Les espoirs de la zone euro reposent sur le sommet « bazooka »

La réunion des dirigeants européens a porté ses fruits hier (27 octobre). Ils ont décidé d'effacer la moitié de la dette grecque et de lever des capitaux étrangers pour doubler la capacité du fonds de sauvetage de la zone euro à environ 1000 milliards d'euros. Ce seront les ministres qui aborderont  fin novembre les principaux détails concernant la taille du fonds.

EURACTIV.fr
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La réunion des dirigeants européens a porté ses fruits hier (27 octobre). Ils ont décidé d'effacer la moitié de la dette grecque et de lever des capitaux étrangers pour doubler la capacité du fonds de sauvetage de la zone euro à environ 1000 milliards d'euros. Ce seront les ministres qui aborderont  fin novembre les principaux détails concernant la taille du fonds.

Il y a deux semaines, le premier ministre britannique, David Cameron, a demandé à ses collègues de la zone euro d'utiliser « un gros bazooka » pour mettre rapidement fin à la crise de la zone euro.

Après un sommet peu concluant dimanche (voir « Contexte »), les dirigeants de la zone euro ont abouti ce matin à ce que le président français, Nicolas Sarkozy, a qualifié de « réponse globale, ambitieuse et crédible » à la crise.

Une décote de 50 % pour les détenteurs d'obligations grecques

Les dirigeants se sont d'abord mis d'accord sur un nouveau paquet de 100 milliards d'euros visant à empêcher le défaut de paiement à la Grèce. Ces mesures impliquent la participation du secteur privé et devraient permettre de ramener la dette grecque à 120 % du PIB du pays d'ici 2020. Ce ratio dette/PIB est aujourd'hui de 165 %.

Cela devra avoir lieu dans le cadre d'un accord « volontaire » avec les prêteurs privés, selon lequel ils devront abandonner 50 % de leur investissement, à savoir 100 milliards d'euros.

Pour y parvenir, les pays de la zone euro ont accepté de mobiliser 30 milliards d'euros de fonds publics pour financer des garanties à destination du secteur privé. (Voir : « L'UE conclut un accord sur la décote des titres de la dette grecque »)

Ce fut sans doute la décision la plus difficile à prendre lors du sommet. M. Sarkozy et Mme Merkel, ainsi que la directrice du FMI, Christine Lagarde, et le président du Conseil, Herman Van Rompuy, ont participé à de longues discussions avec le secteur bancaire en marge du sommet.

Un autre des pare-feu stipulés dans l'accord est d'obliger les banques européennes à disposer de 9% de fonds propres d'ici au 30 juin 2012. Le montant total nécessaire pour la recapitalisation des banques est estimé à 106 milliards d'euros. Un quart de cette somme sera nécessaire pour la recapitalisation des banques espagnoles.

Augmenter la capacité du FESF

La deuxième grande décision a été d'augmenter la capacité du Fonds européen de stabilité financière (FESF), de 440 milliards d'euros à 1000 milliards d'euros. (Suite aux renflouements de l'Irlande et du Portugal, sa valeur est aujourd'hui estimée à 250 milliards d'euros).

Les dirigeants de l'UE ont confié aux institutions européennes la tâche de travailler en étroite collaboration avec le Fonds monétaire international (FMI) afin de lever de nouveaux fonds.

M. Sarkozy a affirmé que de telles mesures étaient absolument nécessaires pour éviter que la crise de la dette ne se propage dans d'autres pays de la zone euro, voire au-delà.

Les détails de l'accord devront cependant être encore peaufinés par les ministres européens des finances qui devraient parvenir à se mettre d'accord d'ici la fin du mois de novembre (voir : « Les dirigeants de l'UE font du charme à la Chine pour augmenter la capacité du FESF »).

La zone euro devient une institution

En outre, les dirigeants de la zone euro ont décidé de se rencontrer au moins deux fois par an et les pays qui ont adopté la monnaie unique se sont engagés à introduire une « règle d'or » dans leur constitution avec des limites de déficit.

Ils ont également décidé d'élire un président de la zone euro, un rôle que le président du Conseil, Herman Van Rompuy, s'apprête déjà jouer.

Depuis que des crises successives ont frappé la Grèce, l'Irlande et le Portugal, la Banque centrale européenne (BCE) a acheté des parts de la dette souveraine sur le marché secondaire afin de maintenir les taux d'intérêt à des niveaux raisonnables.

Les leaders européens envisagent à présent un autre mécanisme, encore à finaliser, mais cette mesure a été qualifiée par les diplomates d'extrêmement complexe.

Recapitalisation des banques : des doutes persistent

Le doute continue de planer sur la mise en oeuvre de la recapitalisation des banques. Suite à la réunion des 27 chefs d'Etat qui a précédé le sommet de la zone euro, le ministre polonais des Finances, Jacek Rostowski, a déclaré que les banques nécessitant une recapitalisation devraient d'abord se tourner vers le secteur privé. Si ces banques ne parviennent pas à se recapitaliser, les gouvernements entreront alors en scène pour augmenter leur capital en acquérant des actions bancaires.

« [Le financement par la voie des gouvernements] n'est pas un cadeau fait aux banques », a-t-il affirmé. Si d'autres difficultés devaient survenir, la recapitalisation s'opérerait via un mécanisme de garantie entre banques, en accord avec l'Autorité bancaire européenne (ABE) et la Commission européenne, a-t-il précisé.

Le communiqué qui a fait suite à la réunion des 27 chefs d'Etat stipule toutefois qu'en de telles circonstances, la recapitalisation serait financée par des prêts accordés par le FESF pour les pays de la zone euro.

Interrogé sur le montant prévu pour la recapitalisation des banques, M. Rostowski a répondu qu'il serait « annoncé en temps voulu » par l'ABE.