Le sort de Gibraltar est désormais entre les mains du Royaume-Uni, selon l’Espagne
La récente proposition d’une « zone de prospérité partagée » à Gibraltar, présentée par l’Espagne et la Commission européenne, doit maintenant être acceptée par le Royaume-Uni, a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares.
La récente proposition d’une « zone de prospérité partagée » à Gibraltar, présentée par l’Espagne et la Commission européenne, doit maintenant être acceptée par le Royaume-Uni, a déclaré lundi (15 mai) le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares.
Situé à l’extrémité sud de la péninsule ibérique, Gibraltar est un territoire britannique d’outre-mer revendiqué par l’Espagne. Les Britanniques se sont emparés de ce territoire stratégique au XVIIIe siècle et, malgré de nombreuses dissensions depuis lors, le parlement de Gibraltar a signé en 2000 une déclaration d’unité affirmant qu’il ne renoncerait jamais à son droit à l’autodétermination et que « Gibraltar appartient au peuple de Gibraltar et n’appartient ni à l’Espagne, ni à la Grande-Bretagne ».
Le statut de Gibraltar a fait l’objet d’une plus grande incertitude encore avec la sortie du Royaume-Uni de l’UE en 2021.
« Nous avons mis sur la table un accord global pour construire une zone de prospérité partagée entre Gibraltar et Campo de Gibraltar, en Espagne », a déclaré M. Manuel Albares (PSOE, groupe des Socialistes et Démocrates européens) à Cordoue, rapporte EFE, média partenaire d’EURACTIV.
« Pour qu’il y ait un accord, il faut non seulement la proposition espagnole mais aussi le feu vert du Royaume-Uni, donc la balle est dans le camp du Royaume-Uni », a indiqué M. Albares.
La proposition, envoyée à Londres par l’Espagne et la Commission européenne en novembre 2022, vise à établir un nouveau cadre juridique qui jette les bases d’une relation stable entre l’Espagne et l’Union européenne, d’une part, et le territoire de Gibraltar d’autre part, dans un monde post-Brexit.
Pour la Commission européenne et l’Espagne, Madrid doit prendre le contrôle des frontières extérieures de Gibraltar et exercer certaines fonctions pour la sécurité de l’espace Schengen.
Dans le même temps, il est nécessaire de garantir la libre circulation des marchandises entre l’UE et Gibraltar sans accroître les risques pour le marché intérieur de l’UE.
Lors d’un appel téléphonique le 4 mai, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (PSOE) et son homologue britannique, Rishi Sunak (Parti conservateur), se sont mis d’accord sur la nécessité de parvenir à un accord « le plus rapidement possible » sur cette question.
Esprit constructif et dialogue avec Londres
« En principe, l’esprit constructif du Royaume-Uni consiste également à construire cette zone de prospérité partagée », a déclaré M. Albares.
Tenant compte de cet « esprit constructif », le ministre a exprimé son espoir qu’un accord avec Londres sera conclu « le plus tôt possible ». « Nous sommes prêts pour un accord, mais pour qu’il y ait un accord, il en faut deux. »
L’Espagne et le Royaume-Uni négocient un accord qui régira les relations de l’UE avec Gibraltar après le Brexit depuis qu’un préaccord a été conclu fin décembre 2020, quelques heures après la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne.
Un accord de principe a été conclu entre le Royaume-Uni et l’Espagne à la fin de l’année dernière. Celui-ci stipule que « la mobilité maximisée et sans restriction des personnes entre Gibraltar et l’espace Schengen », la suppression de la clôture à la frontière terrestre et le déplacement des contrôles douaniers à l’aéroport et au port de Gibraltar, seront conditionnés par la présence de la police espagnole et gibraltarienne aux points d’entrée. Ces derniers devront également être supervisés par Frontex, l’agence frontalière de l’UE, pendant quatre ans, a rapporté EURACTIV.
Gibraltar et les élections espagnoles
Selon les médias espagnols, la frontière entre l’Espagne et Gibraltar (connue sous le nom de « la verja », signifiant « la barrière ») est franchie chaque jour par quelque 15 000 travailleurs, la plupart d’entre eux étant des espagnols. Selon d’autres sources, ce chiffre avoisinerait les 30 000.
En attendant, les relations entre l’Espagne et Gibraltar fonctionnent sur la base d’arrangements ad hoc, et il n’y a pas d’échéance précise pour la conclusion d’un accord sur un nouveau traité.
L’Espagne tiendra des élections régionales et municipales le 28 mai, et les élections générales devraient avoir lieu en décembre, pendant le dernier mois de la présidence espagnole du Conseil de l’UE.
Le Parti populaire de centre droit (PP, Parti populaire européen), principale force d’opposition, et le parti d’extrême droite VOX (groupe des Conservateurs et Réformistes européens) défendent une « ligne dure » sur le dossier Gibraltar, alors que le Parti socialiste au pouvoir dans le pays adopte un ton modéré. À de nombreuses reprises, VOX a plaidé en faveur de la fermeture de la frontière avec Gibraltar.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]