Les États membres veulent utiliser les fonds de la PAC pour lutter contre l’offre excédentaire de vin

La Commission européenne devrait « réfléchir » à l’opportunité et à la manière d’utiliser le budget de la Politique agricole commune de l’UE pour financer des programmes d’arrachage de vignes, selon le rapport final du Groupe de haut niveau sur la politique vitivinicole.

EURACTIV.com
Grape harvest on the Lower Moselle
Les vendangeurs récoltent les raisins dans le vignoble « Winninger Röttgen » sur la Basse Moselle près de Winningen. [Thomas Frey/picture alliance via Getty Images]

La Commission européenne devrait « réfléchir » à l’opportunité et à la manière d’utiliser le budget de la Politique agricole commune de l’Union européenne (UE) pour financer des programmes d’arrachage de vignes, selon le rapport final du Groupe de haut niveau sur la politique vitivinicole.

Ce groupe d’experts nationaux et européens a été mis en place par la Commission en juillet pour trouver des solutions à la crise viticole.

Pendant des décennies, le vin a été la pierre angulaire des exportations agroalimentaires de l’UE, mais il se trouve aujourd’hui confronté à d’importants défis. La surabondance structurelle de l’offre, la diminution des ventes intérieures et les effets du changement climatique en ont fait l’« homme malade » du secteur.

La solution proposée par les experts est un mélange de mesures visant à répondre à la demande émergente de vins à faible teneur en alcool, à lutter contre le changement climatique et à réduire la production à l’aide notamment de l’arrachage des vignes.

Contrairement à un projet antérieur préparé par la Commission qui suggérait de s’appuyer sur les ressources nationales, le rapport final invite la Commission à envisager sérieusement de puiser à l’avenir dans le budget de la Politique agricole commune (PAC) pour ces initiatives d’arrachage.

Le document suggère que les fonds de la politique agricole soient davantage utilisés pour protéger les producteurs des risques liés au climat et au marché.

Parmi les mesures d’adaptation au changement climatique, le Groupe de haut niveau propose une dérogation à l’utilisation des pesticides de synthèse par les producteurs de vin biologique. Il propose également d’autoriser l’utilisation du phosphonate de potassium comme alternative au cuivre (dont l’usage est restreint par la législation européenne depuis 2019) dans la viticulture biologique, une demande défendue par les producteurs de vin biologique de la région allemande du Bade-Wurtemberg.

Selon des sources proches du dossier, l’Allemagne et le Luxembourg ont exprimé leur soutien à cette mesure, tandis que d’autres pays, comme l’Italie, s’y opposent.

Le rapport maintient l’appel en faveur de plans d’adaptation climatique obligatoires pour l’industrie du vin, précisant que les mesures de prévention des risques climatiques devraient bénéficier d’un soutien accru. En outre, il suggère que les règles relatives aux fonds de la PAC et aux aides d’État pour les programmes de compensation climatique soient mises à jour afin de refléter les changements rapides du climat.

Une recommandation concernant les droits de plantation — visant à prolonger la période de demande d’autorisation de replantation suite à l’arrachage de vignes — a déjà été traduite en un projet de règlement par la Commission (en consultation jusqu’au 8 janvier).

EFOW, la Fédération européenne des vins avec appellation d’origine, se félicite des résultats du Groupe de haut niveau, mais regrette que le rapport «  encourage la promotion des vins sans alcool, un segment de marché qui ne concerne pas les vins sous IG [indication géographique] », affirme l’organisation dans un communiqué de presse.

L’eurodéputé socialiste français Eric Sargiacomo salue « la demande de la filière d’un régime d’aide pérenne à l’arrachage », car « il n’est pas normal que les États membres, comme la France, soient obligés de recourir à des stratagèmes administratifs pour financer » la mesure.

Lors de la réunion finale, le commissaire à l’Agriculture, Christophe Hansen, a souligné la nécessité pour les institutions et les parties prenantes de « travailler ensemble » et a promis « un calendrier » pour la mise en œuvre des mesures.

[Édité par Anna Martino]