L'UE va interdire la pêche au chalut de fond dans les aires protégées

Les États membres de l’UE devront réduire les impacts néfastes de la pêche sur les espèces sensibles et leurs habitats, selon un projet de plan européen pour la biodiversité vu par EURACTIV.

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Bottom trawling
Le projet de plan prévoit d’interdire le chalutage de fond dans les Aires marines protégées (AMP) d’ici 2030, mais de l’autoriser en dehors de celles-ci. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/straightened-trawler-net-going-down-sea-1350206210" target="_blank" rel="noopener">Anney_Lier / Shutterstock</a>]

Les États membres de l’UE devront réduire les impacts néfastes de la pêche sur les espèces sensibles et leurs habitats, selon un projet de plan européen pour la biodiversité vu par EURACTIV.

Le « Plan d’action de l’UE pour protéger et restaurer les écosystèmes marins pour une pêche durable et résiliente » devrait être publié au premier trimestre 2023 par la Commission européenne.

L’une de ses mesures phares est de mettre fin aux effets destructeurs du chalutage de fond, une méthode de pêche qui consiste à traîner de lourds filets sur le fond marin pour tenter d’attraper des poissons.

Le projet de plan prévoit d’interdire le chalutage de fond dans les Aires marines protégées (AMP) d’ici 2030, mais de l’autoriser en dehors de celles-ci.

Le chalutage en eaux profondes, à plus de 800 mètres de profondeur, a déjà été interdit dans toute l’UE en 2016, avec toutefois quelques exceptions.

Le plan d’action a été mentionné pour la première fois dans la stratégie de la Commission en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030, comme un moyen de protéger la nature et de contrer la perte de biodiversité. Il était initialement prévu pour 2021, mais a été retardé à plusieurs reprises après une consultation publique qui a révélé une forte opposition du secteur de la pêche.

Europêche vent debout

Europêche, un groupe industriel, s’est dit « consterné » par l’affirmation de la Commission selon laquelle les engins de pêche de fond constituent l’activité la plus nuisible aux fonds marins.

« Traîner un filet de pêche dans la colonne d’eau ou le long du fond marin peut s’avérer non durable si cela est fait de manière irresponsable. Mais avec une gestion appropriée et un placement judicieux, le chalutage peut être très durable », a déclaré l’association en réponse à la consultation publique.

Le projet de plan prévient toutefois que le secteur européen de la pêche est confronté à des « menaces existentielles » liées au changement climatique et à la perte de biodiversité. Il souligne que seul un environnement marin sain garantira un avenir prospère aux communautés de pêcheurs.

« Protéger et restaurer les mers et les océans d’Europe est devenu plus important que jamais pour contrer les effets néfastes de la triple crise planétaire du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution sur nos économies et nos sociétés, y compris sur le secteur de la pêche et les communautés côtières », peut-on lire dans le document.

À ce jour, seuls 12 % des mers de l’UE sont désignées comme aires protégées, et moins de 1 % est strictement protégé, souligne le document. Ces chiffres sont bien en deçà des 30 % que l’UE souhaite atteindre d’ici 2030 dans le cadre de sa stratégie en faveur de la biodiversité.

L’objectif est également de combler les lacunes identifiées dans le rapport spécial de 2020 sur le milieu marin de la Cour des comptes de l’UE.

De nombreuses espèces et habitats marins sont en mauvais état, soulignait le rapport, qui concluait que les mers européennes ne pouvaient être considérées comme « saines ou propres » et qu’une grande partie des évaluations des espèces et habitats marins montrent « un état de conservation défavorable », la pêche exerçant la principale pression sur les écosystèmes marins.

Pour remédier à ces problèmes, le Plan d’action entend agir sur quatre fronts :

  • Améliorer la sélectivité de la pêche et réduire les effets néfastes sur les espèces sensibles et leurs habitats ;
  • Minimiser l’impact de la pêche — y compris le chalutage de fond — sur les habitats sensibles tels que les fonds marins ;
  • Assurer une transition équitable et juste dans le secteur de la pêche ;
  • Renforcer la recherche et l’innovation pour intégrer le concept de « capital naturel » dans les décisions économiques.

Un plan d’action trop faible, selon les ONG

Les groupes de protection de la nature ont accueilli favorablement le plan de la Commission, mais affirment que le projet est insuffisant sur plusieurs points.

« Le plan d’action indique clairement que nous devons nous éloigner des pêcheries destructrices comme le chalutage de fond, c’est la première fois que la Commission est aussi claire sur le problème, et nous nous en réjouissons », a déclaré Monica Verbeek, directrice exécutive de l’organisation de conservation marine Seas at Risk.

« Le plan d’action reconnaît également la nécessité d’une transition juste vers une pêche à faible impact, ce qui, selon nous, est le seul moyen de sortir du système actuel, qui a échoué », a-t-elle déclaré à EURACTIV dans des commentaires écrits.

Mais pour y parvenir, le plan s’appuie principalement sur la mise en œuvre de la législation environnementale actuelle et de la Politique commune de la pêche (PCP), qui n’ont jusqu’à présent « pas permis de protéger efficacement les espèces et les écosystèmes marins », a soutenu Mme Verbeek.

En outre, la proposition d’interdire le chalutage de fond dans les aires marines protégées (AMP) d’ici 2030 n’interviendrait que dans sept ans, soulignent les ONG, qui estiment qu’il est contre-intuitif de poursuivre la destruction jusque-là dans les AMP, qui sont des zones nécessitant une protection particulière.

« La Commission elle-même semble reconnaître que les mesures proposées ne feront pas l’affaire, puisqu’elle prévoit d’évaluer les progrès en 2024 et fait déjà allusion à une proposition législative de suivi qui sera alors commodément à la charge du prochain commissaire », a déclaré Mme Verbeek à EURACTIV. Cela fait référence au fait que le mandat du commissaire à l’Environnement, aux Océans et à la Pêche, Virginijus Sinkevičius, se terminera en 2024.

Lisez le projet de plan d’action ci-dessous ou téléchargez-le ici.

Action-Plan_Dec2022-1-1