Les entreprises chinoises inquiètes de certaines recommandations du rapport Draghi

Le soutien de Mario Draghi à la mise en place de droits de douane pour protéger les industries européennes est loin de réjouir les entreprises chinoises présentes dans l’UE, qui avertissent que ces mesures pourraient aggraver les tensions commerciales entre Bruxelles et Pékin.

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Made in China. Cardboard boxes with text made in China and chinese flag on the roller conveyor.
Le mois dernier, Pékin a annoncé une enquête antidumping sur les importations de produits laitiers de l’UE, au lendemain de la confirmation par l’UE de droits de douane provisoires allant jusqu’à 36,3 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. [Getty Images]

Le soutien de Mario Draghi à la mise en place de droits de douane pour protéger les industries européennes est loin de réjouir les entreprises chinoises présentes dans l’Union européenne (UE), qui avertissent que ces mesures pourraient aggraver les tensions commerciales entre Bruxelles et Pékin.

La Chambre de commerce chinoise auprès de l’UE (CCCEU) dénonce aussi la condamnation répétée du technocrate italien de la « surcapacité » chinoise, ainsi que le portrait qu’il dresse de la Chine, un « fournisseur à haut risque » de minéraux cruciaux.

« En ce qui concerne la proposition du rapport d’appliquer des droits de douane ou d’autres mesures commerciales, la CCCEU met en garde contre des actions qui pourraient intensifier les tensions commerciales et perturber la chaîne d’approvisionnement mondiale des technologies vertes », indique à Euractiv un porte-parole de la chambre, qui représente plus d’un millier d’entreprises opérant au sein de l’UE.

Le porte-parole ajoute qu’au lieu de maintenir des « mesures commerciales restrictives », Bruxelles et Pékin devraient adopter une « approche coopérative » pour lutter contre le changement climatique et promouvoir le développement durable.

Des droits de douane en cas de concurrence déloyale

Les remarques de la chambre de commerce chinoise interviennent après que Mario Draghi a souligné dans son rapport que l’imposition de droits de douane pouvait se justifier en cas de concurrence déloyale venue de l’étranger.

L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) a cependant averti que de telles mesures commerciales « ne devraient pas être appliquées systématiquement » et que toute tentative d’imiter « l’approche américaine consistant à exclure systématiquement les technologies chinoises » ne ferait que retarder les efforts de l’UE pour décarboner son économie.

L’économiste italien souligne par ailleurs que la production de technologies vertes subventionnées par l’État chinois pourrait avoir causé un tel retard à certaines industries européennes que l’imposition de droits de douane « ne ferait qu’imposer des coûts excessifs à l’économie ».

« La référence à la surcapacité industrielle de la Chine en matière de technologies vertes ne tient pas compte de la demande mondiale pour ces produits, et du rôle vital que joue la Chine dans les efforts mondiaux de décarbonation », poursuit le porte-parole de la CCCEU.

« Nous sommes déçus que cela ait été perçu comme une menace  ; nous pensons que la capacité de production de la Chine devrait être considérée comme une opportunité pour répondre à la demande mondiale croissante de technologies énergétiques propres à des prix compétitifs », indique-t-il.

Le porte-parole souligne également que l’appel lancé par Mario Draghi pour que Bruxelles intensifie ses efforts en vue de diversifier son approvisionnement en minerais indispensables à la transition écologique, en s’éloignant de la Chine, a également été mal interprété.

« Qualifier la Chine de pays à haut risque sans reconnaître les avantages d’un partenariat pourrait compromettre les possibilités d’efforts conjoints visant à garantir des chaînes d’approvisionnement fiables et diversifiées », avertit le porte-parole.

Le rapport de Mario Draghi intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre Bruxelles et Pékin.

Le mois dernier, Pékin a annoncé une enquête antidumping sur les importations de produits laitiers de l’UE, au lendemain de la confirmation par Bruxelles de droits de douane provisoires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine allant jusqu’à 36,3 %.

Ce différend commercial s’inscrit également dans un contexte géopolitique plus large, marqué par les liens de plus en plus étroits entre la Chine et la Russie, et par le statut politique de Taïwan, une île de facto autonome, que Pékin revendique comme faisant partie de son territoire.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Laurent Geslin]