Les ambitions de la présidence française ne servent que l’industrie agrochimique et agroalimentaire, selon un eurodéputé écologiste
Les ambitions de la présidence française ne servent qu'à maintenir le statu quo et à financer un secteur agricole qui est en contradiction avec les attentes des citoyens et de la société, selon l'eurodéputé écologiste Benoît Biteau.
Les ambitions de la présidence française ne servent qu’à maintenir le statu quo et à financer un secteur agricole qui est en contradiction avec les attentes des citoyens et de la société, selon l’eurodéputé écologiste Benoît Biteau.
Benoît Biteau, eurodéputé écologiste et le vice-président nouvellement élu de la commission de l’Agriculture (AGRI) du Parlement européen, s’est entretenu avec EURACTIV sur ses ambitions pour ce poste et a partagé son point de vue sur les priorités de la Présidence française du Conseil de l’UE.
Qu’espérez-vous accomplir avec votre nouveau poste de vice-président de la commission de l’Agriculture du Parlement européen ?
Cette fonction sera pour moi l’occasion d’essayer de renforcer davantage ma contribution à l’émergence d’un développement agricole qui s’appuie sur les trois piliers du développement durable : social, économique et écologique. Et ce, afin de permettre la souveraineté alimentaire aujourd’hui et dans le futur, en utilisant les politiques publiques pour assurer une juste rémunération des producteurs sans compromettre l’avenir de la prochaine génération. L’économie et l’écologie ne sont pas aussi agonistiques que certains pourraient le penser — elles sont, au contraire, parfaitement complémentaires, et c’est une raison d’être optimiste.
Que pensez-vous des priorités de la Présidence française dans le domaine de l’agroalimentaire ?
[Le ministre français de l’Agriculture] Julien Denormandie reste coincé dans ce discours corporatif et étriqué qui ne s’adresse qu’à la profession agricole et à ses antennes. C’est exactement le contraire d’une approche globale et de la volonté d’inscrire le sujet de l’agriculture dans un véritable débat sociétal, et ce malgré l’urgence de la situation concernant le climat, la biodiversité, la souveraineté alimentaire, mais aussi le revenu des producteurs et le renouvellement des générations d’agriculteurs. Un ministre qui gère autant d’argent public pour soutenir une activité économique devrait intégrer ces multiples éléments dans l’intérêt de tous, mais il préfère rester dans cette approche corporatiste qui consiste à utiliser l’argent des contribuables pour financer une agriculture en décalage avec les attentes des citoyens et de la société.
Lors d’une réunion de la commission de l’Agriculture du Parlement européen en janvier dernier, M. Denormandie a critiqué l’approche des Verts en matière d’agriculture, accusant votre parti d’oublier la mission du secteur agricole qui est de nourrir les gens. Quel est votre avis sur la question ?
En France, nous sommes habitués aux attaques de ce gouvernement contre les écologistes. C’est une illustration du fait qu’ils prennent conscience de la pertinence de notre proposition, et donc, de la menace que nous pouvons représenter politiquement. Toutefois, sur le fond, notre conception de l’agriculture, c’est d’abord une agriculture qui va pouvoir nourrir, mais qui va pouvoir nourrir équitablement, sainement et nourrir tous les citoyens.
La vision corporative de ce ministre est d’un autre temps, d’une autre époque et l’agriculture des verrous est un schéma où tout le monde sera perdant : le climat, la biodiversité, la souveraineté alimentaire, la planète, l’UE, les pays tiers, les agriculteurs, etc., etc. Tout le monde sauf l’industrie agrochimique et agroalimentaire. Est-ce vraiment ce que nous attendons d’un ministre qui ne devrait être guidé que par l’intérêt commun et les préoccupations des générations futures ?