Les économistes allemands disent « Nein » aux euro-obligations

Alors que le débat fait rage pour savoir si l'UE devrait introduire des euro-obligations pour sortir de la crise de la dette, des économistes berlinois arguent qu'une mise en commun de la dette européenne serait un désastre pour l'Allemagne et la zone euro. Un reportage d'EURACTIV Allemagne.

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Alors que le débat fait rage pour savoir si l'UE devrait introduire des euro-obligations pour sortir de la crise de la dette, des économistes berlinois arguent qu'une mise en commun de la dette européenne serait un désastre pour l'Allemagne et la zone euro. Un reportage d'EURACTIV Allemagne.

Le débat sur les euro-obligations a éclipsé le sommet franco-allemand mardi (16 août), de plus en plus d'économistes affirmant que le seul moyen abordable de financer les pays les plus endettés de l'Union serait de mettre en commun la dette de la zone euro en émettant des euro-obligations.

Les plus éminents économistes d'Allemagne se sont levés contre l'introduction d'un tel instrument. Ils expliquent en effet que les euro-obligations pourraient substantiellement accroître l'exposition de leur pays à la crise de la dette. 

« Les euro-obligations pourraient offrir à certains pays un court répit, mais à long terme, elles mèneront au désastre car elles ouvrent la voie à des dettes encore plus importantes pour tous », a déclaré Ansgar Belke, économiste en chef pour l'Institut allemand de recherche économique (DIW).

En outre, l'UE devrait établir une certaine police budgétaire pour éviter une escalade des dettes à partir des obligations communes, a ajouté l'économiste.

M. Belke est membre d'une table ronde d'experts monétaires qui conseille actuellement le Parlement européen.

Les euro-obligations seraient utilisées en dernier ressort, lorsque les pays ne pourraient plus se financer eux-mêmes sur les marchés des capitaux, a déclaré Thomas Straubhaar, un autre expert présent à la conférence et membre de l'institut économique HWWI, situé à Hambourg.

Union de transfert

M. Belke s'est exprimé contre la mise en place d'une « Union de transfert » qui impliquerait que les pays les plus riches prennent en charge les dettes des pays plus pauvres pour les aider à se financer.

Cependant, de nombreux observateurs affirment que c'est déjà le cas, dans la mesure où le Fonds européen de stabilité financière (FESF) de 440 milliards d'euros a de facto pris en charge les dettes de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal.

De plus, les actuelles turbulences sur les marchés indiquent que nous en sommes déjà au dernier ressort, étant donné que les dettes souveraines de l'Espagne et de l'Italie sont attaquées par les spéculateurs et que la note AAA de la France risque de subir une dégradation.

Au risque de compromettre son indépendance, la Banque centrale européenne (BCE) a dépensé 22 milliards d'euros, un record, pour acheter des titres de dette souveraine la semaine dernière, afin de tenter de mettre un terme à la contagion de la crise dans ces deux pays.

Les prévisions moroses des économistes allemands sur les euro-obligations sont en accord avec leur gouvernement national. Le ministre des finances du pays, Wolfgang Schäuble, a répété à plusieurs reprises qu'il n'y aurait pas d'euro-obligations sans une union budgétaire totale.

La chancelière, Angela Merkel, a déclaré que les euro-obligations ne seraient pas abordées lors des discussions avant que les négociations sur la gouvernance économique (l'introduction de plafonds communs de déficit et de sanctions) ne soient terminées.

Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, a affirmé mardi qu'il publierait un document et proposerait peut-être même une législation sur les euro-obligations, à condition que le Parlement européen et la France règlent la question des sanctions économiques pour les pays fortement endettés.

47 milliards d'euros à payer pour les contribuables allemands ?

Les euro-obligations pourraient coûter jusqu'à 47 milliards d'euros aux contribuables allemands, selon des chiffres publiés par un autre institut économique allemand, l'Ifo.

L'institut admet que ce chiffre est basé sur un scénario sans précédent, mais il insiste sur le fait que l'Allemagne devrait de toute façon assumer une plus grande part du fardeau budgétaire qu’elle ne le fait actuellement. 

« Faire assumer aux contribuables les décisions de dépenses des autres pays serait désastreux pour l’image de l'Union monétaire européenne », a mis en garde M. Belke.

Nombreux sont ceux qui considèrent ces obligations comme une forme de discrimination, étant donné que les pays bons élèves devraient payer les mêmes intérêts que ceux fortement endettés. Cependant, M. Rehn a récemment promis qu'une future proposition permettrait l'application de taux d'intérêt différents en fonction de l'endettement des pays.

Des obligations bleues et rouges

Un éminent groupe de réflexion économique européen, Bruegel, pense avoir trouver le modèle idéal.

Bruegel plaide depuis longtemps pour l'introduction d'obligations et a élaboré son propre modèle : des obligations bleues et des obligations rouges qui permettraient aux pays de se voir appliquer des coûts différents lors de l'émission.

Les obligations bleues seraient utilisées pour financer les dettes qui ne représentent pas plus de 60 % du PIB du pays. Si un pays enregistre une dette supérieure à ce seuil de 60 %, il devra utiliser les obligations rouges qui seront vendues avec un taux de pénalité.

Jakob von Weiszäcker, qui a développé ce modèle pour Bruegel, a déclaré à une station de radio allemande que le contribuable allemand assumait déjà la plus grande partie des dettes des autres pays dans le cadre du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Les contributions au FESF sont les mêmes que celles faites à la BCE, à laquelle l'Allemagne paye la plus grande part.

« Nous sommes déjà dans une Union de transfert, peu importe dans quel sens on tourne le problème », a expliqué l'économiste à la radio.