Les eurodéputés donnent leur avis sur le rapport Draghi
Après la réception du rapport Draghi, les élus centristes espèrent une correction rapide des politiques industrielles de l’UE, les conservateurs craignent une accélération des dépenses et l’extrême gauche met en garde contre les monopoles.
Le rapport tant attendu de Mario Draghi sur la compétitivité européenne a été accueilli par les eurodéputés avec des éloges et des réserves. Les élus centristes espèrent une correction rapide des politiques industrielles de l’Union européenne (UE), les conservateurs craignent une accélération des dépenses et l’extrême gauche met en garde contre les monopoles.
Économiste et banquier, Mario Draghi a joué un rôle influent dans la finance européenne et mondiale. Président de la Banque centrale européenne (BCE) de 2011 à 2019, il l’a dirigée pendant la crise de la dette de la zone euro et a instauré des politiques monétaires qui ont contribué à stabiliser l’euro. Son mandat à la tête de la BCE a été marqué par son engagement à faire « tout ce qu’il faut » pour sauver l’euro.
En février 2021, Mario Draghi est nommé Premier ministre technocrate et non-partisan d’un gouvernement d’unité nationale multipartite en Italie. En tant que Premier ministre italien, il est à nouveau confronté à l’instabilité politique et économique due à la crise de Covid-19. Il quitte ses fonctions en octobre 2022 après une élection à laquelle il ne s’est pas présenté, huit mois après l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine.
Ce lundi 9 septembre, la plupart des eurodéputés ont accueilli avec enthousiasme le rapport de l’ancien Premier ministre italien.
Le rapport est « une sonnette d’alarme pour les responsables politiques à la fois dans les États membres et à Bruxelles : nous devons prendre des mesures rapides et significatives sur la compétitivité de l’UE », a fait savoir Christian Ehler, un eurodéputé allemand pour le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, dans un communiqué.
Le rapport de Mario Draghi — sollicité il y a un an par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen — affirme que l’Europe est confrontée à un affaiblissement de la productivité et encourage à une politique industrielle audacieuse dans la numérisation, les technologies vertes et les industries clés, en particulier la défense.
La question de savoir si le rapport Draghi pourrait affecter les « lettres de mission » qu’Ursula von der Leyen enverra à chaque commissaire — et la structure de l’exécutif de l’UE elle-même — reste incertaine.
Selon Lorenzo Castellani, professeur de politique à l’Université Luiss de Rome, le document est « plus un guide programmatique, un plan directeur pour la manière dont la Commission devrait être organisée », ce qui implique que son influence pourrait être plus organisationnelle que structurelle. « Si le rapport a un impact, il est probable qu’il se situe davantage au niveau des politiques ou des programmes », a-t-il ajouté.
Martin Schirdewan, l’un des coprésidents du bloc le plus à gauche du Parlement (La Gauche au Parlement européen — GUE/NGL), a critiqué le rapport, le qualifiant d’œuvre des lobbyistes de l’industrie, mais craint qu’il ne fixe l’agenda de la Commission.
« Je crains que même s’il n’est pas à la hauteur de ce qui est nécessaire actuellement, il soit assez influent », a déclaré Martin Schirdewan à Euractiv. Il s’est dit inquiet de la possibilité que la Commission et les blocs libéral et conservateur du Parlement « se réfèrent toujours à ce rapport comme à une sorte de manuel pour une stratégie industrielle et économique européenne ».
Tout le monde à l’extrême gauche n’a pas été aussi critique que le coprésident du groupe de gauche. Dans une déclaration, Pasquale Tridico du Mouvement 5 étoiles italien, qui appartient également au groupe GUE/NGL, a indiqué que « le rapport Draghi contient un réquisitoire lucide contre les politiques néolibérales sur lesquelles repose l’actuel échafaudage européen ».
Certains parlementaires de centre gauche ont également salué l’approche de Mario Draghi, axée sur l’investissement. Dans un entretien à Euractiv, Sergey Lagodinsky des Verts allemands a fait écho à Pasquale Tridico en qualifiant le rapport d’« un acte d’accusation certifié » contre le fétichisme de la discipline budgétaire qui prévaut en Europe.
Anders Vistisen, un eurodéputé danois du groupe nationaliste Patriotes pour l’Europe, a quant à lui déclaré dans un communiqué : « L’idée que des aides publiques massives avec de l’argent emprunté devraient être la pierre angulaire de la reprise de l’économie européenne est de la folie ».
Il a ajouté qu’il en allait de même pour la transition écologique, « qui ne fera qu’enfoncer davantage l’Europe dans le bourbier économique dans lequel elle se trouve », déclarant que l’UE devrait plutôt réduire la règlementation.
Il convient de voir quelle partie du rapport Draghi les États membres adopteront. « La Commission peut utiliser ce rapport pour voir si les États membres ont la volonté politique d’apporter un réel changement et une coordination au niveau de l’UE », a déclaré Eva Maydell, eurodéputée bulgare du PPE dans un communiqué.
Hélder Sousa Silva, un député portugais du PPE, a confié à Euractiv qu’il « soutenait fortement l’appel à des mécanismes de dette commune, tels que les obligations de défense de l’UE, afin de financer nos initiatives stratégiques ». Mais il a également souligné les appréhensions relevées par l’ancien président de la BCE concernant les contraintes budgétaires de l’UE et le remboursement de la dette commune de la période Covid-19, qui rendent l’investissement plus difficile pour l’UE.