les perspectives économiques en Hongrie pourraient empirer au cours de la présidence. « La Hongrie peut se targuer d’être dans une des meilleurs situations budgétaires pour le moment », a-t-il affirmé en réaction aux prévisions moroses des économistes.

Le pays bénéficie actuellement du déficit budgétaire le moins élevé de l’UE (3,8%), mais souffre d’une dette publique qui s’élève à 80%.

Le diplomate a ajouté que le gouvernement Fidesz ne demanderait pas un second crédit au FMI.
Il a également réfuté les accusations selon lesquelles un pays qui ne ferait pas partie de la zone euro n’aurait pas suffisamment d’influence sur les nouveaux instruments et politiques qui affecteront principalement l’euro.

Le mécanisme de stabilité européen n’est destiné qu’à la zone euro, mais les 27 pays devront approuver la modification du traité afin que le système puisse entrer en vigueur.
« Pas d’accord sur le traité, pas de mécanisme de stabilité », a mis en garde le diplomate.

Il y aurait également des rumeurs selon lesquelles ce mécanisme ne se limiterait pas aux pays de la zone euro. Les pays qui n’utilisent pas la monnaie unique auraient été invités par Jean-Claude Juncker et par les ambassadeurs belges à se joindre aux discussions sur le mécanisme de sauvetage.